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 Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]

MessageSujet : Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Dim 4 Nov - 9:37
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Isaac Taylor
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Il se trouvait dans une salle qualifiée, à ses yeux, de torture. Le néon diffusait une lueur blafarde et peu rassurante. Il était assis sur le lit de consultation tandis qu'on lui auscultait le bras, le pliant et le dépliant, doucement. Lui, se contentait de fixer les divers objets se trouvant dans la pièce. Tout était là pour malmener un corps dans l'espoir de le voir guérir. Son visage se crispa lorsque le kiné souleva légèrement le bras. Quelques degrés d'inclinaison de plus mais la douleur paraissait intolérable. Les progrès étaient attendus mais ne venaient pas. À croire que le destin se jouait de lui. Pourtant, il espérait. Il pensait à son rétablissement prochain et à l'idée de pouvoir réintégrer l'armée au plus vite. Ça le manquait. Cruellement. Ici, il se sentait coincé. Tel un lion prisonnier des barreaux de sa cage. Il avait la sensation de tourner en rond. Constamment. Sans fin. Et le désespoir approchait à grand pas. Il ne se sentait pas bien. Il désirait pas rester à New York bien qu'il n'avait pas le choix. L'hôpital militaire se trouvait ici et sa base également. D'autre part, il était à l'arrêt forcé. Son bras atrophié ne permettait pas de reprendre son travail. Pas même un petit boulot administratif. Rien. Juste être là et attendre que le temps passe, que guérison se fasse. C'est ce que tout le monde lui disait mais à force, Isaac ne les entendait plus. Il s'enfermait dans sa tête, à la recherche des souvenirs et du bonheur passé. Les jours étaient longs. Il n'avait que ça à faire. Ça et passer des journées dans son appartement. C'était sans fin. Trop souvent, il s'endormait tôt, abruti par les anti-douleurs. Mais le réveil était le même. Trop tôt ou au beau milieu de la nuit. Le cerveau s'enclenchait et les pensées se confondaient dans sa tête. Et à chaque fois, la sempiternelle question revenait : que faisait Dieu ? Que lui avait-il fait pour avoir mérité un pareil châtiment ? Est-ce parce qu'il était autant attiré par les hommes que par les femmes ? Voyait-il en lui un pécheur, une âme damnée ? Le sommeil ne venait plus et dans ces cas-là, il préférait s'asseoir près de la fenêtre dont il ouvrait un pan, écoutant le bruit d'une ville paisible et à moitié endormie jusqu'à ce que l'aurore se lève, que le bruit ne revienne. Il avait passé le reste de sa nuit à fixer un point invisible dans l'espoir d'y trouver une réponse. Isaac la cherchait encore.

« Monsieur Taylor, ce sera tout pour aujourd'hui. » Dit le kiné, ce qui fit soupirer de soulagement le militaire. La séance de torture se finissait enfin. « Ça peut prendre du temps, vous savez ? Les progrès sont là mais trop infimes pour qu'on puisse les appeler ainsi. » - « Tant qu'on avance. » Il sourit doucement à l'homme. Si lui aussi se mettait à faire dans le pessimisme, il ne tiendrait pas longtemps. Pourtant, il n'en demeurait pas moins poli et courtois. Son malheur était le sien et il ne devait pas le transmettre. Alors il faisait semblant que tout allait bien. Discret mais gardant le sourire. On lui demandait souvent des nouvelles mais ses réponses demeuraient bien évasives. Il ne savait que dire si ce n'était qu'il en avait ras le bol. « Vous avez une idée du temps pour que tout redevienne comme avant ? Il me tarde de reprendre le travail. » Oh comme il avait hâte, de pouvoir remettre sa tenue, d'avoir sa casquette kaki et de tenir son arme entre ses mains. On pouvait l'envoyer n'importe où d'ailleurs. Il se sentait près. La seule chose l'arrêtant, c'était son rapport avec les autres. Il n'avait pas oublié les raisons de son arrêt de travail. Officiellement, il était tombé et s'était fait mal. Officieusement, ils avaient été plusieurs à lui tomber dessus et à lui fracasser le corps sous les coups de poings et les coups de pieds. La violence avait été le vecteur d'une haine contre l'homme qui aimait un autre homme. Et pourtant, Isaac estimait que ce n'était pas vraiment ça. Ils avaient tout compris de travers et lui, n'assumant rien, se mentait à lui-même. Comme il le faisait avec le kiné, le fixant d'un air attentif et espérant qu'il aurait des nouvelles plus positives. « Je n'ai pas de délai à vous donner, hélas. Il est très difficile de se prononcer face à un tel diagnostic. Je suis même pessimiste à l'idée de me dire que vous allez retrouver l'usage de votre bras sans avoir subi, au moins, une intervention chirurgicale. » Répondit le kiné en s'écartant pour laisser la place au militaire de se redresser. « Je demeure quand même curieux de savoir comment vous avez pu vous causer une telle blessure. » Isaac se contenta de sourire, remettant sa chemise en place et répondit calmement « Rien de bien méchant, un accident de routine. Ça aurait pu être pire. » Son ton calme, sa mine apaisée contrastait avec le tourbillon néfaste de ses pensées. « Merci en tout cas. » Son coeur s'était mis à battre plus fort. Ça restait difficile à expliquer. Il mentait toujours. La vérité ne devait pas être exhumée. Il préférait garder pour lui, de conserver le poids de ce souvenir traumatisant. Et si honteux d'ailleurs. Le regard du kiné parut soupçonneux : ce dernier ne le croyait sans doute pas. Personne ne croyait à sa version des faits. Seuls quelques rares élus savaient la vérité mais Isaac leur avait demandé de ne pas ébruiter cela. Il en avait trop honte. La douleur résidait dans ses chairs et son âme. Elle ne partait pas, se rappelant à lui constamment.

La séance se termina ainsi. Et Isaac put quitter le cabinet non sans se sentir dépité, un peu déprimé du diagnostic fort peu encourageant. Il guérirait, c’était chose certaine mais jusqu’à quand serait-il ainsi ? Quand pourrait-il enfin poser les pieds sur le tarmac de la base militaire pour entrer dans un avion et s’envoler vers d’autres cieux ? Encore une question sans réponse. Et frustré, il se retrouva bien vite dans la rue, pris par l’agitation et le bruit. C’était une fin de journée. Et il n’y avait plus qu’à rentrer chez lui, retrouvant son appartement, campé dans des souvenirs d’un bonheur révolu. Pourtant, il n’avait pas envie. La maison lui paraissait être si peu accueillante. Il était sans doute trop désespéré, encore abasourdi par cet éternel couperet tombant comme une lame tranchante. Ce n’était pas pour maintenant… Alors, il se mit en route, enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon. Vagabondant entre les passants, il était perdu dans ses pensées, suivant un chemin pris au hasard. Un coup à droite. Un coup à gauche. Les avenues étaient longues dans Manhattan. Et pourtant, la promenade lui faisait du bien, il observait le monde l’entourant, le visage des passants, la couleur des voitures, tout était prétexte pour être regardé. Depuis combien de temps marchait-il ? Il ne faisait pas vraiment attention. Son œil, pourtant, fut attiré par une enseigne particulière. Le nom d’un bar. Une façade aux traits familiers. Et le coup de poignard au cœur… Son ventre se contracta lorsqu’il reconnut cet endroit qu’il côtoyait habituellement avec Ace lorsqu’ils étaient ensemble. Et que tout allait bien. Il n’était plus jamais retourné dans cet endroit. Les souvenirs étaient trop forts. Et la douleur, si vive. Mais aujourd’hui, il avait l’impression qu’il s’agissait de sa vie désormais finie. Anéanti par la lenteur de sa guérison, et l’évocation d’une intervention, il s’accrochait donc au peu de bonheur qu’il pouvait trouver. Là, en l’occurrence, c’était simplement ce passé. Ce temps ancien où tout allait bien. C’était si loin pourtant, et à la fois si près. Il hésita. Devait-il y retourner ? Isaac était tenté. L’appel d’un verre d’alcool s’imposait à lui. Un peu comme ces autres soirs à la maison où l’envie de boire et d’oublier s’alliaient dans une alliance doucereuse le foutant dans des états de gueule de bois monstrueux le lendemain. Aussi, ses pas le portèrent vers le bar. Il se disait qu’il ne le croiserait pas. Il ne devait plus fréquenter les lieux Du moins le crut-il. Naïf sans doute. Bienheureux à penser que tirer un trait sur un souvenir équivalait à tirer un trait sur une rue ou un endroit. Pourtant, il était à New York. La main trembla légèrement lorsqu’il tira la porte. L’odeur et l’ambiance calfeutrée le frappèrent de plein fouet. Il était perdu entre le maintenant et l’hier, comme si deux époques se confondaient entre elles. Il croyait voir du monde quand le lieu paraissait désert. Il croyait entendre de la musique quand le brouhaha discret n’était que la simple mélodie du bar. Ce n’était pas encore l’heure à la fête. C’était juste celui des âmes esseulées et sans repère ne demandant qu’à se reposer en savourant un verre.
C’est là qu’il le vit.

Lorsque le regard accrocha bien vite la silhouette. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et il ne sut pas trop s’il devait tourner les talons ou assumer son départ d’il y a plus d’un an maintenant. Il se disait que fuir serait mal vu s’il avait pu, ne serait-ce que, le voir. C’est ce qui le motiva à rester. Isaac n’avait pas envie d’adopter un comportement puéril. Il ne fuyait pas parce qu’il n’avait pas envie de le voir, mais bien parce qu’il culpabilisait d’avoir causé tant de souffrances au nom d’un idéal qu’il visualisait, désormais, si mal. Tout était si flou. Le brouillard l’entourait. Et doucement, ses pas l’amenèrent vers le comptoir où se trouvait l’autre homme. Cet être responsable de si nombreuses émotions, de tant de bonheur et de doutes, de tant de beaux moments passés à ses côtés. Il avait été si heureux. « Hey… » Dit-il simplement, en prenant place en respectant deux tabourets vides entre eux. Il n’osait pas s’avancer plus et de toute manière, il ne le voulait pas. Il avait l’impression que laisser son cœur retrouver l’Autre serait alors remettre en question ce pourquoi il l’avait quitté. Il fallait qu’il soit fort. Il fallait qu’il se force à admettre que son bonheur résidait avec une femme, des enfants et non pas dans les bras d’un homme. C’était contraire à la religion. « Ça fait longtemps… » Dit-il tout simplement, avec un sourire teinté d’une trop grande timidité. Il était loin le temps de ces étreintes brûlantes. Désormais, il était presque muet, ne sachant que dire si ce n’était qu’il se sentait pris dans l’engrenage de sa vie, devenue son enfer personnel. Peut-être que Dieu le punissait, qu’il le torturait un peu plus. Si l’envie de boire n’avait pas été aussi forte, alors Isaac se serait levé de son tabouret haut et aurait pris la fuite.

Comme il savait si bien le faire à vrai dire…
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MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Dim 4 Nov - 15:48
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Aisling Ó Luain
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Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
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“Je t’en sers une autre ? s’enquiert Aodhán, le barman.
-Avec plaisir.”
Ses prunelles caressent les traits amicaux et ouverts de cet Irlandais qu’il connait depuis si longtemps, avant de se fixer sur la danse des mains autour de la pinte frappée au sceau de la lyre celtique, animées d’une admiration pudique. Observer les mouvements guidés par des années d’expérience à tirer les stouts a quelque chose de reposant alors que ses sens sont bercés par les fragrances alcoolisées, de même que contempler la bière perdre peu à peu de ses teintes ocres pour s’assombrir, avant que l’autre homme ne tire le reste, ponctuant le sommet du verre d’une belle épaisseur de mousse caractéristique. Il la réceptionne avec un sourire épris de gratitude, la contemplant d’un air plus pensif alors qu’il s’enfonce dans la douceur de réflexions auxquelles l’ambiance feutrée et empreinte d’une douce sérénité de l’endroit l’invite.
Cet endroit qui respire les souvenirs fugitifs de son histoire avec Isaac.

Aisling évite d’y penser, en règle générale.
A vrai dire, c’est même pire -le plus souvent, il enterre dans l'oubli la moindre pensée qui aurait pu le ramener plus de deux ans plus tôt, entre les bras du Marine. Pourtant, il avait conservé chaque lettre, chaque mot écrit à son intention -il les relisait parfois, surtout au début, maintenant, il s’empêche de se laisser aller à l’étreinte doucereuse de la nostalgie, craignant ses griffes empoisonnées et bien trop acérées. Même celles qu’Elinor lui avait remises, même celles qu’il avait lui-même écrites. Les voir au milieu du reste l’avait complètement bouleversé, en dépit de la colère et de la douleur, de la frustration et des regrets, de l'incompréhension. Pourtant, il porte encore ce blouson trop épais, aux manches un peu trop longues qui lui tombent sur les doigts, celui que le brun lui avait prêté un soir où ils s’évadaient dans la nuit gardienne de leurs secrets ; il le fait lorsqu’il traîne tout seul à l’appartement ou quand il a besoin de ressentir encore le fantôme de cette étreinte rassurante autour de lui, qui lui murmurait tout ira bien. Pourtant, il continue de ressentir cette pointe de culpabilité qui est née avec le temps et les regards inquiets sur ses ecchymoses bleutées, chaque fois qu’il s’échoue dans son canapé, le corps brisé par un énième combat clandestin remporté.
Pourtant, il continue de passer les portes de cet établissement théâtre de tant de leurs retrouvailles, après l’avoir scrupuleusement évité durant des mois, dans l’infime et traître espoir qu’un soir, il y surprendrait la silhouette imposante du militaire.
Et comme il peut se détester pour ça. Pour espérer encore le revoir, malgré toutes ses tentatives de se marteler dans le crâne que ce ne serait qu’arroser d’essence un brasier de douleur qu’il tente de gérer avec ses maigres moyens, qui le prend trop souvent de court et qu’il méprise férocement, qu’il rejette, parce qu’elle le déstabilise,  parce qu’il n’a jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant, parce qu’il ne sait qu’en faire -comment l’apaiser à défaut de la guérir, comment la noyer au creux de ses entrailles, dans les tréfonds de sa mémoire, à défaut de l’oublier, de ne plus la ressentir. Les regrets et les questions dont il ne parvient pas à se défaire de l’emprise cruelle qui le meurtrit à l’intérieur, qui lui cisaille la cage thoracique. Les inquiétudes emmêlées à ses pensées. Est-ce qu’il allait bien ? Est-ce qu’il était blessé ? Est-ce qu’il était heureux, sans lui, sans eux ? Il ne parvient plus à se souvenir des bons moments, à se rappeler des beaux  instants arrachés à leurs existences compliquées, ceux qui ont jalonné leur chemin. La souffrance a contaminé tout le reste comme un virus mortel qui nécrose peu à peu son esprit, et il s’en veut de ne plus que voir ce dos qui s’éloigne vers le tarmac au loin, qui part, qui le quitte. De regretter les silences qui ont trop de fois assassinés les mots sans pourtant réussir à taire, à contraindre ce que les regards se murmuraient tout bas, quand il n’y avait plus que les coeurs s’échappant, courant à bâton rompu dans les poitrines écrasées l’une contre l’autre, pour s’écouter sans le voile des craintes et tant d’autres choses encore qui les emprisonnaient habituellement.
Il se rend brutalement compte que ses iris se sont égarés vers les Irlandais bien plus loin, dont la rumeur des conversations lui assaille les sens. Il plonge le nez dans l’armertume délicieuse de sa bière lorsqu’un glissement aigu caractéristique contre le sol indique la venue d’un client sur sa gauche. Fermé, ignorant le nouveau venu, il relève ses prunelles sur l’air plus qu’étrange qu’arbore Aodhán, peu enclin à engager une quelconque conversation avec un inconnu -ou avec quiconque d’autre à vrai dire, trop enfoncé dans sa morosité soudaine pour cela. C’est quoi, cette tête, d’abord ? Et pourquoi l’irlandais prend brusquement la tangente en le gratifiant d’un regard un peu insistant ? Aisling fronce les sourcils, légèrement agacé, avant de jeter un coup d’oeil à son voisin direct. Ses prunelles tombent sur une silhouette courbée, comme un peu avachie sur elle-même, l’attitude différente mais les formes familières, trop familières, ce visage tourmenté qu’il n’a plus vu depuis plus de deux ans.
Et il reste complètement tétanisé.
Isaac.

C’est Isaac.
Isaac qui se tient devant lui, plus proche qu’il ne l’a été depuis ce qu’Aisling ressent comme une éternité, et pourtant si loin, ces deux sièges qui les séparent comme une insulte ou une distance de sécurité qui lui agresse le coeur de la plus douloureuse des manières. Sa voix qui résonne (enfin, enfin) à nouveau dans son univers, et plus seulement dans ses songes éphémères, en un mince filet de voix trop réservé, comme s’il osait à peine meurtrir ce silence qui n'a que trop duré entre eux -c'est lui qui avait rendu la séparation encore plus insupportable, cette absence soudaine que le roux a accusé sans même savoir à quel point elle finirait par lui peser, par le faire ployer. Sa présence, presque palpable du bout de ses doigts crispés si forts contre le verre froid de la pinte, si proche, si proche, qu’elle prend toute la place dans sa poitrine fracassée, ses entrailles retournées, comme avant. Son regard, ses iris océans tumultueux et secrets, sur lui, changé et pourtant toujours le même, source d’un millier d’émotions chaotiques au sein de sa cage thoracique trop étroite pour son palpitant qui la défonce de ses battements anarchiques.
Ses propres sentiments, tempête incontrôlable, qui lui fracassent le corps comme s’il s’était amusé à les provoquer en duel au sein du cercle.
Ils n’ont fait qu’attendre juste sous la surface, tout ce temps. Patienter jusqu’à cet instant tant redouté et espéré tout à la fois. Et ça fait mal.
Il ne comprend pas.
Il n’est pas même capable de répondre à la salutation, ses lèvres si fermement closes, prison de trop de mots qu’il ne sait dire et d’autres qu’il a envie de lui hurler, rendu muet par ce qui lui tombe brusquement dessus pour le plaquer au sol, lui faire bouffer les poussières de son existence. De son existence sans lui.
Le sourire si timidement esquissé par l’autre homme lui bousille le coeur. Pourquoi Isaac était-il si éteint ?
“Deux ans et sept mois.” parvient-il à lâcher, les mâchoires crispées, d’une voix polaire qui le surprend lui-même.
Peut-être est-il en colère finalement.
“Je te fais cadeau des jours.”
Ses intonations claquent, vicieuses, blessantes, cherchant à atteindre cruellement l’autre pour ne serait-ce que lui faire ressentir une once de ce qui le ravage à l’intérieur, le déstabilise complètement, le laissant si vulnérable. Ses paroles écorchées dans son accent révélé par la fureur, par la douleur, par l’incompréhension.
Peut-être qu’il brûle, se consume de rage, plutôt que flancher en se rendant compte qu’il n’a jamais cessé de l’attendre quelque part en lui, qu’il n’a finalement jamais guéri d’Isaac -pas même amorcé le début d’un oubli salutaire. Que ses sentiments pour lui sont restés. Solides. Combatifs. Courageux jusqu’au bout.
Il ne comprend pas.
Ce retour. Ces deux putain de tabourets entre eux.
“Ça fait une éternité, Isaac. Ou c’était hier, alors, dis-moi ? lâche-t-il sans détours, le ton bas (c’est une erreur de prononcer son prénom, de se souvenir de sa douceur sur sa langue, des litanies que sa voix avait chanté en murmures contre les draps, contre la peau abîmée par la guerre, par la vie). Parfois, j’en viens même à douter qu’il y ait eu seulement quelque chose, pour que je mérite un tel silence de ta part.”
L'accusation est tellement injuste, dans le fond.
Lui qui n’a pas su le retenir, comment aurait-il seulement prétendre à autre chose que cela -que cette absence de nouvelles qui finirait sûrement par accomplir son oeuvre, en les séparant, en les éloignant, en détachant leurs coeurs cabossés, réfugiés l’un contre l’autre ? Lui non plus n’a donné aucune nouvelle -mais il ne risque pas sa vie tous les jours, enfin, pas vraiment.
Il se sent si fébrile, qu’un instant, rien qu’un instant, la crainte d’avoir un geste violent (envers Isaac, envers lui-même, envers la pinte qu’il relâche de ses mains secouées de tremblements) le force à prendre une profonde inspiration -son souffle s’est raréfié contre ses lèvres sans même qu’il s’en rende compte.
Il a tellement mal -mais Isaac n’en est pas le seul fautif, loin de là. Et son regard blessé noyé dans celui déchiré par les émotions du militaire, il n’ose pas même élever un peu plus la voix -parce qu’ils évoluent toujours dans ce secret, ce secret qui a fini par les étouffer à ses yeux.
“T’es sûr que deux tabourets pour nous séparer, c’est assez ? Juste pour être certain, hein.”
Comment vas-tu ? Que t’est-il arrivé ?
Que fait-il là, hein ? N’aurait-il pas pu tout simplement l’ignorer comme il l’a fait ces deux dernières années ?
Que fait-il là, à le regarder avec ces cadavres de leur vécu, de leur bonheur dans ses yeux trop beaux, trop bleus (Aisling les a tant adorés, tant détestés), à venir foutre son coeur (et le sien) en l’air comme si la dernière fois n’avait pas été suffisante ?




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MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Sam 17 Nov - 8:54
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Isaac Taylor
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Il était perdu, tiraillé entre l’envie de s’en aller et de rester. Il savait que rester planté là, n’était pas une bonne idée, que les regards se voileraient forcément d’une aura de douleur, sourde et lancinante, celle qu’il ressentait depuis si longtemps. Comme la sensation d’étouffer sans arriver à reprendre son souffle. Comme s’il était englouti par les océans de sa souffrance. Comme la sensation, aussi, qu’il ressentait lorsque le corps lutter pour reprendre contenance après une soirée à boire jusqu’à l’excès, jusqu’à sombrer. Il n’était qu’un déchet. Et la culpabilité était déjà là. Si forte. Si tenace. Alors qu’il fixait la silhouette face à lui, de ces yeux océans, si immensément expressifs, si brillants. Le doute s’y lisait, témoin de ce combat qu’il se livrait entre la raison et la passion. Il crevait d’envie de s’asseoir à ses côtés, de se rappeler du bon vieux temps, de pouvoir rire et sourire avec insouciance, témoin d’une douce parenthèse de douceur que chaque permission lui offrait. Il avait tant apprécié chacune de ces retrouvailles. Il en avait savouré chaque seconde, comptant les jours restants à peine arrivé, réfutant tout sentiment d’abandon et de peine à l’idée de partir à nouveau, de devoir tenir à nouveau son arme. De voir ces mains encore tâchées de sang alors qu’elles pouvaient, si facilement, s’aventurer sur un épiderme frissonnant, qu’elles pouvaient être témoin d’une douceur le faisant flancher, le chambouler. Et pourtant… Tout ceci appartenait au passé, il avait tout foutu en l’air. Il avait renié une part de bonheur pour répondre à cette pression familiale, il ne voulait pas que sa mère puisse voir le mauvais en lui, puisse croire – de là-haut, si près du Seigneur – que tous ces préceptes, cette religion… Isaac lui, ne les avait jamais acceptés. Et ce soir, dans ce bar, le combat éternel faisait rage. Partir ou assumer un choix fait il y a plus de deux ans. Il hésitait encore trop et dans cette hésitation, dans ce seul moment où il détourna le regard de cette chevelure de feu, ses yeux bleus rencontrèrent ceux du barman, celui qui avait compris –au bout d’un temps à vrai dire- que ceux-là n’étaient pas simplement des amis, que les regards étaient différents des mots employés et qu’ils dévoilaient l’attachement singulier que l’un ressentait pour l’autre. Dans le secret le plus total, dans la réserve la plus douce, les sentiments substituaient, outrepassaient les sourires et les gestes. Il avait compris autant qu’il comprenait la gêne ressentie par Isaac. Un long moment avant de se retrouver. Une douce parenthèse qui l’amènerait forcément vers le début d’un cauchemar : celui qu’il avait créé de toutes pièces, enlisé dans ces idéologies de famille. Désormais, il avait tout perdu, réduit à devoir s’asseoir si près et si loin, en même temps. À lui parler comme un étranger, tout en ressentant cette insoutenable douleur. À se sentir intimidé, comme s’il n’était que peu de choses face à lui. Et pourtant, il se savait responsable de tant de maux, il se disait qu’il ne méritait sans doute pas de venir s’asseoir à ses côtés. Et pourtant, Isaac prit place. Il s’arma d’assez de courage pour oser prononcer le premier mot. Ça faisait si longtemps c’est vrai.
Mais bon dieu, qu’il se sentait incroyablement hypocrite.

Il ne s’attendait pas à une réaction de joie. Le dédain. La colère. L’ignorance. Le comportement négatif. Forcément, il s’attendait à ça. Leur rupture n’avait été jolie à voir, Isaac était parti à un moment où tout allait bien entre eux. C’était harmonieux, c’était une routine que le militaire chérissait. Et il avait tout brisé. Forcément, il ne s’attendait pas à de grandes démonstrations de joie. Dans les silences, il avait fini par apprendre à le connaître, à savoir par cœur sa façon de réagir, impulsivement parfois. Mais il n’était, cependant, pas prêt à entendre cette voix, froide contre le marbre, aussi accusatrice, aussi teintée de colère et de douleur.
Deux ans et sept mois.
C’était si long et Isaac et le savait, car les jours, il les comptait tout autant avec le sentiment de perdre un peu plus de contenance pour ce souvenir, de le voir disparaître dans les méandres de sa mémoire. Il ne le voulait pas pourtant. Oublier pour apprendre à espérer un Ailleurs. Et pourtant, il poursuivait inexorablement cette route, poussé par ce destin l’emmenant si loin de l’Irlandais.  Le mutisme demeurait sa seule arme. Non pas contre Aisling mais bien contre lui-même. Il se savait en tort de toute façon. Et puis le rouquin ne lui laissa pas de répit, évoquant cette absence. Une éternité ? Il se trompait. Et Isaac aurait aimé lui dire qu’une éternité paraissait si courte face à la sensation qu’il ressentait, à cet éloignement l’usant petit à petit. Il ouvrit la bouche pour répondre mais déjà l’Autre parlait encore. De cette voix teintée d’une colère qu’il ne lui avait jamais connu envers lui. Tout autant justifiée cela dit. Et les mots furent cruelles, semblable à une lame perçant sa peau, semblable à la douleur ressentie lorsque les os de son épaule se brisèrent pendant la rixe. La douleur était là. L’inévitable douleur. « Aisling… » Commença-t-il à dire d’une voix lasse. Il n’était pas prêt à s’engager dans une conversation houleuse, encore moins à débattre sur la façon dont ils s’étaient séparés. Et qui plus est, il savait qu’il était en tort, il n’avait pas donné de nouvelles. Il avait disparu de la circulation. Il s’était empressé de retourner en mission, le cœur en miettes et l’âme déchirée en mille morceaux. Le sentiment d’abandon et de manque s’étaient fait ressentir. Et jamais plus, il ne l’avait quitté. Pourtant, ce soir, Isaac n’était pas là pour ressasser sa décision, il était là parce que ce destin lui avait soufflé l’idée d’entrer ici. Forcément, il ne s’était pas attendu à voir cet homme. Celui qui lui envoyait encore un pavé dans la figure, relevant son attitude fuyante. A ses mots, Isaac se contenta de soupirer. Il était d’une nature calme et réservée. Il n’était pas du genre à pousser des crises de colère en public. Pourtant, son corps tremblait de tous ses membres. Et il avait toujours autant envie de fuir. « Je ne suis pas venu ici pour te chercher des noises… A vrai dire, je ne pensais pas te voir ici. Je suis entré par hasard. » Ses paroles étaient sincères au même titre que son regard fixant le roux. Pendant quelques secondes. Avant de détourner les yeux, de fixer les bouteilles vides suspendues face à lui. « Pourtant…C’était la moindre des choses de venir te saluer. Je ne pouvais pas t’ignorer comme si tu n’étais qu’un… » Les mots se moururent entre ses lèvres à demi ouvertes. Il prenait conscience que ce qu’il disait était incohérent. Il ne voulait pas l’ignorer et pourtant, c’est ce qu’il avait fait durant tout ce temps. Il aurait pu donner un signe de vie. Il aurait pu lui dire que tout allait bien. Mentir pour permettre à l’Autre de se remettre. Mais à croire qu’ils étaient au même point, que tout restait confus au gré de ces souvenirs ardents. Alors, faisant signe à Aodhàn de venir, il reprit la parole. « J'aurais pu prendre de tes nouvelles depuis tout ce temps, c'est vrai... Et peut-être que désormais, ma présente te dérange, ce que je peux tout à fait comprendre… » Son sourire se voilà d’une aura de tristesse tandis qu’il continua de parler, se tuant ainsi un peu plus « Alors, je prendrais juste un verre et puis, je m’en irai d’ici. » Alors qu’au fond de lui, Dieu sait qu’il avait envie de rester, qu’il avait des tas de choses à lui dire, à savoir s’il avait reçu ses lettres, s’il les avait lues, s’il allait bien, s’il était heureux. « Un whisky sans glaçon s’il te plait. » Se contenta-t-il de dire au barman repartant aussitôt, les laissant seuls dans la froideur et les souvenirs encore chauds. « J’espère que tu vas bien désormais …  » Il n’attendait pas de réponse, il agissait avec maladresse. A vrai dire, il ne savait pas sur quel pied danser. Il ne voulait pas lui faire de peine, le bercer d’illusions quand lui-même avait perdu foi en la vie même.

Désormais, que devenait-il ?
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MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Lun 26 Nov - 17:39
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Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
The Bronx, New-York City

Son prénom, sur la chair des lèvres d’Isaac, est brûlant contre ses sens, douloureux contre son âme. Entremêlement de plaisir et de souffrance qui font frémir si brutalement son cœur affolé, terrifié. Cela éveille de lointains souvenirs qu’il pensait avoir enfouis assez profondément pour ne plus en ressentir la douceur déchirante, pour ne plus goûter du bout des lippes la saveur d’un bonheur que l’autre homme lui a arraché, leur a arraché, que ses propres insécurités et doutes leur ont volé –ce bonheur qui n’est plus que cendres contre sa langue. Cela caresse des réminiscences qui rappellent à ses sens la brûlure désireuse d’un toucher, la tendresse bouleversante d’un regard résolument accroché au sien, le musc d’un parfum qu’il pouvait cueillir d’un baiser ou s’entourer comme d’une armure protectrice en se réfugiant entre les bras du brun. Cela fait naître quelques frémissements sur sa peau qui bien vite se meurent, une tension qui lui craquèle les muscles et lui agresse les tendons dans un réflexe de rejet et de protection. Comme s’il se retrouvait prisonnier du cercle, des barrières formées par les corps avides de sang, et que face à lui l’adversaire levait les poings, prêt à frapper de nouveau.
Il se braque, se drape dans ses défenses, érige ses boucliers un à un, dans un réflexe de survie qui le pousse à ignorer jusqu’à la lassitude qui perce en sein des mots d’Isaac, et qui en d’autres temps (avant), l’aurait interpelé. Sa présence s’apparente à une agression qu’il se doit de combattre pour ne pas finir à terre (pas encore une fois, il se le refuse) et qu’il ne peut pourtant s’empêcher de désirer, parce que même si c’est un combat qui se profile, cela constitue également le premier et seul contact qu’ils ont eu ces deux dernières années, autre qu’à travers les mots usés imprégnant le papier. Et Aisling, dans son absence totale de rationalité, aveuglé par sa colère et sa peine, parvient à se persuader qu’il peut s’en contenter. Que c’est toujours bien mieux que le silence –pas moins douloureux, mais cette souffrance-là lui semble plus facile à accepter, plus aisée à encaisser. Peut-être parce qu’une part de lui ne soupçonne pas encore les dommages qu’elle lui (leur) inflige en silence, virus malsain et vicieux qui ne laissera que ruines et agonies sur son passage.
Ses poings se crispent et se décrispent sur ses cuisses comme pour tenter de libérer ses phalanges des tremblements (des émotions) qui les secouent ; son regard demeure incapable de quitter le visage ravagé du brun, alors qu’il ne peut s’empêcher, même au travers d’une rage que sa propre faiblesse vis-à-vis de l’autre ne fait qu’alimenter, de noter la fatigue qui leur pèse, la détresse qui les marque, la souffrance physique et psychologique qui les hante. Vision d’un être qui autrefois l’emplissait d’une joie presque candide, et qui aujourd’hui ne fait que lui lacérer l’intérieur de la poitrine, répondre aux échos du vide à l’intérieur. Cette beauté comme fanée qui le peine, ces émotions silencieuses creusant des sillons sur le visage séduisant qui incendient le réflexe immuable de l’inquiétude au creux de son ventre, sentiments qu’il se refuse à éprouver sans pourtant parvenir à complètement les taire, et qui ne font qu’asperger d’un peu plus d’essence le brasier de colère (envers l’autre homme, envers lui-même) qui lui consume le sang, lui inspire les blessures injustes dont ses paroles s’arment sans remords.
Ils ne font plus que se détruire mutuellement.
Mais l’Irlandais préfère les flammes de la colère aux vents glaçants et meurtriers de la tristesse –c’est une autre souffrance, qui n’est peut-être pas préférable et sûrement encore plus destructrice, mais elles le maintiennent debout face aux attentats que son propre cœur orchestre contre lui.
Et il ne pardonnera jamais à Isaac –et encore moins à lui-même- de lui avoir mis un genou à terre.

La sincérité transcende chaque mot prononcé par l’autre homme, fissure son regard mort plongé dans le sien, imbibe de poison les lames tranchantes qui s’immiscent entre les côtes du roux, pourfendent la chair, viennent y chercher l’organe réfugié quelque part dans les ombres de sa cellule. Les paroles d’Isaac ont toujours su trouver échos en lui, et cela le terrifie et nourrit un peu plus sa colère de constater que même après tout ce temps, les choses n’ont guère évolué, qu’en dépit de toute  l’ardeur qu’il emploie à tenter de s’en protéger, cette voix déjoue encore sa garde, fracasse ses défenses avec une précision presque chirurgicale. Et Aisling aimerait bien croire que ces faiblesses qui se révèlent une à une dans l’armure sont dues à la surprise du retour brutal de l’autre homme dans sa vie, que dans sa précipitation désespérée, criblée par l’urgence, à se protéger, il n’a pas su colmater les fissures et les fêlures qu’il accuse à présent. La vérité douloureuse et imprononçable, c’est qu’il a confié bien trop de ses vulnérables à ce regard qu’il aimait pour pouvoir se prémunir contre ses attaques –et cela, même s’il sait qu’Isaac n’y est pour rien, qu’il ne cherche pas même à le blesser alors que sa présence seule, si palpable et pourtant inexorablement insaisissable, est une plaie béante de plus tailladée à même son myocarde. Son timbre naturellement apaisant, si épris de la douceur de son caractère –violent contraste avec l’impulsivité qui caractérise si bien Aisling-, qui savait autrefois souffler le calme sur la fureur de ses émotions, l’agace et le heurte un peu plus. L’Irlandais sait bien qu’ils ont juste des façons très différentes d’exprimer leur douleur, que les déchirures qui affligent le ciel de ce regard arrimé au sien sont un reflet qu’il aimerait croire atténués des siennes, mais il ne peut s’empêcher de vouloir pousser l’autre homme à l’éclat, alors qu’il ne s’est jamais senti aussi vulnérable –et qu’il ne fait plus assez confiance au brun pur pouvoir s’autoriser un tel moment de faiblesse.
Un ricanement amer lui échappe à la mention du hasard qui les a réunis en ces lieux, et il préfère détourner le regard pour la première fois afin de noyer l’incandescence des mots qui lui ravagent les lippes dans l’arome de la bière. Isaac ne s’était rendu en ces lieux chargés de leur histoire que par hasard. A quel point un tel aveu pouvait-il se révéler blessant, alors que lui-même avait toujours passé ces portes avec l’espoir muet et terriblement fou de l’y revoir ? A quel point avait-il continué de s’accrocher, alors que l’autre homme semblait avoir relégué leur histoire au passé ? La pinte  claque sur le bois laqué criblés de cicatrices, son regard se braque sur le brun dont le silence tue trop vite les mots, ces mots dont chaque note est un supplice de plus. La moindre des choses de venir le saluer ?
Il était venu le voir par politesse ?
Aisling fronce les sourcils alors que son visage se ferme sensiblement, que ses traits à nouveau se tendent d’une colère qui le consume un peu plus à chaque instant partagé avec Isaac.
« Un étranger. » complète-t-il cruellement, d’un ton bas mais catégorique.
N’est-ce pas ce que le silence du brun avait fait de lui ? Un étranger ?
Un rien.
Une poussière dans son existence.
« C’est pourtant ce que ton silence a fini par me faire comprendre. » l’accuse-t-il sans détours.
Les mots suintent d’une cruauté qu’Aisling ne pensait pas avoir en lui –pas envers Isaac. Ils goutent la cendre froide et le sang sur sa langue, déchirent la chair de ses lèvres d’un sourire gorgé d’amertume alors qu’il secoue doucement sa tête en signe de négation en détournant un nouvelle fois le regard, plonge le nez dans la douceur de l’alcool qui semble avoir perdu toute saveur. Il refuse d’écouter l’inquiétude et les excuses sourdes qui se mêlent aux mots qui l’atteignent si profondément ; il ne veut pas percevoir toute cette sollicitude et cette attention qui habillent les paroles de l’autre homme. Il rejette la vision de ce sourire qui se fane trop vite dans la peine, qui n’a plus rien des éclats de rire et de légèreté, qui n’est plus qu’un miroir craquelé d’une âme dont il tente férocement d’ignorer l’agonie, celle qu’il perçoit pourtant partout, à chaque seconde un peu plus pesante, un peu plus lourde dans les silences qu’ils s’imposent plus qu’ils ne les partagent.
C’est trop dur, trop éprouvant d’évoluer dans ce monde de gris où la colère et la tristesse inquiète, terrifiée, s’entredéchirent en lui. En dépit de tous les signaux de plus en plus alarmants qu’il essaye d’ignorer, les teintes mortes dans ce regard qu’il a tant aimé et qui est devenu si terne, la lassitude qui se joue des mots s’emmêlant dans la maladresse et la détresse, les sourires qui demeurent étrangers aux prunelles, la posture un peu trop courbée qui ressemble à celle d’un animal blessé aux abois, les cris muets qui se dessinent dans les plaies béantes murmurées par la nuit hantant les iris clairs, il ne peut céder aux sanglots qui résonnent timidement dans le vide de sa cage thoracique, et peu lui importe que ce soit égoïste.
Parce qu’il souffre –même s’il ne nie pas qu’Isaac aussi.
Et parce qu’au-delà des émotions chaotiques qui le consument, il y a tant de colère. Tant de rage dont il ne sait que faire.
Une fureur que la moindre note modulée par la voix d’Isaac pousse au supplice.

Il ignore le regard du barman qu’il sent glisser furtivement sur lui (inquiet peut-être), les prunelles à nouveau braquées sur son ancien amant, dont les derniers mots claquent comme une sentence terrible à ses tympans, lui ravagent le palpitant qui aussitôt étouffe dans ce brasier qui dévore tout en lui, fait sauter un à un les derniers liens qui retiennent encore les sons qui se fracassent contre ses dents serrées et ses lèvres closes. D’un geste bien trop calme, il repousse doucement la pinte de ses doigts qui ne tremblent qu’à peine, descend de son siège pour détruire la distance que le brun leur a infligé. L’émoi qui le lacère massacre la mélodie irrépressible des souvenirs que sa proximité éveille en lui, les tue avant même qu’ils n’essayent de percer la surface de sa mémoire. Il prend habilement place aux côtés du brun, garde pour seul contact son regard vrillant le sien, alors qu’il oriente son corps pour lui faire face tout en veillant à ne surtout pas l’effleurer –dans un recoin de son esprit, Aisling craint la violence dont il serait capable s’il venait à toucher l’autre homme, bien trop bouleversé pour appréhender ses propres réactions.
Il s’empare du whiskey sans une once d’hésitation –depuis quand Isaac boit-il ce genre d’alcool fort ?- et le porte à ses lèvres. La liqueur incendie sa gorge, familière, et il délaisse le verre vide sur le comptoir, l’y abandonne tout en sachant que l’Irlandais qui les sert ne s’aventurera certainement plus jusque-là. Le geste n’a rien d’une insolence ou d’une provocation, l’alcool n’est pas même un moyen de se donner un semblant de courage ; il veut juste que l’autre homme soit irrévocablement sobre pour écouter ce qu’il a à lui dire.
Et d’une façon, lui refuser la boisson, c’est un peu comme lui refuser le confort de l’endroit –et c’est sûrement puéril, mais Aisling en a besoin. Il a besoin de lui faire sentir qu’il n’est plus le bienvenu sur les terres de leur rencontre et de leurs retrouvailles.
« Qu’est-ce que tu espères comme réponse ? » demande-t-il d’une voix presque trop neutre, badine.
Son timbre épris d’un calme qu’il est loin de ressentir dissimule mal les armes qui patientent derrière chaque mot, canons braqués droit sur la poitrine du brun. Aisling ne compte pas le laisser s’en sortir ainsi, à coup de phrases presque banales et sans âme.
Même s’il ne peut réfréner la curiosité presque morbide qui l’agite –parce que oui, qu’est-ce qu’Isaac attend, de lui, d’eux, de cet échange ?
« Que je suis heureux ? C’est ça, que tu as envie d’entendre ? »
Mais déjà le sang-froid abandonne ses mots alors que ses intonations s’écroulent dans les graves, les basses qui murmurent fureur et douleur, alors que son accent aiguise chaque son pour atteindre l’autre. Pour lui faire mal.
Qu’importe la souffrance qu’il s’inflige dans le processus –elle qui est anesthésiée par la brûlure de la colère, et attendra un moment d’accalmie pour lui sauter à la gorge et lui égorger le cœur.
« Que je vais bien maintenant, que je poursuis tranquillement mon existence sans toi ? poursuit-il à bas volume, impitoyable et blessant, le ton frémissant de colère. Peut-être même que j’ai rencontré quelqu’un d’autre pour tenter de réparer ce que tu as cassé ? »
Il hoche la tête, l’expression complètement fermée, une moue faussement convaincue aux lèvres.
Bien sûr qu’il sait qu’Isaac n’est pas seul responsable de leur rupture. Sur ce point, ils partagent équitablement la culpabilité, l’Irlandais en demeure persuadé. Mais c’est le brun qui est parti –une blessure qu’Aisling n’est jamais parvenu à refermer depuis, vulnérabilité qu’il déteste et craint tout à la fois.
S’il lui avouera un jour à quel point son départ l’a atteint ? Cela reviendrait à lui dire combien il l’a aimé. Et il n’est toujours pas prêt pour ça, doute même de l’être un jour. Il n’éprouve plus la même confiance qu’autrefois –et ce serait se montrer dans une position de faiblesse telle que le moindre geste maladroit pourrait le renvoyer à l’état dans lequel il s’est retrouvé juste après la rupture.
Quelque chose qu’Aisling ne veut plus jamais connaître.
« Je t’en prie, si c’est ce que tu veux croire, offre-t-il, accusateur. Si ça te soulage ou que sais-je encore. C’est ça que tu cherches ? Un peu de répit pour la douleur ? »
Il n’entend pas l’épargner, n’en a pas la moindre attention.
« Contrairement à toi, je vais te faire l’honneur d’une réponse plutôt que t’imposer le silence : oui, je vais bien. » affirme-t-il avec une ironie acérée.
Ce n’est pas un mensonge. Pas une irrévocable vérité non plus.
Mais c’est ce qu’il s’autorise à lui céder, alors qu’il crispe le poing sur le verre de whiskey, se penche sensiblement dans la direction de l’autre homme, envahit son espace de confort, plus menaçant qu’autre chose.
« Je ne t’ai jamais demandé de prendre de mes nouvelles, j’en ai rien à battre, honnêtement, rejette-t-il sans empathie aucune. Mais un message de temps en temps pour me dire que tu étais toujours vivant, je pensais au moins mériter ça. »
Il se redresse brutalement, comme pour reprendre un peu de distance avec ses propres émotions, et prend une inspiration un peu plus marquée, laisse le silence s’installer, l’intensité de son regard le combler.
Les mots lui échappent avant qu’il n’ait pu les retenir, trop vulnérables, trop empreints d’émotions tues.
« D’ailleurs, j’aimerais bien que tu m’expliques pourquoi tu t’es séparé des lettres. »
Il lui serait impossible d’oublier plus de deux ans et demi à espérer qu’il ne soit rien arrivé à Isaac, à se perdre dans l’angoisse de ses silences quand la nuit refermait ses griffes sur sa carcasse solitaire.
Mais il a besoin de réponses, de comprendre.
De lui faire comprendre à quel point il le blesse, à juste se tenir-là, si proche mais complètement éteint, à hésiter entre des inquiétudes auxquelles il devrait avoir renoncé en le quittant, et cette distance insupportable que certaines de ses maladresses leur imposent.  





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MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Ven 30 Nov - 9:55
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Isaac Taylor
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Il parlait d’une voix presque machinale, ignorant les élancements douloureux du cœur, de l’épaule. Il parlait comme si à côté de lui – enfin à deux chaises de lui – il y avait un individu lambda, une simple connaissance, ce qui n’était pas le cas, bien évidemment. Tout comme Aisling n’était pas un étranger non plus, qu’il ne le serait jamais, bien qu’il l’avait traité tout comme. Ça lui avait déchiré les entrailles et l’âme, il avait tant souffert d’avoir rejeté la seule personne qui comptait réellement dans sa vie. Mais l’amour de sa mère lui semblait être plus fort que ce qu’il ressentait pour l’irlandais. Il avait cru, qu’ainsi, il pourrait revenir dans le « droit chemin », de s’intéresser à ce qui était religieusement possible. Et non, être à côté de la plaque. Si seulement … Il pouvait comprendre ça. Mais non, Isaac était campé dans cette volonté de bien faire, se convaincre que c’était ce qu’il y avait de mieux. Il parlait avec ce ton détaché de ces gens qui ne souffraient plus. La vérité était qu’il avait mal, la vérité c’est qu’il en devenait fou, qu’il faisait celui pour qui tout allait bien, alors qu’en réalité, tout s’écroulait. Il ne pouvait s’empêcher de s’enfoncer un peu plus. Paraître détaché, avoir un soupçon de fierté et d’orgueil, montrer qu’il était en pleine forme. Et puis, en même temps, faire preuve de gentillesse envers Aisling parce qu’il n’était pas un être rancunier, parce qu’il savait qui avait mis fin à leur histoire, parce qu’il n’était pas celui qui avait dû accepter. Isaac avait eu le choix quand son ancien amant avait simplement dû devoir entendre ses mots, admettre l’évidence qu’il n’y aurait plus rien entre eux. Il comprenait donc la réaction négative, mais il essayait, à sa manière, de se racheter en étant poli, en le questionnant comme lorsqu’on croise une connaissance. Le « tu vas bien, on devrait se voir » qui sonnait si faux, l’adieu d’une parole emplie de promesse qui, finalement, n’en était pas une. Considérer Ace comme tel était une erreur. Et il allait s’en mordre les doigts, comme de lui parler ainsi, avec autant de détachement, alors qu’au fond de lui… Au fond de lui, hélas… tout s’effondrait.
Il restait l’espoir que cette journée ne soit pas complètement vaine. Dans son for intérieur, il espérait entendre de la bienveillance de la part de l’irlandais, des bonnes nouvelles. Il était prêt à tout entendre pour se donner l’électrochoc nécessaire, persuadé encore que pour se relever, il fallait que ce soit par l’agissement de quelqu’un d’autre. Il avait faux sur toute la ligne, perdu dans cette dépression qui l’entourait de ses bras emplis de noirceur, véritable amie de ces derniers mois passés à lutter. Isaac se crispa quand Aisling se leva pour venir s’asseoir à côté de lui. Si auparavant, la proximité avait su être la compagne d’un désir de l’Autre, là, c’était complètement différent. Le Texan prenait ce rapprochement comme une agression, sentant ses muscles se contracter, face au traumatisme de l’armée. Il ne supportait plus le contact physique, que l’on soit proche de lui, surtout quand ce n’était pas dans de bonnes conditions comme maintenant. Il se tassa légèrement sur lui-même, refusant alors de voir le visage de son ancien amant fixant le verre de whisky que le barman venait d’apporter. Son cœur battait à tout rompre.. « Ace… » La voix grave tremblait légèrement, prêt à perdre pied. Ça le mettait dans de tels états. C’est alors qu’il vit cette main, qu’il connaissait par cœur, prendre le verre, l’obligeant à suivre du regard ce qu’Aisling fit. A savoir, de boire cul sec son propre verre, le posant et là… les mots qu’il prononça le heurtèrent en plein cœur.
Qu’espérait-il lui faire comprendre ? Que s’attendait-il à entendre ?
Il conserva le silence, se sentant encore plus mal de chaque propos. Oui, qu’espérait-il, lui qui était responsable de tant de malheur au sein de ce qu’ils avaient construit. Le militaire avait tout détruit, utilisant la culpabilité et la peur comme facteur de décision. La froideur et le calme qu’usaient son ancien amant, le fut baisser les yeux, fixant le bois du comptoir ayant connu une flopée de verres, la matière s’altérant au fil du temps. Il n’osa pas lever les yeux, regrettant d’avoir eu un regain d’espoir en venant lui parler, non pas de cet espoir de remettre en route une histoire, mais plutôt de se dire que le pardon avait pris place, que le temps avait permis d’effacer les rancœurs. Mais il en était rien, Aisling allait bien mais il lui en voulait encore. Il n’avait pas aimé son silence. Et Isaac le comprenait, il ne lui en voulait même pas de lui répondre ainsi. Il se contentait de subir son châtiment, serrant ses poings, calés entre ses cuisses pour ne pas craquer face à la présence – trop proche – de l’irlandais. Cependant, ce fut plus compliqué quand Aisling s’approcha un peu plus, franchissant bien plus son espace vital. « Aisling… » Gronda Isaac, comme un signal d’alarme. Il savait qu’à trop briser les barrières qu’il s’était érigé, il était prêt à craquer. Sur les nerfs, constamment, Isaac, bien qu’il n’avait pas l’âme d’un bagarreur, se savait capable de péter un plomb et de ne plus rien gérer.
Heureusement, il n’eut pas besoin de demander à l’Irlandais de s’éloigner. Ce dernier le fit, lui ayant reproché son absence de nouvelle, de messages.
Si seulement tu savais…
Quand il sentit la présence être moins proche, Isaac s’autorisa a respirer plus doucement, ses poings se desserrant, rouges par la force des ongles imprimés dans sa chair. « Tu crois vraiment que je n’ai pas voulu prendre de tes nouvelles ? » Dit-il, ses mains venant prendre le verre vide dans lequel les lèvres douces s’étaient posées. « J’ai essayé. Mais à chaque fois, je me suis dit que ce n’était pas une bonne idée. Et puis, le jour où… Je me suis décidé… » Les mots lui manquèrent. Pourquoi se justifiait-il ? Et à quoi ça rimerait ? Le jour où il avait eu le courage de tout lui dire, il s’était fait tabasser par une ribambelle de jeunes soldats, complètement ivre. « Enfin bref… Je me disais que te donner de mes nouvelles n’étaient pas très intelligents. De toute façon, comme tu le dis si bien « Tu n’en as rien à battre » » Son regard se tourna vers l’Irlandais, si expressif et malheureux. Il aurait tellement aimé être un autre, vivre avec une autre identité, un passé moins lourd. Il n’aurait alors pas été envahi d’autant de remords. « Un whisky s’il te plaît… » Dit-il au barman, qu’il lui servit un verre bien plein, qu’Isaac prit et avala d’une traite, de ces gestes dont seuls les dépendants à l’alcool possédaient. Il ne buvait plus pour savourer mais uniquement, pour oublier un peu, souffrir moins. « Quand aux lettres… Je me disais que c’était mieux que tu les gardes… Peut-être était-ce une manière de prendre de tes nouvelles… Drôle de façon de faire, je le conçois. Mais avec du recul, c’est ridicule… Très certainement que tu ne les as pas lu, et que tu les as jeté. » Sauf qu’il ne le pensait pas du tout. Il lui avait écrit des lettres suite à leur rupture, des lettres où il lui expliquait son quotidien comme du temps où ils étaient ensemble. Cependant, il ne les avait pas envoyé, il avait attendu, il avait eu peur avant de finalement sauter le pas, les donnant à Elinor. Ce petit pas lui avait permis de lui donner le courage d’écrire la vérité, de mettre des mots sur ce qu’il ressentait, des raisons qui l’avait poussé à quitter Aisling. Ce brouillon était resté inachevé, il l’avait toujours sur lui. Froissé, humide, l’encre baveuse et les traces de sang, parce que ce jour là, Dieu l’avait puni de renier ce qu’il devait être. Parce qu’il n’aurait pas dû. Il fit signe au barman de le resservir, et aussitôt que le verre arriva, il le but d’un trait mais son épaule le lança et il ne put s’empêcher de grimacer en reposant le verre. Puis, il se tourna vers l’irlandais pour l’observer encore un peu, se rappeler chaque détail de sa personne, la courbe de son visage, les traits fins et ce regard flamboyant allié à une chevelure de feu. « Je suis content que tu ailles bien » ça et le fait qu’il lui manquait tellement, c’est tout ce qui comptait.
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