Partagez

 Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]

MessageSujet : Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyDim 4 Nov - 9:37
Isaac Taylor
Isaac Taylor
Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] GoNx3
posts : 334
points : 596
feat : Hugh Dancy
multis : Cináed
crédits : Dopamine ❤︎ (avatar)
Âge : 35
logement : Homewrecker, #202

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Il se trouvait dans une salle qualifiée, à ses yeux, de torture. Le néon diffusait une lueur blafarde et peu rassurante. Il était assis sur le lit de consultation tandis qu'on lui auscultait le bras, le pliant et le dépliant, doucement. Lui, se contentait de fixer les divers objets se trouvant dans la pièce. Tout était là pour malmener un corps dans l'espoir de le voir guérir. Son visage se crispa lorsque le kiné souleva légèrement le bras. Quelques degrés d'inclinaison de plus mais la douleur paraissait intolérable. Les progrès étaient attendus mais ne venaient pas. À croire que le destin se jouait de lui. Pourtant, il espérait. Il pensait à son rétablissement prochain et à l'idée de pouvoir réintégrer l'armée au plus vite. Ça le manquait. Cruellement. Ici, il se sentait coincé. Tel un lion prisonnier des barreaux de sa cage. Il avait la sensation de tourner en rond. Constamment. Sans fin. Et le désespoir approchait à grand pas. Il ne se sentait pas bien. Il désirait pas rester à New York bien qu'il n'avait pas le choix. L'hôpital militaire se trouvait ici et sa base également. D'autre part, il était à l'arrêt forcé. Son bras atrophié ne permettait pas de reprendre son travail. Pas même un petit boulot administratif. Rien. Juste être là et attendre que le temps passe, que guérison se fasse. C'est ce que tout le monde lui disait mais à force, Isaac ne les entendait plus. Il s'enfermait dans sa tête, à la recherche des souvenirs et du bonheur passé. Les jours étaient longs. Il n'avait que ça à faire. Ça et passer des journées dans son appartement. C'était sans fin. Trop souvent, il s'endormait tôt, abruti par les anti-douleurs. Mais le réveil était le même. Trop tôt ou au beau milieu de la nuit. Le cerveau s'enclenchait et les pensées se confondaient dans sa tête. Et à chaque fois, la sempiternelle question revenait : que faisait Dieu ? Que lui avait-il fait pour avoir mérité un pareil châtiment ? Est-ce parce qu'il était autant attiré par les hommes que par les femmes ? Voyait-il en lui un pécheur, une âme damnée ? Le sommeil ne venait plus et dans ces cas-là, il préférait s'asseoir près de la fenêtre dont il ouvrait un pan, écoutant le bruit d'une ville paisible et à moitié endormie jusqu'à ce que l'aurore se lève, que le bruit ne revienne. Il avait passé le reste de sa nuit à fixer un point invisible dans l'espoir d'y trouver une réponse. Isaac la cherchait encore.

« Monsieur Taylor, ce sera tout pour aujourd'hui. » Dit le kiné, ce qui fit soupirer de soulagement le militaire. La séance de torture se finissait enfin. « Ça peut prendre du temps, vous savez ? Les progrès sont là mais trop infimes pour qu'on puisse les appeler ainsi. » - « Tant qu'on avance. » Il sourit doucement à l'homme. Si lui aussi se mettait à faire dans le pessimisme, il ne tiendrait pas longtemps. Pourtant, il n'en demeurait pas moins poli et courtois. Son malheur était le sien et il ne devait pas le transmettre. Alors il faisait semblant que tout allait bien. Discret mais gardant le sourire. On lui demandait souvent des nouvelles mais ses réponses demeuraient bien évasives. Il ne savait que dire si ce n'était qu'il en avait ras le bol. « Vous avez une idée du temps pour que tout redevienne comme avant ? Il me tarde de reprendre le travail. » Oh comme il avait hâte, de pouvoir remettre sa tenue, d'avoir sa casquette kaki et de tenir son arme entre ses mains. On pouvait l'envoyer n'importe où d'ailleurs. Il se sentait près. La seule chose l'arrêtant, c'était son rapport avec les autres. Il n'avait pas oublié les raisons de son arrêt de travail. Officiellement, il était tombé et s'était fait mal. Officieusement, ils avaient été plusieurs à lui tomber dessus et à lui fracasser le corps sous les coups de poings et les coups de pieds. La violence avait été le vecteur d'une haine contre l'homme qui aimait un autre homme. Et pourtant, Isaac estimait que ce n'était pas vraiment ça. Ils avaient tout compris de travers et lui, n'assumant rien, se mentait à lui-même. Comme il le faisait avec le kiné, le fixant d'un air attentif et espérant qu'il aurait des nouvelles plus positives. « Je n'ai pas de délai à vous donner, hélas. Il est très difficile de se prononcer face à un tel diagnostic. Je suis même pessimiste à l'idée de me dire que vous allez retrouver l'usage de votre bras sans avoir subi, au moins, une intervention chirurgicale. » Répondit le kiné en s'écartant pour laisser la place au militaire de se redresser. « Je demeure quand même curieux de savoir comment vous avez pu vous causer une telle blessure. » Isaac se contenta de sourire, remettant sa chemise en place et répondit calmement « Rien de bien méchant, un accident de routine. Ça aurait pu être pire. » Son ton calme, sa mine apaisée contrastait avec le tourbillon néfaste de ses pensées. « Merci en tout cas. » Son coeur s'était mis à battre plus fort. Ça restait difficile à expliquer. Il mentait toujours. La vérité ne devait pas être exhumée. Il préférait garder pour lui, de conserver le poids de ce souvenir traumatisant. Et si honteux d'ailleurs. Le regard du kiné parut soupçonneux : ce dernier ne le croyait sans doute pas. Personne ne croyait à sa version des faits. Seuls quelques rares élus savaient la vérité mais Isaac leur avait demandé de ne pas ébruiter cela. Il en avait trop honte. La douleur résidait dans ses chairs et son âme. Elle ne partait pas, se rappelant à lui constamment.

La séance se termina ainsi. Et Isaac put quitter le cabinet non sans se sentir dépité, un peu déprimé du diagnostic fort peu encourageant. Il guérirait, c’était chose certaine mais jusqu’à quand serait-il ainsi ? Quand pourrait-il enfin poser les pieds sur le tarmac de la base militaire pour entrer dans un avion et s’envoler vers d’autres cieux ? Encore une question sans réponse. Et frustré, il se retrouva bien vite dans la rue, pris par l’agitation et le bruit. C’était une fin de journée. Et il n’y avait plus qu’à rentrer chez lui, retrouvant son appartement, campé dans des souvenirs d’un bonheur révolu. Pourtant, il n’avait pas envie. La maison lui paraissait être si peu accueillante. Il était sans doute trop désespéré, encore abasourdi par cet éternel couperet tombant comme une lame tranchante. Ce n’était pas pour maintenant… Alors, il se mit en route, enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon. Vagabondant entre les passants, il était perdu dans ses pensées, suivant un chemin pris au hasard. Un coup à droite. Un coup à gauche. Les avenues étaient longues dans Manhattan. Et pourtant, la promenade lui faisait du bien, il observait le monde l’entourant, le visage des passants, la couleur des voitures, tout était prétexte pour être regardé. Depuis combien de temps marchait-il ? Il ne faisait pas vraiment attention. Son œil, pourtant, fut attiré par une enseigne particulière. Le nom d’un bar. Une façade aux traits familiers. Et le coup de poignard au cœur… Son ventre se contracta lorsqu’il reconnut cet endroit qu’il côtoyait habituellement avec Ace lorsqu’ils étaient ensemble. Et que tout allait bien. Il n’était plus jamais retourné dans cet endroit. Les souvenirs étaient trop forts. Et la douleur, si vive. Mais aujourd’hui, il avait l’impression qu’il s’agissait de sa vie désormais finie. Anéanti par la lenteur de sa guérison, et l’évocation d’une intervention, il s’accrochait donc au peu de bonheur qu’il pouvait trouver. Là, en l’occurrence, c’était simplement ce passé. Ce temps ancien où tout allait bien. C’était si loin pourtant, et à la fois si près. Il hésita. Devait-il y retourner ? Isaac était tenté. L’appel d’un verre d’alcool s’imposait à lui. Un peu comme ces autres soirs à la maison où l’envie de boire et d’oublier s’alliaient dans une alliance doucereuse le foutant dans des états de gueule de bois monstrueux le lendemain. Aussi, ses pas le portèrent vers le bar. Il se disait qu’il ne le croiserait pas. Il ne devait plus fréquenter les lieux Du moins le crut-il. Naïf sans doute. Bienheureux à penser que tirer un trait sur un souvenir équivalait à tirer un trait sur une rue ou un endroit. Pourtant, il était à New York. La main trembla légèrement lorsqu’il tira la porte. L’odeur et l’ambiance calfeutrée le frappèrent de plein fouet. Il était perdu entre le maintenant et l’hier, comme si deux époques se confondaient entre elles. Il croyait voir du monde quand le lieu paraissait désert. Il croyait entendre de la musique quand le brouhaha discret n’était que la simple mélodie du bar. Ce n’était pas encore l’heure à la fête. C’était juste celui des âmes esseulées et sans repère ne demandant qu’à se reposer en savourant un verre.
C’est là qu’il le vit.

Lorsque le regard accrocha bien vite la silhouette. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et il ne sut pas trop s’il devait tourner les talons ou assumer son départ d’il y a plus d’un an maintenant. Il se disait que fuir serait mal vu s’il avait pu, ne serait-ce que, le voir. C’est ce qui le motiva à rester. Isaac n’avait pas envie d’adopter un comportement puéril. Il ne fuyait pas parce qu’il n’avait pas envie de le voir, mais bien parce qu’il culpabilisait d’avoir causé tant de souffrances au nom d’un idéal qu’il visualisait, désormais, si mal. Tout était si flou. Le brouillard l’entourait. Et doucement, ses pas l’amenèrent vers le comptoir où se trouvait l’autre homme. Cet être responsable de si nombreuses émotions, de tant de bonheur et de doutes, de tant de beaux moments passés à ses côtés. Il avait été si heureux. « Hey… » Dit-il simplement, en prenant place en respectant deux tabourets vides entre eux. Il n’osait pas s’avancer plus et de toute manière, il ne le voulait pas. Il avait l’impression que laisser son cœur retrouver l’Autre serait alors remettre en question ce pourquoi il l’avait quitté. Il fallait qu’il soit fort. Il fallait qu’il se force à admettre que son bonheur résidait avec une femme, des enfants et non pas dans les bras d’un homme. C’était contraire à la religion. « Ça fait longtemps… » Dit-il tout simplement, avec un sourire teinté d’une trop grande timidité. Il était loin le temps de ces étreintes brûlantes. Désormais, il était presque muet, ne sachant que dire si ce n’était qu’il se sentait pris dans l’engrenage de sa vie, devenue son enfer personnel. Peut-être que Dieu le punissait, qu’il le torturait un peu plus. Si l’envie de boire n’avait pas été aussi forte, alors Isaac se serait levé de son tabouret haut et aurait pris la fuite.

Comme il savait si bien le faire à vrai dire…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t619-isaac-taylor-hugh-dancy
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyDim 4 Nov - 15:48
Aisling Ó Luain
Aisling Ó Luain
Some days I cannot find my faith
But I just fight on.


posts : 62
points : 328
feat : Eddie Redmayne.
multis : Aaliya, Darius, Jaime & Freyja.
crédits : terpsykore (avatar), kat (signature), de Palmas (quote profil).
Âge : 34
logement : The Old Lady -F3, n°503, 5ème étage. Les couleurs de l'Irlande disséminées un peu partout, le stock de bière jamais en grève.
WHO THE FUCK TAUGHT YOU HOW TO PERSEVERE ?

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
The Bronx, New-York City

“Je t’en sers une autre ? s’enquiert Aodhán, le barman.
-Avec plaisir.”
Ses prunelles caressent les traits amicaux et ouverts de cet Irlandais qu’il connait depuis si longtemps, avant de se fixer sur la danse des mains autour de la pinte frappée au sceau de la lyre celtique, animées d’une admiration pudique. Observer les mouvements guidés par des années d’expérience à tirer les stouts a quelque chose de reposant alors que ses sens sont bercés par les fragrances alcoolisées, de même que contempler la bière perdre peu à peu de ses teintes ocres pour s’assombrir, avant que l’autre homme ne tire le reste, ponctuant le sommet du verre d’une belle épaisseur de mousse caractéristique. Il la réceptionne avec un sourire épris de gratitude, la contemplant d’un air plus pensif alors qu’il s’enfonce dans la douceur de réflexions auxquelles l’ambiance feutrée et empreinte d’une douce sérénité de l’endroit l’invite.
Cet endroit qui respire les souvenirs fugitifs de son histoire avec Isaac.

Aisling évite d’y penser, en règle générale.
A vrai dire, c’est même pire -le plus souvent, il enterre dans l'oubli la moindre pensée qui aurait pu le ramener plus de deux ans plus tôt, entre les bras du Marine. Pourtant, il avait conservé chaque lettre, chaque mot écrit à son intention -il les relisait parfois, surtout au début, maintenant, il s’empêche de se laisser aller à l’étreinte doucereuse de la nostalgie, craignant ses griffes empoisonnées et bien trop acérées. Même celles qu’Elinor lui avait remises, même celles qu’il avait lui-même écrites. Les voir au milieu du reste l’avait complètement bouleversé, en dépit de la colère et de la douleur, de la frustration et des regrets, de l'incompréhension. Pourtant, il porte encore ce blouson trop épais, aux manches un peu trop longues qui lui tombent sur les doigts, celui que le brun lui avait prêté un soir où ils s’évadaient dans la nuit gardienne de leurs secrets ; il le fait lorsqu’il traîne tout seul à l’appartement ou quand il a besoin de ressentir encore le fantôme de cette étreinte rassurante autour de lui, qui lui murmurait tout ira bien. Pourtant, il continue de ressentir cette pointe de culpabilité qui est née avec le temps et les regards inquiets sur ses ecchymoses bleutées, chaque fois qu’il s’échoue dans son canapé, le corps brisé par un énième combat clandestin remporté.
Pourtant, il continue de passer les portes de cet établissement théâtre de tant de leurs retrouvailles, après l’avoir scrupuleusement évité durant des mois, dans l’infime et traître espoir qu’un soir, il y surprendrait la silhouette imposante du militaire.
Et comme il peut se détester pour ça. Pour espérer encore le revoir, malgré toutes ses tentatives de se marteler dans le crâne que ce ne serait qu’arroser d’essence un brasier de douleur qu’il tente de gérer avec ses maigres moyens, qui le prend trop souvent de court et qu’il méprise férocement, qu’il rejette, parce qu’elle le déstabilise,  parce qu’il n’a jamais ressenti quelque chose comme ça auparavant, parce qu’il ne sait qu’en faire -comment l’apaiser à défaut de la guérir, comment la noyer au creux de ses entrailles, dans les tréfonds de sa mémoire, à défaut de l’oublier, de ne plus la ressentir. Les regrets et les questions dont il ne parvient pas à se défaire de l’emprise cruelle qui le meurtrit à l’intérieur, qui lui cisaille la cage thoracique. Les inquiétudes emmêlées à ses pensées. Est-ce qu’il allait bien ? Est-ce qu’il était blessé ? Est-ce qu’il était heureux, sans lui, sans eux ? Il ne parvient plus à se souvenir des bons moments, à se rappeler des beaux  instants arrachés à leurs existences compliquées, ceux qui ont jalonné leur chemin. La souffrance a contaminé tout le reste comme un virus mortel qui nécrose peu à peu son esprit, et il s’en veut de ne plus que voir ce dos qui s’éloigne vers le tarmac au loin, qui part, qui le quitte. De regretter les silences qui ont trop de fois assassinés les mots sans pourtant réussir à taire, à contraindre ce que les regards se murmuraient tout bas, quand il n’y avait plus que les coeurs s’échappant, courant à bâton rompu dans les poitrines écrasées l’une contre l’autre, pour s’écouter sans le voile des craintes et tant d’autres choses encore qui les emprisonnaient habituellement.
Il se rend brutalement compte que ses iris se sont égarés vers les Irlandais bien plus loin, dont la rumeur des conversations lui assaille les sens. Il plonge le nez dans l’armertume délicieuse de sa bière lorsqu’un glissement aigu caractéristique contre le sol indique la venue d’un client sur sa gauche. Fermé, ignorant le nouveau venu, il relève ses prunelles sur l’air plus qu’étrange qu’arbore Aodhán, peu enclin à engager une quelconque conversation avec un inconnu -ou avec quiconque d’autre à vrai dire, trop enfoncé dans sa morosité soudaine pour cela. C’est quoi, cette tête, d’abord ? Et pourquoi l’irlandais prend brusquement la tangente en le gratifiant d’un regard un peu insistant ? Aisling fronce les sourcils, légèrement agacé, avant de jeter un coup d’oeil à son voisin direct. Ses prunelles tombent sur une silhouette courbée, comme un peu avachie sur elle-même, l’attitude différente mais les formes familières, trop familières, ce visage tourmenté qu’il n’a plus vu depuis plus de deux ans.
Et il reste complètement tétanisé.
Isaac.

C’est Isaac.
Isaac qui se tient devant lui, plus proche qu’il ne l’a été depuis ce qu’Aisling ressent comme une éternité, et pourtant si loin, ces deux sièges qui les séparent comme une insulte ou une distance de sécurité qui lui agresse le coeur de la plus douloureuse des manières. Sa voix qui résonne (enfin, enfin) à nouveau dans son univers, et plus seulement dans ses songes éphémères, en un mince filet de voix trop réservé, comme s’il osait à peine meurtrir ce silence qui n'a que trop duré entre eux -c'est lui qui avait rendu la séparation encore plus insupportable, cette absence soudaine que le roux a accusé sans même savoir à quel point elle finirait par lui peser, par le faire ployer. Sa présence, presque palpable du bout de ses doigts crispés si forts contre le verre froid de la pinte, si proche, si proche, qu’elle prend toute la place dans sa poitrine fracassée, ses entrailles retournées, comme avant. Son regard, ses iris océans tumultueux et secrets, sur lui, changé et pourtant toujours le même, source d’un millier d’émotions chaotiques au sein de sa cage thoracique trop étroite pour son palpitant qui la défonce de ses battements anarchiques.
Ses propres sentiments, tempête incontrôlable, qui lui fracassent le corps comme s’il s’était amusé à les provoquer en duel au sein du cercle.
Ils n’ont fait qu’attendre juste sous la surface, tout ce temps. Patienter jusqu’à cet instant tant redouté et espéré tout à la fois. Et ça fait mal.
Il ne comprend pas.
Il n’est pas même capable de répondre à la salutation, ses lèvres si fermement closes, prison de trop de mots qu’il ne sait dire et d’autres qu’il a envie de lui hurler, rendu muet par ce qui lui tombe brusquement dessus pour le plaquer au sol, lui faire bouffer les poussières de son existence. De son existence sans lui.
Le sourire si timidement esquissé par l’autre homme lui bousille le coeur. Pourquoi Isaac était-il si éteint ?
“Deux ans et sept mois.” parvient-il à lâcher, les mâchoires crispées, d’une voix polaire qui le surprend lui-même.
Peut-être est-il en colère finalement.
“Je te fais cadeau des jours.”
Ses intonations claquent, vicieuses, blessantes, cherchant à atteindre cruellement l’autre pour ne serait-ce que lui faire ressentir une once de ce qui le ravage à l’intérieur, le déstabilise complètement, le laissant si vulnérable. Ses paroles écorchées dans son accent révélé par la fureur, par la douleur, par l’incompréhension.
Peut-être qu’il brûle, se consume de rage, plutôt que flancher en se rendant compte qu’il n’a jamais cessé de l’attendre quelque part en lui, qu’il n’a finalement jamais guéri d’Isaac -pas même amorcé le début d’un oubli salutaire. Que ses sentiments pour lui sont restés. Solides. Combatifs. Courageux jusqu’au bout.
Il ne comprend pas.
Ce retour. Ces deux putain de tabourets entre eux.
“Ça fait une éternité, Isaac. Ou c’était hier, alors, dis-moi ? lâche-t-il sans détours, le ton bas (c’est une erreur de prononcer son prénom, de se souvenir de sa douceur sur sa langue, des litanies que sa voix avait chanté en murmures contre les draps, contre la peau abîmée par la guerre, par la vie). Parfois, j’en viens même à douter qu’il y ait eu seulement quelque chose, pour que je mérite un tel silence de ta part.”
L'accusation est tellement injuste, dans le fond.
Lui qui n’a pas su le retenir, comment aurait-il seulement prétendre à autre chose que cela -que cette absence de nouvelles qui finirait sûrement par accomplir son oeuvre, en les séparant, en les éloignant, en détachant leurs coeurs cabossés, réfugiés l’un contre l’autre ? Lui non plus n’a donné aucune nouvelle -mais il ne risque pas sa vie tous les jours, enfin, pas vraiment.
Il se sent si fébrile, qu’un instant, rien qu’un instant, la crainte d’avoir un geste violent (envers Isaac, envers lui-même, envers la pinte qu’il relâche de ses mains secouées de tremblements) le force à prendre une profonde inspiration -son souffle s’est raréfié contre ses lèvres sans même qu’il s’en rende compte.
Il a tellement mal -mais Isaac n’en est pas le seul fautif, loin de là. Et son regard blessé noyé dans celui déchiré par les émotions du militaire, il n’ose pas même élever un peu plus la voix -parce qu’ils évoluent toujours dans ce secret, ce secret qui a fini par les étouffer à ses yeux.
“T’es sûr que deux tabourets pour nous séparer, c’est assez ? Juste pour être certain, hein.”
Comment vas-tu ? Que t’est-il arrivé ?
Que fait-il là, hein ? N’aurait-il pas pu tout simplement l’ignorer comme il l’a fait ces deux dernières années ?
Que fait-il là, à le regarder avec ces cadavres de leur vécu, de leur bonheur dans ses yeux trop beaux, trop bleus (Aisling les a tant adorés, tant détestés), à venir foutre son coeur (et le sien) en l’air comme si la dernière fois n’avait pas été suffisante ?








I felt so much that I started to feel nothing.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t611-aisling-o-luain-eddie-redm
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptySam 17 Nov - 8:54
Isaac Taylor
Isaac Taylor
Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] GoNx3
posts : 334
points : 596
feat : Hugh Dancy
multis : Cináed
crédits : Dopamine ❤︎ (avatar)
Âge : 35
logement : Homewrecker, #202

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Il était perdu, tiraillé entre l’envie de s’en aller et de rester. Il savait que rester planté là, n’était pas une bonne idée, que les regards se voileraient forcément d’une aura de douleur, sourde et lancinante, celle qu’il ressentait depuis si longtemps. Comme la sensation d’étouffer sans arriver à reprendre son souffle. Comme s’il était englouti par les océans de sa souffrance. Comme la sensation, aussi, qu’il ressentait lorsque le corps lutter pour reprendre contenance après une soirée à boire jusqu’à l’excès, jusqu’à sombrer. Il n’était qu’un déchet. Et la culpabilité était déjà là. Si forte. Si tenace. Alors qu’il fixait la silhouette face à lui, de ces yeux océans, si immensément expressifs, si brillants. Le doute s’y lisait, témoin de ce combat qu’il se livrait entre la raison et la passion. Il crevait d’envie de s’asseoir à ses côtés, de se rappeler du bon vieux temps, de pouvoir rire et sourire avec insouciance, témoin d’une douce parenthèse de douceur que chaque permission lui offrait. Il avait tant apprécié chacune de ces retrouvailles. Il en avait savouré chaque seconde, comptant les jours restants à peine arrivé, réfutant tout sentiment d’abandon et de peine à l’idée de partir à nouveau, de devoir tenir à nouveau son arme. De voir ces mains encore tâchées de sang alors qu’elles pouvaient, si facilement, s’aventurer sur un épiderme frissonnant, qu’elles pouvaient être témoin d’une douceur le faisant flancher, le chambouler. Et pourtant… Tout ceci appartenait au passé, il avait tout foutu en l’air. Il avait renié une part de bonheur pour répondre à cette pression familiale, il ne voulait pas que sa mère puisse voir le mauvais en lui, puisse croire – de là-haut, si près du Seigneur – que tous ces préceptes, cette religion… Isaac lui, ne les avait jamais acceptés. Et ce soir, dans ce bar, le combat éternel faisait rage. Partir ou assumer un choix fait il y a plus de deux ans. Il hésitait encore trop et dans cette hésitation, dans ce seul moment où il détourna le regard de cette chevelure de feu, ses yeux bleus rencontrèrent ceux du barman, celui qui avait compris –au bout d’un temps à vrai dire- que ceux-là n’étaient pas simplement des amis, que les regards étaient différents des mots employés et qu’ils dévoilaient l’attachement singulier que l’un ressentait pour l’autre. Dans le secret le plus total, dans la réserve la plus douce, les sentiments substituaient, outrepassaient les sourires et les gestes. Il avait compris autant qu’il comprenait la gêne ressentie par Isaac. Un long moment avant de se retrouver. Une douce parenthèse qui l’amènerait forcément vers le début d’un cauchemar : celui qu’il avait créé de toutes pièces, enlisé dans ces idéologies de famille. Désormais, il avait tout perdu, réduit à devoir s’asseoir si près et si loin, en même temps. À lui parler comme un étranger, tout en ressentant cette insoutenable douleur. À se sentir intimidé, comme s’il n’était que peu de choses face à lui. Et pourtant, il se savait responsable de tant de maux, il se disait qu’il ne méritait sans doute pas de venir s’asseoir à ses côtés. Et pourtant, Isaac prit place. Il s’arma d’assez de courage pour oser prononcer le premier mot. Ça faisait si longtemps c’est vrai.
Mais bon dieu, qu’il se sentait incroyablement hypocrite.

Il ne s’attendait pas à une réaction de joie. Le dédain. La colère. L’ignorance. Le comportement négatif. Forcément, il s’attendait à ça. Leur rupture n’avait été jolie à voir, Isaac était parti à un moment où tout allait bien entre eux. C’était harmonieux, c’était une routine que le militaire chérissait. Et il avait tout brisé. Forcément, il ne s’attendait pas à de grandes démonstrations de joie. Dans les silences, il avait fini par apprendre à le connaître, à savoir par cœur sa façon de réagir, impulsivement parfois. Mais il n’était, cependant, pas prêt à entendre cette voix, froide contre le marbre, aussi accusatrice, aussi teintée de colère et de douleur.
Deux ans et sept mois.
C’était si long et Isaac et le savait, car les jours, il les comptait tout autant avec le sentiment de perdre un peu plus de contenance pour ce souvenir, de le voir disparaître dans les méandres de sa mémoire. Il ne le voulait pas pourtant. Oublier pour apprendre à espérer un Ailleurs. Et pourtant, il poursuivait inexorablement cette route, poussé par ce destin l’emmenant si loin de l’Irlandais.  Le mutisme demeurait sa seule arme. Non pas contre Aisling mais bien contre lui-même. Il se savait en tort de toute façon. Et puis le rouquin ne lui laissa pas de répit, évoquant cette absence. Une éternité ? Il se trompait. Et Isaac aurait aimé lui dire qu’une éternité paraissait si courte face à la sensation qu’il ressentait, à cet éloignement l’usant petit à petit. Il ouvrit la bouche pour répondre mais déjà l’Autre parlait encore. De cette voix teintée d’une colère qu’il ne lui avait jamais connu envers lui. Tout autant justifiée cela dit. Et les mots furent cruelles, semblable à une lame perçant sa peau, semblable à la douleur ressentie lorsque les os de son épaule se brisèrent pendant la rixe. La douleur était là. L’inévitable douleur. « Aisling… » Commença-t-il à dire d’une voix lasse. Il n’était pas prêt à s’engager dans une conversation houleuse, encore moins à débattre sur la façon dont ils s’étaient séparés. Et qui plus est, il savait qu’il était en tort, il n’avait pas donné de nouvelles. Il avait disparu de la circulation. Il s’était empressé de retourner en mission, le cœur en miettes et l’âme déchirée en mille morceaux. Le sentiment d’abandon et de manque s’étaient fait ressentir. Et jamais plus, il ne l’avait quitté. Pourtant, ce soir, Isaac n’était pas là pour ressasser sa décision, il était là parce que ce destin lui avait soufflé l’idée d’entrer ici. Forcément, il ne s’était pas attendu à voir cet homme. Celui qui lui envoyait encore un pavé dans la figure, relevant son attitude fuyante. A ses mots, Isaac se contenta de soupirer. Il était d’une nature calme et réservée. Il n’était pas du genre à pousser des crises de colère en public. Pourtant, son corps tremblait de tous ses membres. Et il avait toujours autant envie de fuir. « Je ne suis pas venu ici pour te chercher des noises… A vrai dire, je ne pensais pas te voir ici. Je suis entré par hasard. » Ses paroles étaient sincères au même titre que son regard fixant le roux. Pendant quelques secondes. Avant de détourner les yeux, de fixer les bouteilles vides suspendues face à lui. « Pourtant…C’était la moindre des choses de venir te saluer. Je ne pouvais pas t’ignorer comme si tu n’étais qu’un… » Les mots se moururent entre ses lèvres à demi ouvertes. Il prenait conscience que ce qu’il disait était incohérent. Il ne voulait pas l’ignorer et pourtant, c’est ce qu’il avait fait durant tout ce temps. Il aurait pu donner un signe de vie. Il aurait pu lui dire que tout allait bien. Mentir pour permettre à l’Autre de se remettre. Mais à croire qu’ils étaient au même point, que tout restait confus au gré de ces souvenirs ardents. Alors, faisant signe à Aodhàn de venir, il reprit la parole. « J'aurais pu prendre de tes nouvelles depuis tout ce temps, c'est vrai... Et peut-être que désormais, ma présente te dérange, ce que je peux tout à fait comprendre… » Son sourire se voilà d’une aura de tristesse tandis qu’il continua de parler, se tuant ainsi un peu plus « Alors, je prendrais juste un verre et puis, je m’en irai d’ici. » Alors qu’au fond de lui, Dieu sait qu’il avait envie de rester, qu’il avait des tas de choses à lui dire, à savoir s’il avait reçu ses lettres, s’il les avait lues, s’il allait bien, s’il était heureux. « Un whisky sans glaçon s’il te plait. » Se contenta-t-il de dire au barman repartant aussitôt, les laissant seuls dans la froideur et les souvenirs encore chauds. « J’espère que tu vas bien désormais …  » Il n’attendait pas de réponse, il agissait avec maladresse. A vrai dire, il ne savait pas sur quel pied danser. Il ne voulait pas lui faire de peine, le bercer d’illusions quand lui-même avait perdu foi en la vie même.

Désormais, que devenait-il ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t619-isaac-taylor-hugh-dancy
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyLun 26 Nov - 17:39
Aisling Ó Luain
Aisling Ó Luain
Some days I cannot find my faith
But I just fight on.


posts : 62
points : 328
feat : Eddie Redmayne.
multis : Aaliya, Darius, Jaime & Freyja.
crédits : terpsykore (avatar), kat (signature), de Palmas (quote profil).
Âge : 34
logement : The Old Lady -F3, n°503, 5ème étage. Les couleurs de l'Irlande disséminées un peu partout, le stock de bière jamais en grève.
WHO THE FUCK TAUGHT YOU HOW TO PERSEVERE ?

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
The Bronx, New-York City

Son prénom, sur la chair des lèvres d’Isaac, est brûlant contre ses sens, douloureux contre son âme. Entremêlement de plaisir et de souffrance qui font frémir si brutalement son cœur affolé, terrifié. Cela éveille de lointains souvenirs qu’il pensait avoir enfouis assez profondément pour ne plus en ressentir la douceur déchirante, pour ne plus goûter du bout des lippes la saveur d’un bonheur que l’autre homme lui a arraché, leur a arraché, que ses propres insécurités et doutes leur ont volé –ce bonheur qui n’est plus que cendres contre sa langue. Cela caresse des réminiscences qui rappellent à ses sens la brûlure désireuse d’un toucher, la tendresse bouleversante d’un regard résolument accroché au sien, le musc d’un parfum qu’il pouvait cueillir d’un baiser ou s’entourer comme d’une armure protectrice en se réfugiant entre les bras du brun. Cela fait naître quelques frémissements sur sa peau qui bien vite se meurent, une tension qui lui craquèle les muscles et lui agresse les tendons dans un réflexe de rejet et de protection. Comme s’il se retrouvait prisonnier du cercle, des barrières formées par les corps avides de sang, et que face à lui l’adversaire levait les poings, prêt à frapper de nouveau.
Il se braque, se drape dans ses défenses, érige ses boucliers un à un, dans un réflexe de survie qui le pousse à ignorer jusqu’à la lassitude qui perce en sein des mots d’Isaac, et qui en d’autres temps (avant), l’aurait interpelé. Sa présence s’apparente à une agression qu’il se doit de combattre pour ne pas finir à terre (pas encore une fois, il se le refuse) et qu’il ne peut pourtant s’empêcher de désirer, parce que même si c’est un combat qui se profile, cela constitue également le premier et seul contact qu’ils ont eu ces deux dernières années, autre qu’à travers les mots usés imprégnant le papier. Et Aisling, dans son absence totale de rationalité, aveuglé par sa colère et sa peine, parvient à se persuader qu’il peut s’en contenter. Que c’est toujours bien mieux que le silence –pas moins douloureux, mais cette souffrance-là lui semble plus facile à accepter, plus aisée à encaisser. Peut-être parce qu’une part de lui ne soupçonne pas encore les dommages qu’elle lui (leur) inflige en silence, virus malsain et vicieux qui ne laissera que ruines et agonies sur son passage.
Ses poings se crispent et se décrispent sur ses cuisses comme pour tenter de libérer ses phalanges des tremblements (des émotions) qui les secouent ; son regard demeure incapable de quitter le visage ravagé du brun, alors qu’il ne peut s’empêcher, même au travers d’une rage que sa propre faiblesse vis-à-vis de l’autre ne fait qu’alimenter, de noter la fatigue qui leur pèse, la détresse qui les marque, la souffrance physique et psychologique qui les hante. Vision d’un être qui autrefois l’emplissait d’une joie presque candide, et qui aujourd’hui ne fait que lui lacérer l’intérieur de la poitrine, répondre aux échos du vide à l’intérieur. Cette beauté comme fanée qui le peine, ces émotions silencieuses creusant des sillons sur le visage séduisant qui incendient le réflexe immuable de l’inquiétude au creux de son ventre, sentiments qu’il se refuse à éprouver sans pourtant parvenir à complètement les taire, et qui ne font qu’asperger d’un peu plus d’essence le brasier de colère (envers l’autre homme, envers lui-même) qui lui consume le sang, lui inspire les blessures injustes dont ses paroles s’arment sans remords.
Ils ne font plus que se détruire mutuellement.
Mais l’Irlandais préfère les flammes de la colère aux vents glaçants et meurtriers de la tristesse –c’est une autre souffrance, qui n’est peut-être pas préférable et sûrement encore plus destructrice, mais elles le maintiennent debout face aux attentats que son propre cœur orchestre contre lui.
Et il ne pardonnera jamais à Isaac –et encore moins à lui-même- de lui avoir mis un genou à terre.

La sincérité transcende chaque mot prononcé par l’autre homme, fissure son regard mort plongé dans le sien, imbibe de poison les lames tranchantes qui s’immiscent entre les côtes du roux, pourfendent la chair, viennent y chercher l’organe réfugié quelque part dans les ombres de sa cellule. Les paroles d’Isaac ont toujours su trouver échos en lui, et cela le terrifie et nourrit un peu plus sa colère de constater que même après tout ce temps, les choses n’ont guère évolué, qu’en dépit de toute  l’ardeur qu’il emploie à tenter de s’en protéger, cette voix déjoue encore sa garde, fracasse ses défenses avec une précision presque chirurgicale. Et Aisling aimerait bien croire que ces faiblesses qui se révèlent une à une dans l’armure sont dues à la surprise du retour brutal de l’autre homme dans sa vie, que dans sa précipitation désespérée, criblée par l’urgence, à se protéger, il n’a pas su colmater les fissures et les fêlures qu’il accuse à présent. La vérité douloureuse et imprononçable, c’est qu’il a confié bien trop de ses vulnérables à ce regard qu’il aimait pour pouvoir se prémunir contre ses attaques –et cela, même s’il sait qu’Isaac n’y est pour rien, qu’il ne cherche pas même à le blesser alors que sa présence seule, si palpable et pourtant inexorablement insaisissable, est une plaie béante de plus tailladée à même son myocarde. Son timbre naturellement apaisant, si épris de la douceur de son caractère –violent contraste avec l’impulsivité qui caractérise si bien Aisling-, qui savait autrefois souffler le calme sur la fureur de ses émotions, l’agace et le heurte un peu plus. L’Irlandais sait bien qu’ils ont juste des façons très différentes d’exprimer leur douleur, que les déchirures qui affligent le ciel de ce regard arrimé au sien sont un reflet qu’il aimerait croire atténués des siennes, mais il ne peut s’empêcher de vouloir pousser l’autre homme à l’éclat, alors qu’il ne s’est jamais senti aussi vulnérable –et qu’il ne fait plus assez confiance au brun pur pouvoir s’autoriser un tel moment de faiblesse.
Un ricanement amer lui échappe à la mention du hasard qui les a réunis en ces lieux, et il préfère détourner le regard pour la première fois afin de noyer l’incandescence des mots qui lui ravagent les lippes dans l’arome de la bière. Isaac ne s’était rendu en ces lieux chargés de leur histoire que par hasard. A quel point un tel aveu pouvait-il se révéler blessant, alors que lui-même avait toujours passé ces portes avec l’espoir muet et terriblement fou de l’y revoir ? A quel point avait-il continué de s’accrocher, alors que l’autre homme semblait avoir relégué leur histoire au passé ? La pinte  claque sur le bois laqué criblés de cicatrices, son regard se braque sur le brun dont le silence tue trop vite les mots, ces mots dont chaque note est un supplice de plus. La moindre des choses de venir le saluer ?
Il était venu le voir par politesse ?
Aisling fronce les sourcils alors que son visage se ferme sensiblement, que ses traits à nouveau se tendent d’une colère qui le consume un peu plus à chaque instant partagé avec Isaac.
« Un étranger. » complète-t-il cruellement, d’un ton bas mais catégorique.
N’est-ce pas ce que le silence du brun avait fait de lui ? Un étranger ?
Un rien.
Une poussière dans son existence.
« C’est pourtant ce que ton silence a fini par me faire comprendre. » l’accuse-t-il sans détours.
Les mots suintent d’une cruauté qu’Aisling ne pensait pas avoir en lui –pas envers Isaac. Ils goutent la cendre froide et le sang sur sa langue, déchirent la chair de ses lèvres d’un sourire gorgé d’amertume alors qu’il secoue doucement sa tête en signe de négation en détournant un nouvelle fois le regard, plonge le nez dans la douceur de l’alcool qui semble avoir perdu toute saveur. Il refuse d’écouter l’inquiétude et les excuses sourdes qui se mêlent aux mots qui l’atteignent si profondément ; il ne veut pas percevoir toute cette sollicitude et cette attention qui habillent les paroles de l’autre homme. Il rejette la vision de ce sourire qui se fane trop vite dans la peine, qui n’a plus rien des éclats de rire et de légèreté, qui n’est plus qu’un miroir craquelé d’une âme dont il tente férocement d’ignorer l’agonie, celle qu’il perçoit pourtant partout, à chaque seconde un peu plus pesante, un peu plus lourde dans les silences qu’ils s’imposent plus qu’ils ne les partagent.
C’est trop dur, trop éprouvant d’évoluer dans ce monde de gris où la colère et la tristesse inquiète, terrifiée, s’entredéchirent en lui. En dépit de tous les signaux de plus en plus alarmants qu’il essaye d’ignorer, les teintes mortes dans ce regard qu’il a tant aimé et qui est devenu si terne, la lassitude qui se joue des mots s’emmêlant dans la maladresse et la détresse, les sourires qui demeurent étrangers aux prunelles, la posture un peu trop courbée qui ressemble à celle d’un animal blessé aux abois, les cris muets qui se dessinent dans les plaies béantes murmurées par la nuit hantant les iris clairs, il ne peut céder aux sanglots qui résonnent timidement dans le vide de sa cage thoracique, et peu lui importe que ce soit égoïste.
Parce qu’il souffre –même s’il ne nie pas qu’Isaac aussi.
Et parce qu’au-delà des émotions chaotiques qui le consument, il y a tant de colère. Tant de rage dont il ne sait que faire.
Une fureur que la moindre note modulée par la voix d’Isaac pousse au supplice.

Il ignore le regard du barman qu’il sent glisser furtivement sur lui (inquiet peut-être), les prunelles à nouveau braquées sur son ancien amant, dont les derniers mots claquent comme une sentence terrible à ses tympans, lui ravagent le palpitant qui aussitôt étouffe dans ce brasier qui dévore tout en lui, fait sauter un à un les derniers liens qui retiennent encore les sons qui se fracassent contre ses dents serrées et ses lèvres closes. D’un geste bien trop calme, il repousse doucement la pinte de ses doigts qui ne tremblent qu’à peine, descend de son siège pour détruire la distance que le brun leur a infligé. L’émoi qui le lacère massacre la mélodie irrépressible des souvenirs que sa proximité éveille en lui, les tue avant même qu’ils n’essayent de percer la surface de sa mémoire. Il prend habilement place aux côtés du brun, garde pour seul contact son regard vrillant le sien, alors qu’il oriente son corps pour lui faire face tout en veillant à ne surtout pas l’effleurer –dans un recoin de son esprit, Aisling craint la violence dont il serait capable s’il venait à toucher l’autre homme, bien trop bouleversé pour appréhender ses propres réactions.
Il s’empare du whiskey sans une once d’hésitation –depuis quand Isaac boit-il ce genre d’alcool fort ?- et le porte à ses lèvres. La liqueur incendie sa gorge, familière, et il délaisse le verre vide sur le comptoir, l’y abandonne tout en sachant que l’Irlandais qui les sert ne s’aventurera certainement plus jusque-là. Le geste n’a rien d’une insolence ou d’une provocation, l’alcool n’est pas même un moyen de se donner un semblant de courage ; il veut juste que l’autre homme soit irrévocablement sobre pour écouter ce qu’il a à lui dire.
Et d’une façon, lui refuser la boisson, c’est un peu comme lui refuser le confort de l’endroit –et c’est sûrement puéril, mais Aisling en a besoin. Il a besoin de lui faire sentir qu’il n’est plus le bienvenu sur les terres de leur rencontre et de leurs retrouvailles.
« Qu’est-ce que tu espères comme réponse ? » demande-t-il d’une voix presque trop neutre, badine.
Son timbre épris d’un calme qu’il est loin de ressentir dissimule mal les armes qui patientent derrière chaque mot, canons braqués droit sur la poitrine du brun. Aisling ne compte pas le laisser s’en sortir ainsi, à coup de phrases presque banales et sans âme.
Même s’il ne peut réfréner la curiosité presque morbide qui l’agite –parce que oui, qu’est-ce qu’Isaac attend, de lui, d’eux, de cet échange ?
« Que je suis heureux ? C’est ça, que tu as envie d’entendre ? »
Mais déjà le sang-froid abandonne ses mots alors que ses intonations s’écroulent dans les graves, les basses qui murmurent fureur et douleur, alors que son accent aiguise chaque son pour atteindre l’autre. Pour lui faire mal.
Qu’importe la souffrance qu’il s’inflige dans le processus –elle qui est anesthésiée par la brûlure de la colère, et attendra un moment d’accalmie pour lui sauter à la gorge et lui égorger le cœur.
« Que je vais bien maintenant, que je poursuis tranquillement mon existence sans toi ? poursuit-il à bas volume, impitoyable et blessant, le ton frémissant de colère. Peut-être même que j’ai rencontré quelqu’un d’autre pour tenter de réparer ce que tu as cassé ? »
Il hoche la tête, l’expression complètement fermée, une moue faussement convaincue aux lèvres.
Bien sûr qu’il sait qu’Isaac n’est pas seul responsable de leur rupture. Sur ce point, ils partagent équitablement la culpabilité, l’Irlandais en demeure persuadé. Mais c’est le brun qui est parti –une blessure qu’Aisling n’est jamais parvenu à refermer depuis, vulnérabilité qu’il déteste et craint tout à la fois.
S’il lui avouera un jour à quel point son départ l’a atteint ? Cela reviendrait à lui dire combien il l’a aimé. Et il n’est toujours pas prêt pour ça, doute même de l’être un jour. Il n’éprouve plus la même confiance qu’autrefois –et ce serait se montrer dans une position de faiblesse telle que le moindre geste maladroit pourrait le renvoyer à l’état dans lequel il s’est retrouvé juste après la rupture.
Quelque chose qu’Aisling ne veut plus jamais connaître.
« Je t’en prie, si c’est ce que tu veux croire, offre-t-il, accusateur. Si ça te soulage ou que sais-je encore. C’est ça que tu cherches ? Un peu de répit pour la douleur ? »
Il n’entend pas l’épargner, n’en a pas la moindre attention.
« Contrairement à toi, je vais te faire l’honneur d’une réponse plutôt que t’imposer le silence : oui, je vais bien. » affirme-t-il avec une ironie acérée.
Ce n’est pas un mensonge. Pas une irrévocable vérité non plus.
Mais c’est ce qu’il s’autorise à lui céder, alors qu’il crispe le poing sur le verre de whiskey, se penche sensiblement dans la direction de l’autre homme, envahit son espace de confort, plus menaçant qu’autre chose.
« Je ne t’ai jamais demandé de prendre de mes nouvelles, j’en ai rien à battre, honnêtement, rejette-t-il sans empathie aucune. Mais un message de temps en temps pour me dire que tu étais toujours vivant, je pensais au moins mériter ça. »
Il se redresse brutalement, comme pour reprendre un peu de distance avec ses propres émotions, et prend une inspiration un peu plus marquée, laisse le silence s’installer, l’intensité de son regard le combler.
Les mots lui échappent avant qu’il n’ait pu les retenir, trop vulnérables, trop empreints d’émotions tues.
« D’ailleurs, j’aimerais bien que tu m’expliques pourquoi tu t’es séparé des lettres. »
Il lui serait impossible d’oublier plus de deux ans et demi à espérer qu’il ne soit rien arrivé à Isaac, à se perdre dans l’angoisse de ses silences quand la nuit refermait ses griffes sur sa carcasse solitaire.
Mais il a besoin de réponses, de comprendre.
De lui faire comprendre à quel point il le blesse, à juste se tenir-là, si proche mais complètement éteint, à hésiter entre des inquiétudes auxquelles il devrait avoir renoncé en le quittant, et cette distance insupportable que certaines de ses maladresses leur imposent.  









I felt so much that I started to feel nothing.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t611-aisling-o-luain-eddie-redm
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyVen 30 Nov - 9:55
Isaac Taylor
Isaac Taylor
Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] GoNx3
posts : 334
points : 596
feat : Hugh Dancy
multis : Cináed
crédits : Dopamine ❤︎ (avatar)
Âge : 35
logement : Homewrecker, #202

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Il parlait d’une voix presque machinale, ignorant les élancements douloureux du cœur, de l’épaule. Il parlait comme si à côté de lui – enfin à deux chaises de lui – il y avait un individu lambda, une simple connaissance, ce qui n’était pas le cas, bien évidemment. Tout comme Aisling n’était pas un étranger non plus, qu’il ne le serait jamais, bien qu’il l’avait traité tout comme. Ça lui avait déchiré les entrailles et l’âme, il avait tant souffert d’avoir rejeté la seule personne qui comptait réellement dans sa vie. Mais l’amour de sa mère lui semblait être plus fort que ce qu’il ressentait pour l’irlandais. Il avait cru, qu’ainsi, il pourrait revenir dans le « droit chemin », de s’intéresser à ce qui était religieusement possible. Et non, être à côté de la plaque. Si seulement … Il pouvait comprendre ça. Mais non, Isaac était campé dans cette volonté de bien faire, se convaincre que c’était ce qu’il y avait de mieux. Il parlait avec ce ton détaché de ces gens qui ne souffraient plus. La vérité était qu’il avait mal, la vérité c’est qu’il en devenait fou, qu’il faisait celui pour qui tout allait bien, alors qu’en réalité, tout s’écroulait. Il ne pouvait s’empêcher de s’enfoncer un peu plus. Paraître détaché, avoir un soupçon de fierté et d’orgueil, montrer qu’il était en pleine forme. Et puis, en même temps, faire preuve de gentillesse envers Aisling parce qu’il n’était pas un être rancunier, parce qu’il savait qui avait mis fin à leur histoire, parce qu’il n’était pas celui qui avait dû accepter. Isaac avait eu le choix quand son ancien amant avait simplement dû devoir entendre ses mots, admettre l’évidence qu’il n’y aurait plus rien entre eux. Il comprenait donc la réaction négative, mais il essayait, à sa manière, de se racheter en étant poli, en le questionnant comme lorsqu’on croise une connaissance. Le « tu vas bien, on devrait se voir » qui sonnait si faux, l’adieu d’une parole emplie de promesse qui, finalement, n’en était pas une. Considérer Ace comme tel était une erreur. Et il allait s’en mordre les doigts, comme de lui parler ainsi, avec autant de détachement, alors qu’au fond de lui… Au fond de lui, hélas… tout s’effondrait.
Il restait l’espoir que cette journée ne soit pas complètement vaine. Dans son for intérieur, il espérait entendre de la bienveillance de la part de l’irlandais, des bonnes nouvelles. Il était prêt à tout entendre pour se donner l’électrochoc nécessaire, persuadé encore que pour se relever, il fallait que ce soit par l’agissement de quelqu’un d’autre. Il avait faux sur toute la ligne, perdu dans cette dépression qui l’entourait de ses bras emplis de noirceur, véritable amie de ces derniers mois passés à lutter. Isaac se crispa quand Aisling se leva pour venir s’asseoir à côté de lui. Si auparavant, la proximité avait su être la compagne d’un désir de l’Autre, là, c’était complètement différent. Le Texan prenait ce rapprochement comme une agression, sentant ses muscles se contracter, face au traumatisme de l’armée. Il ne supportait plus le contact physique, que l’on soit proche de lui, surtout quand ce n’était pas dans de bonnes conditions comme maintenant. Il se tassa légèrement sur lui-même, refusant alors de voir le visage de son ancien amant fixant le verre de whisky que le barman venait d’apporter. Son cœur battait à tout rompre.. « Ace… » La voix grave tremblait légèrement, prêt à perdre pied. Ça le mettait dans de tels états. C’est alors qu’il vit cette main, qu’il connaissait par cœur, prendre le verre, l’obligeant à suivre du regard ce qu’Aisling fit. A savoir, de boire cul sec son propre verre, le posant et là… les mots qu’il prononça le heurtèrent en plein cœur.
Qu’espérait-il lui faire comprendre ? Que s’attendait-il à entendre ?
Il conserva le silence, se sentant encore plus mal de chaque propos. Oui, qu’espérait-il, lui qui était responsable de tant de malheur au sein de ce qu’ils avaient construit. Le militaire avait tout détruit, utilisant la culpabilité et la peur comme facteur de décision. La froideur et le calme qu’usaient son ancien amant, le fut baisser les yeux, fixant le bois du comptoir ayant connu une flopée de verres, la matière s’altérant au fil du temps. Il n’osa pas lever les yeux, regrettant d’avoir eu un regain d’espoir en venant lui parler, non pas de cet espoir de remettre en route une histoire, mais plutôt de se dire que le pardon avait pris place, que le temps avait permis d’effacer les rancœurs. Mais il en était rien, Aisling allait bien mais il lui en voulait encore. Il n’avait pas aimé son silence. Et Isaac le comprenait, il ne lui en voulait même pas de lui répondre ainsi. Il se contentait de subir son châtiment, serrant ses poings, calés entre ses cuisses pour ne pas craquer face à la présence – trop proche – de l’irlandais. Cependant, ce fut plus compliqué quand Aisling s’approcha un peu plus, franchissant bien plus son espace vital. « Aisling… » Gronda Isaac, comme un signal d’alarme. Il savait qu’à trop briser les barrières qu’il s’était érigé, il était prêt à craquer. Sur les nerfs, constamment, Isaac, bien qu’il n’avait pas l’âme d’un bagarreur, se savait capable de péter un plomb et de ne plus rien gérer.
Heureusement, il n’eut pas besoin de demander à l’Irlandais de s’éloigner. Ce dernier le fit, lui ayant reproché son absence de nouvelle, de messages.
Si seulement tu savais…
Quand il sentit la présence être moins proche, Isaac s’autorisa a respirer plus doucement, ses poings se desserrant, rouges par la force des ongles imprimés dans sa chair. « Tu crois vraiment que je n’ai pas voulu prendre de tes nouvelles ? » Dit-il, ses mains venant prendre le verre vide dans lequel les lèvres douces s’étaient posées. « J’ai essayé. Mais à chaque fois, je me suis dit que ce n’était pas une bonne idée. Et puis, le jour où… Je me suis décidé… » Les mots lui manquèrent. Pourquoi se justifiait-il ? Et à quoi ça rimerait ? Le jour où il avait eu le courage de tout lui dire, il s’était fait tabasser par une ribambelle de jeunes soldats, complètement ivre. « Enfin bref… Je me disais que te donner de mes nouvelles n’étaient pas très intelligents. De toute façon, comme tu le dis si bien « Tu n’en as rien à battre » » Son regard se tourna vers l’Irlandais, si expressif et malheureux. Il aurait tellement aimé être un autre, vivre avec une autre identité, un passé moins lourd. Il n’aurait alors pas été envahi d’autant de remords. « Un whisky s’il te plaît… » Dit-il au barman, qu’il lui servit un verre bien plein, qu’Isaac prit et avala d’une traite, de ces gestes dont seuls les dépendants à l’alcool possédaient. Il ne buvait plus pour savourer mais uniquement, pour oublier un peu, souffrir moins. « Quand aux lettres… Je me disais que c’était mieux que tu les gardes… Peut-être était-ce une manière de prendre de tes nouvelles… Drôle de façon de faire, je le conçois. Mais avec du recul, c’est ridicule… Très certainement que tu ne les as pas lu, et que tu les as jeté. » Sauf qu’il ne le pensait pas du tout. Il lui avait écrit des lettres suite à leur rupture, des lettres où il lui expliquait son quotidien comme du temps où ils étaient ensemble. Cependant, il ne les avait pas envoyé, il avait attendu, il avait eu peur avant de finalement sauter le pas, les donnant à Elinor. Ce petit pas lui avait permis de lui donner le courage d’écrire la vérité, de mettre des mots sur ce qu’il ressentait, des raisons qui l’avait poussé à quitter Aisling. Ce brouillon était resté inachevé, il l’avait toujours sur lui. Froissé, humide, l’encre baveuse et les traces de sang, parce que ce jour là, Dieu l’avait puni de renier ce qu’il devait être. Parce qu’il n’aurait pas dû. Il fit signe au barman de le resservir, et aussitôt que le verre arriva, il le but d’un trait mais son épaule le lança et il ne put s’empêcher de grimacer en reposant le verre. Puis, il se tourna vers l’irlandais pour l’observer encore un peu, se rappeler chaque détail de sa personne, la courbe de son visage, les traits fins et ce regard flamboyant allié à une chevelure de feu. « Je suis content que tu ailles bien » ça et le fait qu’il lui manquait tellement, c’est tout ce qui comptait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t619-isaac-taylor-hugh-dancy
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyMer 19 Déc - 23:45
Aisling Ó Luain
Aisling Ó Luain
Some days I cannot find my faith
But I just fight on.


posts : 62
points : 328
feat : Eddie Redmayne.
multis : Aaliya, Darius, Jaime & Freyja.
crédits : terpsykore (avatar), kat (signature), de Palmas (quote profil).
Âge : 34
logement : The Old Lady -F3, n°503, 5ème étage. Les couleurs de l'Irlande disséminées un peu partout, le stock de bière jamais en grève.
WHO THE FUCK TAUGHT YOU HOW TO PERSEVERE ?

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
The Bronx, New-York City

Le premier rappel, son surnom qui tremble sur les lèvres de son ancien amant, ourlé d’une crainte silencieuse, ne l’atteint pas. Il glisse sur lui comme l’eau sur une paroi de verre, ignore les aspérités, dégringole parmi ses pensées étranglées par la fureur et la douleur sans s’y arrêter, s’y imposer. Sans trouver le moindre écho dans le vide de sa cage thoracique. C’est à peine s’il l’entend, aveuglé par la rage des émotions qui le déchirent, qui orientent tout son corps vers l’autre homme afin de ne plus lui laisser d’autre choix que de l’affronter, comme il piègerait un adversaire fuyant au sein du cercle. Quand est-ce que leur relation s‘est-elle  brutalement transformée en ce simulacre de combat dont aucun d’entre eux ne peut sortir vainqueur, tant les blessures se sont accumulées sur leurs âmes injustement séparées ? Quand est-ce que l’un s’est mué en agresseur contre l’agressé, alors qu’au fond, ils ne sont juste bien trop profondément mutilés, l’un réagissant par l’attaque comme un animal aux abois, l’autre se perdant dans les illusions d’un détachement dont il se pare comme d’une armure sans le ressentir ?
Sentiment sourd qui gronde dans les recoins obscurs de son esprit, pèse dans les battements accélérés de son cœur qui se bat pour ne pas rendre les armes ; cette certitude silencieuse que s’il s’arrête un seul instant pour contempler les ruines qui restent d’eux, pour réaliser qu’ils ne font plus que marcher dans la poussière et les débris de leur relation et qu’ils parviennent pourtant à bousiller, achever, le peu qu’il peut rester, cela risque dangereusement de le faire flancher, d’éteindre les incendies de la colère et de l’indignation qui lui ravagent les entrailles, de donner l’avantage à la peine indicible et terrible qui est toujours plus d’essence jetée aux flammes pour les nourrir et en maintenir l’ardeur destructrice, mais qui pourrait tout aussi bien se retourner contre lui et le poignarder dans le dos sans la moindre hésitation.
Aisling a une conscience étrangement accrue qu’il est avant tout son propre ennemi dans cette guerre qu’il mène finalement plus contre lui-même que contre le brun. Que ses propres sentiments, alliés et armes dont l’autre homme se tient maître bien malgré lui, malgré l’Irlandais aussi, constituent une artillerie létale. Que son cœur n’est plus qu’une bête sauvage et blessée qui n’aspire qu’à deux extrêmes : s’enterrer dans les ombres rassurantes et protectrices de la distance, d’une indifférence feinte, ou briser les barreaux qui la tiennent en cage, rompre ses côtes pour aller se blottir entre les mains d’Isaac.
Et il s’en veut au moins autant pour cela qu’il en veut à son ancien amant.

Le second rappel, son prénom entier esquissé dans des inflexions inquiétantes qu’il ne se souvient pas avoir déjà entendues à son encontre, perce ses défenses, trompe sa garde, claque dans son crâne contre une détonation, un avertissement, une menace. Ses sourcils se froncent, et il absorbe enfin les signaux d’alarme qu’il n’a que trop ignorés, le sensible changement d’attitude de l’autre homme, les variations défensives de sa posture qui auraient dû lui sauter aux yeux quelques minutes plus tôt, alors qu’il s’approchait, pénétrait l’espace de confort d’Isaac sans regard aucun pour le malaise que son intrusion lui inspirait, sans se préoccuper de l’agression silencieuse et physique qui habillait son geste pour son ancien amant. A présent, il lui est impossible de ne pas ressentir les tensions que trahissent les muscles crispés face à lui, le torse qui s’est naturellement redressé à son approche un peu plus poussée pour fuir sa proximité, les ombres qui voilent la clarté du regard qui l’affronte, le confronte, les phalanges qui blanchissent sur les poings serrés, enchainés aux cuisses pour ne pas le repousser. Le précipice qui se dessine, effrayant et terrible, qui s’ouvre, béant, sur des ténèbres affamées prêtes à dévorer les émotions qui tiraillent les iris arrachés à la beauté du ciel.
Quelque part en lui, ses instincts de préservation s’éveillent, embrasent des inquiétudes jusque-là demeurées latentes, étouffées sous les braises de sa colère. Il recule, rétablit une distance plus saine, autant par respect que par sécurité, un peu déstabilisé, trop touché par cette vision d’un Isaac qui ne lui est jamais apparu aussi à cran. Le sentir à fleur de peau comme cela, ce n’est pas quelque chose qu’il vit pour la première fois ; pourtant, aujourd’hui, la situation lui semble différente. Plus grave. Bercée d’un parfum de détresse qu’il ne sait comment interpréter. Peut-être est-ce parce qu’il a depuis trop longtemps abandonné l’habitude de le percevoir ainsi lorsqu’il revenait de ses missions et éprouvait toujours le besoin lancinant d’une période d’adaptation (plus de deux ans et demi, c’est long, c’est peut-être assez pour oublier). Ou peut-être parce que la situation est, effectivement, plus alarmante que d’habitude.
Il doit se faire violence pour se souvenir qu’il ne possède plus la légitimité de l’interroger –et comme il se méprise pour ressentir encore et toujours ce besoin de le rassurer- , de formuler ses inquiétudes qui ne feront que brouiller un peu plus le chaos qui règne déjà entre eux, incendier des sentiments avec lesquels ils peinent déjà bien trop. Alors il se raccroche plutôt aux mots d’Isaac pour s’en persuader, aux fausses vérités qu’ils soulignent, cède à un rictus douloureusement ironique en levant les yeux au plafond.
« Non. » admet-il, forcé de le reconnaître.
Bien sûr qu’il  se doute qu’Isaac aussi aurait voulu avoir de ses nouvelles –même s’il était plus facile de se convaincre que ces espoirs-là s’évanouissaient dans de fragiles chimères sous le coup de la douleur qui lui a infligé leur rupture, il a maintenant pris assez de recul pour reconnaitre ce genre de choses. Finalement, ça ne faisait que rendre les choses plus compliquées, plus tristes également, et même s’il s’efforce de l’écouter, il ne supporte déjà plus les attentions qui se dissimulent derrière les mots que son ancien amant, les inquiétudes que le silence a nourri, les doutes qui ont bercé les tentatives de reprendre contact pour finalement les avorter, les massacrer.
Prunelles rivées sur le visage trop expressif de l’autre homme, Aisling ne peut manquer la douleur qui tord ses traits, assombrit son regard, module les notes de sa voix.
Et il lui en veut de souffrir.
Parce que cela complique tout, et que leurs souffrances se font bien trop intensément écho pour que lui-même y reste insensible. Elles se reconnaissent et s’apprivoisent comme deux vieilles amies que les années ont séparées, se retrouvent et s’enlacent dans les heurts des regards qu’ils partagent, dans les éclats des fuites qu’ils concèdent à l’autre. Sa mâchoire se crispe, et il prend une inspiration un peu plus marquée lorsqu’Isaac mentionne à mi-mots cette fois où il a finalement cédé à l’envie de lui écrire, s’arrachant à l’étreinte exigeante et contraignante des appréhensions qui le condamnaient à l’inaction, avant de finalement se résigner –il ne préfère manifestement ne pas développer. L’air sensiblement plus ouvert de l’Irlandais disparait brutalement, l’encouragement timide destiné au brun, pour le pousser à continuer, déserte ses traits. L’espoir traitre qui s’était insinué dans la poitrine du roux à son insu, le temps de quelques mots prononcés par la voix aimée, s’éteint aussitôt, trace une blessure de plus sur la chair de son palpitant, ne lui laissant que la déception et la frustration envers l’autre, et surtout envers lui-même pour avoir capitulé face la chaleur bien trop douce auquel l’organe s’est attaché dans un moment de faiblesse, commettant une énième mutinerie dans la foulée.
Quand est-ce que tu vas comprendre, Ace ?

Il opine du menton en détournant à son tour les yeux,  encaissant sa propre cruauté que l’autre homme lui jette au visage comme un raccourci trop facile. Son expression s’assombrit un peu plus, ses lèvres se pincent. Et son cœur hurle.
L’étincelle de la colère, presque trop tranquille, s’embrase son sang et tire à bout portant dans sa poitrine bousillée.
« Sympa de prendre la décision pour moi, quoi qu’il advienne. C’est tellement attentionné. » raille-t-il avec méchanceté, en le gratifiant d’un regard lacéré par la rancœur.
C’est tellement plus facile  de rejeter la faute sur l’autre.
La tension qui cisaille ses épaules augmente d’un cran lorsque l’Irlandais derrière le comptoir entreprend de servir un nouveau whiskey au brun, qui se retrouve tout aussi vite au fond de sa gorge. La rapidité du geste trahit une habitude ou un désespoir qui le surprennent, sème dans son esprit des questions que ses lèvres scellent pour plutôt évoquer les lettres, en quête d’une réponse qu’il ne pensait jamais obtenir un jour. Les fameuses lettres qui ont bercé leurs échanges et entaillé l’absence mission après mission, en attendant les permissions, les retrouvailles ; les mots qui ont fait figure de présence à défaut d’une étreinte tangible, offerts et portés par chaque battement des cœurs éloignés.
Aisling ne sait pas à quoi il s’était attendu avant que la justification derrière ce geste ne lui parvienne du premier concerné, mais une nouvelle fois, il encaisse la déception brûlante, les paroles maladroites mais sûrement sincères qui essayent de souligner les raisons et les impressions du brun. Les derniers mots sont cruels, l’agrippent à l’âme avec une violence qu’il a méritée après tout ce qu’il a bien pu lui dire en cherchant à atteindre ses vulnérabilités et lui faire ressentir sa propre douleur.
La peine qui transcende le bleu des iris arrimés aux siens contredit chaque parole prononcée.
Et la fureur reflue lentement, laisse entrevoir un peu plus les failles.
« Si ça te plait de le croire, réplique-t-il d’un ton sans âme. Je te rappelle qu’il y avait les miennes, dans le lot, avance-t-il laborieusement après un court silence, regard obstinément vissé sur les bouteilles qui habillent le mur derrière le comptoir sur lequel il s’est penché, y posant ses coudes repliés dans une posture naturellement désinvolte. Tu m’as rendu les dernières choses qui pouvaient me lier à toi. »
Tout n’est plus qu’à sens unique à présent.
Lui aussi commence à avoir envie d’un verre de quelque chose de plus fort –comme si cela allait arranger quelque chose, réparer quoique ce soit, ironise-t-il intérieurement, critique. Mais quand Aodhán  adresse un signe à sa pinte vide abandonnée un peu plus loin après avoir de nouveau servi Isaac –le bruit du verre qui claque bien trop rapidement sur le comptoir lui fait serrer les dents d’amertume-, lui accordant un regard plus qu’éloquent, Aisling se contente de mimer la négation d’un mouvement de tête, ses doigts s’enfonçant dans ses poches pour en sortir quelques billets. Le Dublinois fronce les sourcils –le roux est incapable de se souvenir de la dernière fois qu’il a payé ses consommations ici, c’est dire- mais finit par les accepter sous l’assaut de ses yeux résolument fixés sur son visage, et s’éloigner.
Une façon un peu étrange de lui demander pardon.

Peu à peu, les rires qui se déploient avec joie autour du billard qui trône dans un coin de l’établissement lui parviennent de nouveau, contrastent tellement avec la noirceur de ce qu’il ressent qu’il a l’impression qu’ils l’agressent de leur bonheur simple, tiraillé d’allégresse. Ou bien est-ce la sensation troublante, délicieusement déstabilisante et agaçante à la fois, des prunelles de l’autre homme qui l’effleurent encore et encore, comme insatiables. Aisling sent la colère s’apaiser peu à peu dans son cœur, étinceler par moments irréguliers comme éprise de brusques sursauts de vie, le laisser aux bras d’émotions qu’il n’a pas envie de ressentir.  Les mots qui s’immiscent dans le silence, calmes et pourtant violents, prononcés avec un soulagement discret et une pointe douloureuse de tendresse, détourne son attention des marques d’alcool qui se confondent sous son regard vague, attire de nouveau ses iris sur Isaac.
Et cette fois-ci, il prend le temps de l’observer comme l’autre homme vient de le faire, les sentiments à nu sur les traits de son visage. Il détaille les courbes et déliés habillés de vêtements qu’il sait incapables de leur rendre justice, les muscles qui paressent derrière les tissus distendus. Il s’attarde sur les mains forgées par le combat et le maniement des armes, enroulées autour d’un verre d’alcool vide, avant de remonter vers les épaules puissantes qui souffrent d’une asymétrie que ses prunelles de combattant soupçonnent d’une faiblesse, le long du galbe d’un cou et d’une mâchoire que ses lèvres ont intimement connus. Les traits qui abritent tant d’émotions dont il a appris les milles saveurs ; les iris qui hantent encore bien trop les songes de son cœur.
Et tout ce qui l’atteint sur l’instant, c’est la tristesse qui pèse trop lourd dans son estomac, lui compresse la poitrine, s’est vicieusement insinuée au cœur de la fureur qui l’a peu à peu délaissé, l’achevant momentanément alors qu’elle l’embrasait violement quelques minutes plus tôt.
« J’aimerais en dire autant. » avoue-t-il d’une voix sensiblement plus calme, presque morte.
Lui aussi aimerait pouvoir prononcer ces mots. Les penser.
Bien sûr qu’il souhaite le meilleur à Isaac ; il l’a trop aimé pour ne pas se languir de son bonheur, qu’importe où et avec qui ce dernier se trouve.
« Mais t’as franchement pas l’air au top de ta forme. » observe-t-il sans grande émotion.
Il retient les inquiétudes qui tentent de prendre possession de son timbre ; il n’est pas certain d’y parvenir, mais s’acharner à essayer lui apporte une maigre satisfaction à laquelle il n’est pas prêt de renoncer.
Un peu de sécurité dont il manque tant en cet instant, face à ce regard auquel il ne sait se dissimuler, dont il ne parvient pas à se protéger.









I felt so much that I started to feel nothing.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t611-aisling-o-luain-eddie-redm
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyDim 6 Jan - 19:11
Isaac Taylor
Isaac Taylor
Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] GoNx3
posts : 334
points : 596
feat : Hugh Dancy
multis : Cináed
crédits : Dopamine ❤︎ (avatar)
Âge : 35
logement : Homewrecker, #202

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Durant de nombreux jours, mois et années, Aisling avait été la personne la plus importante aux yeux d’Isaac. Durant de très nombreux instants, ses pensées s’étaient souvent égarées sur ces souvenirs forgés à ses côtés. D’une rencontre hasardeuse, Isaac avait su être capable d’assumer ce qu’il était vraiment, de se sentir être lui-même, plus que jamais, d’entrevoir un bonheur inespéré, un soupçon d’espoir qu’il n’avait jadis connu. Il avait trop souvent fui, il avait trop souvent considéré ses faits et gestes comme une erreur. Trop de fois, il s’était dit que ce serait sûrement la dernière avant de se ranger à ce qui était censé être juste. Et Aisling avait tout balayé. Comme le vent faisant s’envoler les feuilles. Comme le soleil dissipant les nuages. Comme le bonheur faisant s’oublier la tristesse, le militaire avait su trouvé un nouvel élan dans sa vie, aux côtés de l’Irlandais. Ils étaient amants de cœur, de chair et d’esprit. Ils étaient si complémentaires. Hélas, cette histoire ne pouvait se poursuivre que dans une finalité funeste. Rien était éternel. Il ne pourrait pas s’éveiller, chaque jour, à ses côtés. Il ne pourrait pas entendre ses soupirs dans l’acte amoureux, il ne pourrait pas toujours sentir son cœur s’apaiser à l’entente des tonalités chantantes de l’Irlande, le vert un peu de partout, les sentiments dans le palpitant repu. Non, leur histoire était vouée à la nuit, à devoir se retrouver dans ce bar, à contempler les débris d’un bonheur fini. Se trouver des excuses pour avancer, se donner un peu de temps avant de retomber dans le silence d’une vie esseulée. Il avait du mal à respirer, il ne se sentait pas bien. Il ressentait et comprenait la colère d’Ace. À quoi s’était-il attendu ? À une accolade ? À un sourire jovial, une tape dans le dos, une bière qui se commande et le bon vieux temps en sujet de conversation ? Il regrettait amèrement. Il faisait face à la colère de son amant et il s’en voulait, s’accablant plus qu’il ne l’était déjà.

Tout cela… C’était bien trop douloureux…

« Je n’ai pas pensé comme ça, au moment de les envoyer… » Oh non… Avec du recul, certainement, les aurait-il gardé pour lui, tel le trésor insoupçonné de son cœur. « Je pensais bien faire… » Pour une fois… Juste une fois, qu’il avait le loisir d’entreprendre quelque chose de censé. Mais encore là, il avait eu tout faux. Il avait réveillé la colère souveraine, la déception. Il comprenait, il acceptait… à la seule condition de garder les distances physiques. Il vivait chaque approche comme une agression, le traumatisme de son agression résidant encore. Ce soir, elle n’était pas telle qu’il l’avait vécu, lors de son travail. Mais elle était morale. Chaque mot que prononçait Aisling était pareil à une lame chauffée à blanc posée sur sa peau. Ça brûlait. Ça faisait mal. Ça dévastait. Surtout quand Aisling lui reprochait de lui avoir rendu ses propres lettres. Un package qui l’éloignait de tout regret, de toute volonté de se faire encore mal. Avec le temps, il avait compris une chose : qu’il les ait gardées ou jetées, le résultat était le même. Isaac pleurait l’absence de cet Autre.
Le coup de massue fut donné quand Aisling reprit la parole, quand il lui rappela tout le sens que ces lettres avaient… ce lien

De toi à moi, pas vrai ?

Néanmoins, il ne marqua aucun silence. Ce fut plus fort que lui, les mots se bousculèrent presque. Il fallait que ça sorte. « Tu crois vraiment que ces lettres étaient la seule chose qui nous liait ?! » Son regard perçant se fit un peu plus dur, la prunelle étincela avec un accent de reproche dans la voix. Il n’avait pas besoin de ça pour se rappeler du lien. Bien sûr, ces lettres possédaient la trace de l’existence de cet homme dans sa vie. Sur ce papier défraîchi, il y avait posé ses mains, il avait très certainement froncé les sourcils, comme pour se concentrer, avant de laisser sa plume former des mots, des phrases destinées rien qu’à lui. Il avait cru y sentir sa fragrance. Mais en dépit de ce qu’elles étaient pour lui, de l’importance qu’elles possédaient, Isaac s’attachait aux souvenirs du cœur. Il n’avait pas besoin de ces lettres pour se remémorer, pour souffrir, pour continuer à aimer malgré la douleur. Les instants passés restaient figés dans sa mémoire : ils ne partiraient pas de sitôt.

Il préféra se centrer sur ce verre qu’Aodhàn venait de lui servir, qu’il avala d’une traite. Il changea de conversation évitant le sujet brûlant des lettres. Ace allait bien et c’était tout ce qui comptait. Au fond de lui, le texan se disait qu’il valait mieux pour lui de partir. Il n’était pas en terrain ami et l’appel de la boisson se faisait, de plus en plus, ressentir. Pas sûr qu’Aisling apprécie de le voir s’enivrer à outrance. C’était étrange aussi… D’agir comme si sa façon de faire aurait alors de l’importance aux yeux de l’Irlandais. Cependant, peut-être que c’était encore le cas. Parce que, manifestement, Aisling avait cerné qu’il n’allait pas bien. Et Isaac s’en voulut automatiquement. Il ne souhaitait pas paraître misérable. Pourtant, force était de constater qu’il ne faisait rien pour.

Il subissait. « J’ai eu quelques soucis de santé. » Dit-il en faisant signe à Aodhàn. Il n’avait guère envie de boire encore, mais il en était incapable. L’appel de l’alcool se faisait trop pressant, ça et surtout pour stopper le tremblement de ses mains qu’il préféra dissimuler entre ses cuisses. « Un banal accident à l’armée. » Le ton se fit dégagé, et il arriva même à sourire un peu bien que cela lui demanda un effort terrible. « C’est le risque du métier… » Mais pas tel qu’il l’avait vécu. Pas l’agression verbale et gratuite, le bruits d’un corps se brisant sous les assauts des poings et des pieds, le gout métallique du sang dans sa bouche. Il était brisé. « Je dois guérir et ensuite, tout ira bien mieux. » Même si ça n’était pas le cas. Ces mots pouvaient suffire à rassurer Aisling. Peut-être qu’en disant cela tout en le regardant dans les yeux, Isaac aurait pu se révéler convaincant. Mais il en fut incapable. Il se contenta de se jeter sur le verre de whisky, l’avalant d’une traite, se disant qu’il valait mieux fuir l’endroit, plutôt que de s’enliser dans ses mensonges. Et pourtant… « Comment va ta sœur ? » Comme une bouteille à la mer, Isaac cherchait de l’air.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t619-isaac-taylor-hugh-dancy
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyMer 20 Fév - 14:43
Aisling Ó Luain
Aisling Ó Luain
Some days I cannot find my faith
But I just fight on.


posts : 62
points : 328
feat : Eddie Redmayne.
multis : Aaliya, Darius, Jaime & Freyja.
crédits : terpsykore (avatar), kat (signature), de Palmas (quote profil).
Âge : 34
logement : The Old Lady -F3, n°503, 5ème étage. Les couleurs de l'Irlande disséminées un peu partout, le stock de bière jamais en grève.
WHO THE FUCK TAUGHT YOU HOW TO PERSEVERE ?

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Tell me somethin' boy, are you happy in this mordern world ?NOVEMBER 2018
The Bronx, New-York City

Les lettres.
Pourquoi s’y raccroche-t-il autant ? Pourquoi y attache-t-il tant d’importance ; pourquoi leur confère-t-il cette signification qui pèse bien trop lourd dans son cœur ? Pourquoi, parmi toutes les questions qui se heurtent dans son crâne, se fracassent contre le silence de ses lèvres, ce sont elles qui finissent par s’immiscer entre eux, déjouer sa garde et pulvériser les défenses qu’il maintient avec une rage gangrénée par le désespoir ? La valeur sentimentale qui les embellit de souvenirs à la fois doux et douloureux ne date pas de leur rupture, elle est bien plus ancienne, presque ancestrale. Elle a pris racine dans les premiers mots jetés sur le papier à l’intention de l’autre, pour s’épanouir comme un bourgeon fragile au printemps de leur relation, et  finalement résister à la fureur glacée d’un hiver meurtrier, venu bien trop vite. Il aurait pu les brûler, les jeter, les enfoncer dans les méandres de l’oubli –et il avait été proche de le faire à la suite de leur séparation, aveuglé par la colère et la douleur, le cœur affamé d’une échappatoire à embrasser, d’un soulagement, même éphémère, à agripper ; rien qu’un instant pour reprendre son souffle face à l’incompréhension terrible et la sensation inhumaine de trahison qui consumaient tout à l’intérieur de lui. Ces lettres qui lui rappelaient constamment ce qui n’était plus, ce qu’il avait touché du bout des doigts pour finalement le laisser s’échapper. Ces mots imprégnés de sentiments à l’ivresse entêtante, qui osaient même parfois s’enhardir à espérer un futur partagé, ancres concrètes entre deux cœurs éloignés  par l’appel du devoir et les horreurs endurées mais jamais aussi liés que lorsqu’ils dissimulaient l’écho de leurs battements accordés entre les syllabes calligraphiées. Mais il ne l’avait pas fait, choisissant plutôt de les conserver comme les morceaux brisés de ce qu’ils avaient vécu. Il les relisait, parfois, de plus en plus familier avec le sentiment troublant qu’elles lui insufflaient à la poitrine, entremêlement de peine, de regrets et de réconfort ; un équilibre précaire qu’un mot un peu trop percutant pouvait perturber brutalement. Il se perdait dans la prose délicate et inspirée, se lovait dans les perspectives détruites d’un avenir à deux qu’elles dessinaient maladroitement, se réfugiait dans cette douleur qui lui hurlait à l’âme que tout cela avait existé, que même le silence d’Isaac ne saurait achever ce qui lui restait d’eux. La seule faiblesse qu’il s’autorisait rarement, recroquevillé dans les confins de sa solitude, emmitouflé dans un cuir qu’il n’avait jamais rendu à l’autre homme et qui depuis longtemps avait perdu son odeur, avant de les ranger au fond de son armoire, et s’élever pour affronter son quotidien –et surtout, surtout, arrêter d’accuser son absence constante, devenue moins lancinante avec le temps.
Mais voir ses propres lettres, parmi celles qu’Isaac lui avait données au travers d’Elinor, cela lui avait fait plus de mal qu’il ne l’avait cru. Parce que le militaire les avait confiées à une sœur d’armes sans même s’armer du courage de procéder à la transaction lui-même (pensée qui faisait encore étinceler des gerbes de colère en Aisling) ; parce que l’Irlandais n’avait pas compris le geste –ne le comprenait toujours pas, et n’était d’ailleurs pas certain de désirer des explications qui, il le savait, lui porteraient encore plus violement atteinte, alors qu’il se sentait déjà bien assez vulnérable et à fleur de peau. Il ne voulait pas d’excuses, ni de pardon. Il aurait été incapable de lui accorder la moindre grâce, même des années après, et cela aussi l’aurait blessé.
Une part indéniable d’Aisling avait toujours trouvé une fragile consolation dans la certitude que le brun garderait ces lettres, de la même façon qu’il cultivait des éclats bien frêles de paix dans l’idée qu’elles parvenaient au militaire où qu’il soit et lui apporteraient des brides de ses pensées qui lui étaient dédiées, lorsqu’il se retrouvait en mission.
Ces preuves tangibles de ces trois années d’un bonheur aussi précieux que tragique.

Mais ce n’est pas le silence, les (douloureuses) excuses ou le calme qui accueillent ses reproches cuisants –bien sûr qu’il l’accuse, puisant dans la chaleur évanescente d’une colère qui s’échappe entre ses doigts éperdus, le délaisse bien trop rapidement pour le laisser sans rien. La verve d’Isaac le surprend, lui arrache presque un sursaut ; son regard se redresse et se jette aussitôt sur les prunelles bleutées, déchirées par la peine et quelque chose de bien plus vibrant, bien plus vivant : la ressentiment. La voix du militaire s’éprend d’une dureté qui taille ses paroles pour les faire un peu plus acérées encore. Et quelque part en Aisling, un semblant de satisfaction tord ses entrailles à la vision de l’autre homme qui parait enfin s’animer d’un peu de vie. Son cœur a faim de la douleur de l’autre, mais surtout de sa rage, pour qu’elle réponde à la sienne, pour engendrer une réaction qui n’a pas cette saveur dégueulasse de résignation, ce goût âpre d’acceptation et d’excuses à peine murmurées. Les iris de l’Irlandais s’embrasent contre ceux de son ancien amant, ses lèvres se tordent en un pli amer ; le reproche l’atteint plus profondément qu’il ne l’aurait pensé, mais revigore, dans la souffrance qu’il lui inflige, les souffles d’un brasier qui peu à peu se laissait noyer.
« C’est tout ce qui nous lie maintenant. » corrige-t-il d’un ton bas et incisif.
Les lettres et les souvenirs. C’est tout ce qui leur reste.
Ça et la souffrance qu’ils s’infligent mutuellement après des années sans nouvelles.
Alors que les mots d’Isaac résonnent encore à ses tympans, Aisling entend les paroles de Siam s’y mêler, arrachées à l’une de leurs évasions nocturnes sur le bitume New-Yorkais. Deux affirmations sur son état mental qui s’affrontent et se heurtent, se repoussent et se refusent à coexister au sein de la même réalité, et le font une nouvelle fois réaliser à quel point l’un à tort quand l’autre a raison. S’il va bien ?
Qui Aisling croit-il berner en répondant que c’est le cas ? Cela fait longtemps qu’il ne croit même plus lui-même à ce mensonge.
Mais il ne cherche pas à démentir face à Isaac, ne revient pas sur ce qu’il lui a dit un peu plus tôt ; il laisse couler, certain que cela ne leur apportera rien. Que cela ne changera rien. Il ne veut pas de son inquiétude car il la sait inévitable et viscérale –après tout, lui-même ne parvient pas totalement à contenir celle qu’il ressent inexorablement pour le brun. Il ne veut pas de sa tendresse ou de sa sollicitude, parce qu’elles ne feraient que raviver des souvenirs qu’il a tenté d’enterrer dans les abimes les plus profondes de sa poitrine et qu’il les sent déjà se mouvoir contre son myocarde épuisé, tenter s’attaquer à la mécanique déjà enrayée de l’organe usé.  Douleurs fantômes devenues bien trop palpables contre le muscle sensible sous l’assaut de ces prunelles cobalt contre son âme.
Pourtant, regard rivé sur les traits tendus par un mélange de regrets et d’appréhensions de l’autre homme, comme si ce dernier se sentait un peu pris au piège par le revers de ses propres mots  -Aisling ne lui aurait jamais demandé comme il allait, mais il s’est emparé de cette opportunité masquée dès lors que son ancien amant lui en avait offert l’occasion-, l’Irlandais l’écoute attentivement, s’imprègne de ces vérités en demi-teinte que le militaire lui livre sans s’attarder. Il ne peut retenir son regard entrainé d’observer avec minutie la silhouette du brun, fouiller les vêtements qui en couvrent trop et ne laissent rien deviner, à la recherche d’une faiblesse, d’une blessure. Il fronce un peu les sourcils au sourire cassé qui agrémente le « banal accident » auquel l’autre fait référence, contrarié face à l’apparent détachement dont fait preuve Isaac et qui lui est inhabituel. Secouant légèrement la tête en signe de négation, il s’abstient néanmoins de tout commentaire, se refuse à céder face à sa propre inquiétude comme à l’ironie qui lui tord les lèvres mais n’habille que son silence buté.
Tout ira mieux.
Ses iris vrillent leurs pairs, s’y accrochent et s’y écorchent.
« T’as l’air de parvenir à t’en convaincre, c’est bien. » observe-t-il d’un ton aux vibrations blessantes.
Mots qu’il regrette aussitôt, car suintant d’une cruauté qu’il éprouve un peu trop. Isaac n’a pas besoin qu’il appuie encore plus sur des blessures qui le gardent loin du terrain et de ses frères d’armes –car l’armée a toujours participé à son équilibre aux yeux d’Aisling, et malgré la peur qui l’habitait à chaque instant à le savoir perpétuellement en danger, il ne lui aurait jamais souhaité d’être arrêté voire repoussé loin de cette dernière à cause d’une blessure.
Pinçant ses lèvres, il détourne aussitôt les yeux, ne lui cède pas le pardon qui lui cisaille les lèvres, s’enferme dans son silence.
La question qui vient ensuite le déstabilise complètement. Le heurte et le blesse.
Un trop qui s’accumule et entame un peu plus ses défenses branlantes.
« Bien. Elle danse à L.A. dans une compagnie, maintenant. » répond-il mécaniquement en s’autorisant une inspiration un peu plus profonde.
Ses doigts se crispent sur le rebord du comptoir, cherchent à s’enfoncer dans le bois verni dont la robustesse les fait irradier d’une douleur bienvenue face aux tumultes qui semblent à chaque seconde un peu plus intenses dans sa poitrine atrophiée.
Il a besoin d’air.
De distance.
De tuer son traitre de cœur, aussi.
Ses paumes se plaquent contre le bar, repoussent tout son corps qui se dénoue pour lui faire retrouver le sol encore immaculé à cette heure.
« Je peux pas faire ça. » avoue-t-il brutalement en lui offrant un regard d’une franchise implacable.
Ça.
Parler comme s’ils n’étaient que de vielles connaissances qui ne s’étaient pas vues depuis très longtemps. Echanger comme d’anciens amis séparés par les aléas de la vie. Il s’empare de sa veste et l’enfile rapidement avant d’accorder un signe au barman, ignorant ostensiblement Isaac, déjà prêt à filer comme un courant d’air.
C’est trop. C’est bien plus qu’il ne peut en supporter, en réalité.
Et il n’en a rien à faire que cela sonne comme une fuite, qu’il cède à la faiblesse d’abandonner un combat de toute façon perdu d’avance. Isaac n’a jamais été son adversaire, et pourtant, il a toujours eu les armes les plus efficaces pour le mettre à terre.









I felt so much that I started to feel nothing.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t611-aisling-o-luain-eddie-redm
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] EmptyMar 19 Mar - 8:08
Isaac Taylor
Isaac Taylor
Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] GoNx3
posts : 334
points : 596
feat : Hugh Dancy
multis : Cináed
crédits : Dopamine ❤︎ (avatar)
Âge : 35
logement : Homewrecker, #202

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Le deuxième verre fut bu aussi rapidement que le premier et avec ça, il sentit ses sens s’anesthésier légèrement. Il en faudrait bien plus avant de pouvoir quitter la terre ferme. Avant de pouvoir planer un peu et souffrir moins. Il en avait terriblement besoin. Ces derniers temps, tout était devenu compliqué, son bonheur ne se résumait qu’à des bouteilles pleines, l’espoir perdu au loin. Et là, à côté d’Aisling, il avait besoin de cet onguent devenu sien, suite à son agression. Il le réclamait parce que c’était la seule chose qui lui permettait de tenir, de croire que demain serait meilleur qu’hier. Mais si ce n’était pas le cas ?
Et si, réellement, sa vie n’était qu’un ramassis de malheur ?
Si près d’Aisling, Isaac suffoquait. Cette rencontre lui brisait un peu plus le cœur, il ressentait encore cette tension, palpable dès lors qu’il s’était rapproché de lui. Si loin de ces instants charnels, si loin de ces gestes de tendresse. Cette proximité lui était apparue comme menaçante, lui rappelant trop de mauvais souvenirs. Il n’y arrivait pas.
Il n’y arrivait plus, mais il n’arrivait pas, pour autant, à parler. Il se contentait de répondre, tout en survolant les réponses. Il se contentait de rendre banale une agression violente et gratuite.
Tout allait bien, pas vrai ?
Et il s’efforçait de se convaincre qu’il disait la vérité. Oui il allait parfaitement. Il allait guérir. Et ça irait mieux. Dieu était là, Dieu était avec lui. Il lui fallait encore prier un peu, se rappeler les mots de sa mère. Il fallait qu’il aille mieux. C’était aussi simple que ça.
Mais Aisling n’était pas dupe. Et les mots vrillèrent son esprit. Le militaire leva ses yeux clairs, rencontrant les prunelles semblables aux siennes. Et il resta silencieux, le fixant d’un air neutre, cherchant la vérité dans ce regard qu’il avait, longtemps, jadis contemplé. Son cœur s’était mis à battre comme un fou et Isaac ne savait plus sur quel pied danser.
Tout aurait pu être plus simple. Il aurait pu se laisser aller à la confidence. Oser lui dire la vérité, la véritable raison de son agression, le pourquoi de ce geste gratuit et terrible contre lui, de la part de ces gars qu’il décrivait comme des frères …
Cette lettre que tu écrivais alors… Ces mots que tu osais dire.. Tout aurait pu s’arranger. Mais non. Non… Ce n’était pas possible pour Isaac. Il n’y arrivait pas. Les mots se heurtaient à cette culpabilité. Il avait mis fin à ce qu’ils vivaient, il ne pouvait pas lui imposer ça, sur ses frêles épaules. Tout sauf lui… Il le refusait.
Ils en étaient donc là, pétris de tous ces regrets, dans cette facette que l’humanité leur donnait, volonté farouche de se compliquer la vie.
Il préféra évoquer Naimh. C’était plus simple d’évoquer un tiers plutôt que de se laisser flancher. Néanmoins, la réponse fut brève et sèche, où était donc cette tendresse d’autrefois ?
Tu la connais la réponse… Toi-même a tout gâché…
Et le spectateur silencieux observa l’Autre rendre les armes. Ça en était trop pour lui, tout comme pour Isaac qui demandait déjà son troisième verre. Contenant qui lui fut apporté, ingéré aussi rapidement pendant qu’Aisling se remettait son manteau. Le troisième verre avalé, Isaac le regarda faire, l’entendit émettre ce qui faisait mal. Il ne pouvait.
Mais toi si, hein ?
« Je comprends. » Se contentat-il de dire, la gorge nouée par les émotions affluant en lui. Il aurait même pu fondre en larmes, admettre que pleurer n’était pas de la faiblesse. Depuis combien de temps s’était-il asséché ? Depuis quand se retenait-il ? « Je ne pouvais pas t’ignorer alors que tu étais là… » Admit-il sur un ton d’excuse. S’ils n’étaient plus plus ensemble, ça n’en restait pas une raison valable pour l’ignorer. « Peut-Être aurais-je dû. » Ou peut-être pas. C’était compliqué et face à cette histoire ancienne, il se sentait presque un peu trop faiblir.
Il fit un signe de tête à Aodhán afin qu’il s’approche et qu’il prenne sa commande. Il s’était détourné d’Aisling, malheureux de cette entrevue. Ça n’avait rien apporté de bon, juste lui rappelait qu’il n’était qu’un bon à rien, incapable d’avoir une conversation convenable avec qui que ce soit.
Il n’était qu’un déchet et l’alcool allait l’aider à se rendre plus pathétique qu’il ne l’était déjà. Lui qui avait été un militaire exemplaire, un défenseur des États-unis, un patriote émérite, il se retrouvait à être un objet brisé incapable d’être recollé.
« Prends soin de toi… » Ajouta-t-il sans un regard.
Et s’il te plaît, sois plus fort que moi qui suis si faible. Et pardon …Pardon d’être ce que je suis. Pardon de ne rien assumer. Qu’il songea en son for intérieur.
Tous ces mots, tout ce qu’il était incapable de lui dire.
Aisling partit et Isaac releva un regard brillant vers Aodhán. « La bouteille, s’il te plaît. » Lui dit-il prêt à sombrer dans l’ivresse de l’oubli salutaire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://beton-arme.forumactif.com/t619-isaac-taylor-hugh-dancy
MessageSujet : Re: Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac]   Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty

Contenu sponsorisé

Tell me somethin' boy, are you happy in this modern world ? [Aisling & Isaac] Empty
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
BETON ARME :: RP Terminés-
Sauter vers: