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 Un jour sans [Dante]

MessageSujet : Un jour sans [Dante]   Ven 30 Nov - 10:07
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Isaac Taylor
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Il y avait des jours sans.  Et aujourd’hui était inévitablement une journée merdique. Il s’était réveillé avec une douleur lancinante à l’épaule et elle n’avait jamais cessé de l’accompagner, en compagne silencieuse mais épuisante. Il n’avait cessé de grimacer quand les élancements devenaient un peu trop terribles, au point de devoir s’arrêter et respirer un peu, se calmer et attendre que se tasse l’irrémédiable mal. Il n’en pouvait plus. Il était à bout, Isaac. Il avait l’impression de ne pas voir la lumière au bout du tunnel, se questionnant sur ce « quand » ? Quand tout avait dérapé ? Quand sa vie avait commencé à décliner au point de se considérer comme un déchet ? Quand ? Il n’avait pas de réponse, il n’avait juste que la douleur et un appartement aussi vide que son cœur. La sécheresse de son existence le rendait presque invisible aux yeux des autres. Il avait l’impression que plus personne ne le remarquait, lui et son âme déchirée, lui et ses grands yeux expressifs, lui, que la vie enfonçait un peu plus. Dans son appartement miteux, Isaac s’était levé en essayant de chercher l’espoir, en allant voir son médecin pour qu’il fasse quelque chose pour son épaule. Mais le résultat n’était pas bon. Il ne l’était jamais, d’ailleurs. A chaque fois, la rengaine était la même. Il fallait du temps. Une épaule à son âge, devait être facteur de patience et d’assiduité, le ramenant à ses séances qu’il oubliait, une fois sur deux. Non pas qu’il manquait de ponctualité, mais le cocktail des somnifères mélangés à de l’alcool fort, ne faisaient pas bon ménage pour être présent à des rendez-vous matinaux. Il était, le plus souvent, trop mal pour arriver à se lever et à espérer gagner quelques minutes. Au lieu de cela, Isaac sombrait, ne trouvait plus d’accros pour se maintenir à une paroi devenue trop lisse. Ainsi entre la solitude d’un cœur brisé, une épaule qui se nécrosait et se recouvrait d’arthrose, il s’éloignait la possibilité de pouvoir reprendre sa place. En réalité, il avait besoin d’aide, il avait besoin qu’on lui tende la main afin de le tirer vers la lumière. Il avait besoin qu’on lui dise que tout irait bien par la suite. Mais il n’y avait jamais personne.
La solitude l’accompagnait, lui tendait les bras.

Et Isaac chutait toujours plus bas.

Il avait erré dans les rues de New York, s’était même perdu dans une ruelle mal famée où il n’avait pas fait de mauvaises rencontres. Et puis, il était rentré chez lui, s’abrutissant devant la télé, avant de se décider à sortir. Il avait une idée bien en tête, un projet qu’il mûrissait. Il savait qu’il ne pouvait rester indéfiniment comme ça. Il fallait qu’il se trouve un but, outre celui de guérir. Alors, il envisageait de se présenter à l’armée, de trouver un poste plus sédentaire où il n’aurait pas besoin d’user de son bras. Mais il avait peur, peur de revoir des visages connus, peur de revivre le traumatisme de la violence parmi ses frères d’armes. Lui qui avait connu la mort d’innocents, des avancées au milieu des cadavres qu’il avait tué, il ne pouvait supporter de devoir revivre cet instant où tout s’était écroulé. Cette fameuse nuit … Où il y avait eu une mauvaise compréhension, où ses collègues s’étaient déchainés sur lui, sur une différence qu’il n’assumait pas. Alors, il n’osait pas, restait inactif et sombrait dans le déclin. Il fallait que quelqu’un l’aide… mais il refusait l’aide. C’était une situation sans fin, à ce serpent qui se mordait la queue, Isaac ne comprenait pas que si le soleil ne brillait pas dans sa vie, c’est bien parce qu’il était sa propre tempête. Ses journées étaient merdiques mais il se causait lui-même ses propres vices, ses propres torts, à sortir finalement de son appartement, à entrer dans le premier bar et à s’abreuver de scotch. C’était tout ce dont il était capable. Boire pour oublier, boire pour s’anesthésier les sens, boire pour devenir quelqu’un d’autre. Ce ne fut lorsque les trois grammes dans le sang furent atteint qu’il sortit du bar, titubant à moitié, ignorant les regards lourds de pitié, de compassion ou de dégout. Il était à peine vingt et une heures et il était déjà torché quand il arriva devant l’immeuble où il habitait. Il fouilla dans ses poches, ne trouvant pas ses clefs. Il eut beau cherché encore et encore, rien du tout. Heureusement, une jeune femme sortit et Isaac en profita pour s’engouffrer, montant à son étage. Mais le problème restait le même. Devant cette porte hermétiquement fermée, il n’y avait rien pour l’ouvrir. Putain, mais qu’avait-il foutu ? Avait-il oublié ses clefs au bar ? Les avait-il perdu en cours de route ? Allait-il arrêter d’être aussi con ? Il ne savait même plus où il avait picolé, l’alcool embrumait tout. Il était ailleurs… Et puis, il eut une idée de génie. Celle d’enfoncer la porte, convaincu que tout allait bien. Il s’écrasa contre le panneau de bois avec la mauvaise épaule, qui le fit hurler de douleur et de rage. La porte resta fermée et lui se tenait accroupi devant, une main sur cette partie de son corps complètement atrophiée. « Putain de merde !! » Ragea-t-il sous le coup d’une puissante colère, lui qui s’énervait peu. Maintenant, il n’avait d’autre choix que de devoir appeler un serrurier. Il allait lui couter les yeux de la tête, déjà que les finances n’étaient pas folichonnes. Mais il n’avait pas le choix. Jusqu’à ce qu’une porte s’ouvrit et un visage inconnu apparut dans son champ de vision. « C’est rien … J’ai oublié mes clefs… » Bougonna-t-il en langage bourré. « J’suis vraiment qu’un con… C’tait v’aiment une journée de merde… »

Journée aussi nulle que pouvait être son existence.
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MessageSujet : Re: Un jour sans [Dante]   Sam 1 Déc - 4:13
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Dante Baldassare
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Malgré la tasse de thé maintenue entre ses phalanges, il reste congelé.

Depuis qu'il a vu Samaël, deux semaines plus tôt ... Dante n'est plus le même. De toute évidence, la réciproque est également vraie : comme il le craignait, il ne reçoit plus de visites impromptues au beau milieu de la nuit. Sa boite aux lettres est tristement vide et sa boite vocale ne cesse de lui rejouer les anciens messages, ceux qu'il connait par coeur à force de les avoir entendus. Dante devrait jubiler de cette liberté nouvellement trouvée. Il devrait sauter dans tous les sens, hurler à plein poumons et rire, de façon incontrôlable, sans pouvoir s'arrêter.

Au lieu de tout cela, Dante reste pendu à sa tasse de thé. Cela fait deux semaines qu'il n'est pas allé travailler, prétextant une grippe pour échapper à la réalité le temps de se remettre de ses émotions. Deux semaines passées à s'enrouler dans un plaid sur son canapé en mangeant des pâtes, car il n'avait pas eu le courage de sortir de chez lui pour faire des courses. Des pâtes, du sel et de l'huile d'olive. Comme au bon vieux temps, lorsqu'il devait financer les funérailles de feu sa mère. Les yeux collés aux pages d'une tragédie à la Roméo et Juliette ou à des navets sur Netflix, Dante se coupe pour la première fois du monde extérieur pour une si longue durée. Jamais n'a-t-il été aussi heurté dans son existence que deux semaines auparavant.

À quatorze heures, il prend quand même son courage à deux mains pour aller à la supérette la plus proche afin de s'acheter des biscuits. Bien gras et industriels, bourrés de sucre et de cochonneries, Dante se giflerait en temps normal s'il se surprenait ne serait-ce qu'à songer à mettre de pareilles horreurs dans son corps ; mais le numéro que Sam a joué sur lui avait eu un tel impact qu'il n'est désormais plus que le produit de son indifférence. Il s'achète également un pot de glace, partant du bon sentiment que ce ne serait pas une mauvaise idée de manger autre chose que des pâtes pour le diner. Non pas que le pot de glace soit particulièrement une meilleure idée. Un bon pot de Ben & Jerry's. Son parfum préféré est habituellement le Caramel Sutra, même s'il n'en mange que rarement, compte tenu de la silhouette statuesque qu'il s'efforce à maintenir. Cela fait deux semaines qu'il n'a pas fait de sport, d'ailleurs. Si, plus jeune, ce détail n'aurait pas forcément été de grande valeur, depuis quelques années, la donne a entièrement changée. Les résultats ne sont pas encore catastrophiques, mais cela ne saurait pas tarder s'il ne se reprenait pas en main, et rapidement de surcroît.

Une fois rentré chez lui, Dante jette distraitement ses clés sur le meuble à l'entrée avant d'abandonner sa veste sur le dossard d'un fauteuil au lieu de la ranger dans son armoire comme il le ferait d'habitude. Ses chaussures, il les ôte d'un simple mouvement de ses pieds, avec nonchalance, sans se soucier des traces qu'une telle action risquait d'y laisser. Et il ne les range même pas dans le meuble à chaussures. Il se contente de les laisser derrière la porte d'entrée. Quel sacrilège. Il se déshabille rapidement, malgré le froid glacial du mariage de l'hiver et de la nuit, un luxe qui lui est accordé par la fenêtre entrebâillée qui refuse de se fermer depuis une semaine. Et que l'agence immobilière promet de venir réparer sans jamais daigner pointer le bout de son nez. S'il n'était pas aussi contrarié, il en deviendrait presque chèvre.

Se rhabillant aussi rapidement que possible dans quelque chose de plus confortable (un vieux pull de Sam qu'il avait « oublié » de lui rendre et un le pantalon à pyjama que ce dernier lui avait finalement rendu quelques semaines plus tôt), l'Américain s'assure qu'il a bien monté le chauffage au maximum avant de se jeter sous le plaid à nouveau et de s'emparer de la télécommande. Son pot de glace et ses biscuits sont cependant restés près de l'entrée. Dante soupire avant de se redresser, non sans grincer des dents lorsque le froid lui claque les joues de nouveau, avant d'aller chercher son sac de courses, en passant par la cuisine pour attraper une cuillière propre. De nouveau enroulé sous sa couverture, il s'empare encore une fois de la télécommande afin de mettre en marche le cinquième épisode de The Haunting of Hill House. Il avait commencé la série plus tôt dans la journée et s'était retrouvé tellement conforté par la solitude de sa terreur qu'il avait été incapable de s'en détacher.

C'était Sam qui l'avait initié aux films d'horreur. Dante, portant le sang et le macabre en horreur, se cachait systématiquement dans ses bras. C'était très romantique. C'est surtout révolu. À l'heure actuelle, Dante est seul. Il s'inflige des films d'horreur pour se rappeler qu'il n'a personne avec qui les regarder. Personne pour le protéger de sa peur ou de sa surprise, ou tout simplement du froid qui s'infiltre cruellement par la fenêtre. Personne pour l'aimer, ou lui faire sentir qu'il est aimé, ou lui donner l'illusion qu'il a de l'importance, ou lui faire l'amour, ou juste le baiser, parce que parfois ça marche tout aussi bien s'il lui est impossible de trouver mieux.

Non, Dante est seul, face à l'évidence qu'il sera toujours seul. Que Samaël a gâché sa vie, qu'il l'a ruiné et pourri de l'intérieur, qu'il est rongé jusqu'à la moelle par une gangrène sentimentale et que plus personne n'osera jamais défaire le sac de noeuds qu'il était devenu avec les années. Et ce programme sur cette maison qui hante ses anciens inhabitants est fabuleuse pour lui, car elle miroite combien son ex le hante toujours, malgré lui, ainsi que le fait qu'il lui faudra désormais affronter ses terreurs tout seul.

Mais Dante n'est pas seul. Il a son pot de glace, acheté cinq minutes avant la fermeture du magasin, alors il est content. Il ne lui faut pas plus d'un quart d'heure pour en manger la moitié, d'ailleurs. La glace n'était pas forcément une mauvaise idée, compte tenu du froid. C'était cruellement bon, mais terriblement glacial. Dante claque légèrement des dents, malgré le plaid enroulé fermement contre sa peau. Alors il se lève, vêtu du plaid, bien évidemment, pour aller chercher son peignoir derrière la porte de la salle de bains et se préparer une tasse de thé. La caféine le rebuterait en temps normal, mais rien de ces derniers jours ne pourrait se faire qualifier de « normal ». Et puis ... Ce n'est pas comme s'il dormait beaucoup ces temps-ci.

Une fois son thé préparé, Dante retourne s'installer dans son canapé. Il suit avec passion et frissons l'aventure de Nell, qui leur est enfin révélée après que la saga ne leur ait montré les quatre autres membres de sa famille. Dante se cramponne plusieurs fois au plaid, sans pouvoir détourner son visage de l'écran pour autant. À un moment crucial, où l'un des fantômes récurrents depuis le début de l'histoire fait resurgence, Dante voit Nell crier. Quelques minutes plus tard, toujours secoué par son épisode, Dante entend un autre cri provenant de l'extérieur. Il sursaute, manquant de justesse de tomber par terre. C'était terrifiant, en réalité. Du moins, pour lui, compte tenu de la situation actuelle.

Malgré son état particulièrement morose et étrangement indolent, Dante, poussé par la curiosité de savoir pourquoi l'appartement de l'autre côté du couloir (du moins, c'est celui qu'il soupçonne être le fautif dans cette histoire de cris), habituellement si calme et silencieux, au point d'en paraître presque inhabité, se retrouve ce soir être le centre de tant de commotion.

Se levant abruptement, Dante enfile ses chaussons avant de se diriger vers la porte d'entrée telle une gazelle. Une fois dehors, il semble étonné par ce qu'il voit. Déjà parce que pour la première fois de sa vie, il se rend compte que son voisin d'en face est le joli monsieur qu'il croise parfois le weekend en sortant de (ou en rentrant dans) l'immeuble. Il se demandait bien quel appartement celui-ci occupait et s'il s'agissait d'un nouvel arrivant ou non : pour tous les malheurs que lui a causé sa mère, elle aura au moins eu le mérite de lui avoir appris à faire un tiramisu parfait.

Dante se retrouve cependant confronté à un dilemme : se permettra-t-il d'inviter cet inconnu chez lui alors que son appartement est un véritable bordel ? Le fauteuil qui est généralement installé face au canapé a été décalé de 10 centimètres, après tout, et le tapis sous la table basse est un peu froissé. Il a même laissé sa veste sur le dossard d'un fauteuil ! Non, non, non, non, non, ça ne va pas.

Et pourtant ... L'homme ne semble vraiment pas en état de rester seul, et risque de réveiller tout l'immeuble pour tapage nocturne, ou, au moins, tout le deuxième étage. « Oh, je vois ... Tu es sûr que ça va aller ? Tu as besoin de passer un coup de fil ? » Parce que Dante fait partie de l'espèce en voie de disparition des « humains qui utilisent encore un téléphone fixe ». Et le sien n'est même pas sans fil.




le mystère de l'absurde,
théâtre du somptueux.


comme
la main
de midas.





Samsam a écrit:
Dante est une adolescente qui ne veut plus de leur amour, sa froideur est leur pilule du lendemain.
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