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 Un jour sans [Dante]

MessageSujet : Un jour sans [Dante]   Ven 30 Nov - 10:07
Isaac Taylor
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Il y avait des jours sans.  Et aujourd’hui était inévitablement une journée merdique. Il s’était réveillé avec une douleur lancinante à l’épaule et elle n’avait jamais cessé de l’accompagner, en compagne silencieuse mais épuisante. Il n’avait cessé de grimacer quand les élancements devenaient un peu trop terribles, au point de devoir s’arrêter et respirer un peu, se calmer et attendre que se tasse l’irrémédiable mal. Il n’en pouvait plus. Il était à bout, Isaac. Il avait l’impression de ne pas voir la lumière au bout du tunnel, se questionnant sur ce « quand » ? Quand tout avait dérapé ? Quand sa vie avait commencé à décliner au point de se considérer comme un déchet ? Quand ? Il n’avait pas de réponse, il n’avait juste que la douleur et un appartement aussi vide que son cœur. La sécheresse de son existence le rendait presque invisible aux yeux des autres. Il avait l’impression que plus personne ne le remarquait, lui et son âme déchirée, lui et ses grands yeux expressifs, lui, que la vie enfonçait un peu plus. Dans son appartement miteux, Isaac s’était levé en essayant de chercher l’espoir, en allant voir son médecin pour qu’il fasse quelque chose pour son épaule. Mais le résultat n’était pas bon. Il ne l’était jamais, d’ailleurs. A chaque fois, la rengaine était la même. Il fallait du temps. Une épaule à son âge, devait être facteur de patience et d’assiduité, le ramenant à ses séances qu’il oubliait, une fois sur deux. Non pas qu’il manquait de ponctualité, mais le cocktail des somnifères mélangés à de l’alcool fort, ne faisaient pas bon ménage pour être présent à des rendez-vous matinaux. Il était, le plus souvent, trop mal pour arriver à se lever et à espérer gagner quelques minutes. Au lieu de cela, Isaac sombrait, ne trouvait plus d’accros pour se maintenir à une paroi devenue trop lisse. Ainsi entre la solitude d’un cœur brisé, une épaule qui se nécrosait et se recouvrait d’arthrose, il s’éloignait la possibilité de pouvoir reprendre sa place. En réalité, il avait besoin d’aide, il avait besoin qu’on lui tende la main afin de le tirer vers la lumière. Il avait besoin qu’on lui dise que tout irait bien par la suite. Mais il n’y avait jamais personne.
La solitude l’accompagnait, lui tendait les bras.

Et Isaac chutait toujours plus bas.

Il avait erré dans les rues de New York, s’était même perdu dans une ruelle mal famée où il n’avait pas fait de mauvaises rencontres. Et puis, il était rentré chez lui, s’abrutissant devant la télé, avant de se décider à sortir. Il avait une idée bien en tête, un projet qu’il mûrissait. Il savait qu’il ne pouvait rester indéfiniment comme ça. Il fallait qu’il se trouve un but, outre celui de guérir. Alors, il envisageait de se présenter à l’armée, de trouver un poste plus sédentaire où il n’aurait pas besoin d’user de son bras. Mais il avait peur, peur de revoir des visages connus, peur de revivre le traumatisme de la violence parmi ses frères d’armes. Lui qui avait connu la mort d’innocents, des avancées au milieu des cadavres qu’il avait tué, il ne pouvait supporter de devoir revivre cet instant où tout s’était écroulé. Cette fameuse nuit … Où il y avait eu une mauvaise compréhension, où ses collègues s’étaient déchainés sur lui, sur une différence qu’il n’assumait pas. Alors, il n’osait pas, restait inactif et sombrait dans le déclin. Il fallait que quelqu’un l’aide… mais il refusait l’aide. C’était une situation sans fin, à ce serpent qui se mordait la queue, Isaac ne comprenait pas que si le soleil ne brillait pas dans sa vie, c’est bien parce qu’il était sa propre tempête. Ses journées étaient merdiques mais il se causait lui-même ses propres vices, ses propres torts, à sortir finalement de son appartement, à entrer dans le premier bar et à s’abreuver de scotch. C’était tout ce dont il était capable. Boire pour oublier, boire pour s’anesthésier les sens, boire pour devenir quelqu’un d’autre. Ce ne fut lorsque les trois grammes dans le sang furent atteint qu’il sortit du bar, titubant à moitié, ignorant les regards lourds de pitié, de compassion ou de dégout. Il était à peine vingt et une heures et il était déjà torché quand il arriva devant l’immeuble où il habitait. Il fouilla dans ses poches, ne trouvant pas ses clefs. Il eut beau cherché encore et encore, rien du tout. Heureusement, une jeune femme sortit et Isaac en profita pour s’engouffrer, montant à son étage. Mais le problème restait le même. Devant cette porte hermétiquement fermée, il n’y avait rien pour l’ouvrir. Putain, mais qu’avait-il foutu ? Avait-il oublié ses clefs au bar ? Les avait-il perdu en cours de route ? Allait-il arrêter d’être aussi con ? Il ne savait même plus où il avait picolé, l’alcool embrumait tout. Il était ailleurs… Et puis, il eut une idée de génie. Celle d’enfoncer la porte, convaincu que tout allait bien. Il s’écrasa contre le panneau de bois avec la mauvaise épaule, qui le fit hurler de douleur et de rage. La porte resta fermée et lui se tenait accroupi devant, une main sur cette partie de son corps complètement atrophiée. « Putain de merde !! » Ragea-t-il sous le coup d’une puissante colère, lui qui s’énervait peu. Maintenant, il n’avait d’autre choix que de devoir appeler un serrurier. Il allait lui couter les yeux de la tête, déjà que les finances n’étaient pas folichonnes. Mais il n’avait pas le choix. Jusqu’à ce qu’une porte s’ouvrit et un visage inconnu apparut dans son champ de vision. « C’est rien … J’ai oublié mes clefs… » Bougonna-t-il en langage bourré. « J’suis vraiment qu’un con… C’tait v’aiment une journée de merde… »

Journée aussi nulle que pouvait être son existence.
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MessageSujet : Re: Un jour sans [Dante]   Sam 1 Déc - 4:13
Dante Baldassare
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Malgré la tasse de thé maintenue entre ses phalanges, il reste congelé.

Depuis qu'il a vu Samaël, deux semaines plus tôt ... Dante n'est plus le même. De toute évidence, la réciproque est également vraie : comme il le craignait, il ne reçoit plus de visites impromptues au beau milieu de la nuit. Sa boite aux lettres est tristement vide et sa boite vocale ne cesse de lui rejouer les anciens messages, ceux qu'il connait par coeur à force de les avoir entendus. Dante devrait jubiler de cette liberté nouvellement trouvée. Il devrait sauter dans tous les sens, hurler à plein poumons et rire, de façon incontrôlable, sans pouvoir s'arrêter.

Au lieu de tout cela, Dante reste pendu à sa tasse de thé. Cela fait deux semaines qu'il n'est pas allé travailler, prétextant une grippe pour échapper à la réalité le temps de se remettre de ses émotions. Deux semaines passées à s'enrouler dans un plaid sur son canapé en mangeant des pâtes, car il n'avait pas eu le courage de sortir de chez lui pour faire des courses. Des pâtes, du sel et de l'huile d'olive. Comme au bon vieux temps, lorsqu'il devait financer les funérailles de feu sa mère. Les yeux collés aux pages d'une tragédie à la Roméo et Juliette ou à des navets sur Netflix, Dante se coupe pour la première fois du monde extérieur pour une si longue durée. Jamais n'a-t-il été aussi heurté dans son existence que deux semaines auparavant.

À quatorze heures, il prend quand même son courage à deux mains pour aller à la supérette la plus proche afin de s'acheter des biscuits. Bien gras et industriels, bourrés de sucre et de cochonneries, Dante se giflerait en temps normal s'il se surprenait ne serait-ce qu'à songer à mettre de pareilles horreurs dans son corps ; mais le numéro que Sam a joué sur lui avait eu un tel impact qu'il n'est désormais plus que le produit de son indifférence. Il s'achète également un pot de glace, partant du bon sentiment que ce ne serait pas une mauvaise idée de manger autre chose que des pâtes pour le diner. Non pas que le pot de glace soit particulièrement une meilleure idée. Un bon pot de Ben & Jerry's. Son parfum préféré est habituellement le Caramel Sutra, même s'il n'en mange que rarement, compte tenu de la silhouette statuesque qu'il s'efforce à maintenir. Cela fait deux semaines qu'il n'a pas fait de sport, d'ailleurs. Si, plus jeune, ce détail n'aurait pas forcément été de grande valeur, depuis quelques années, la donne a entièrement changée. Les résultats ne sont pas encore catastrophiques, mais cela ne saurait pas tarder s'il ne se reprenait pas en main, et rapidement de surcroît.

Une fois rentré chez lui, Dante jette distraitement ses clés sur le meuble à l'entrée avant d'abandonner sa veste sur le dossard d'un fauteuil au lieu de la ranger dans son armoire comme il le ferait d'habitude. Ses chaussures, il les ôte d'un simple mouvement de ses pieds, avec nonchalance, sans se soucier des traces qu'une telle action risquait d'y laisser. Et il ne les range même pas dans le meuble à chaussures. Il se contente de les laisser derrière la porte d'entrée. Quel sacrilège. Il se déshabille rapidement, malgré le froid glacial du mariage de l'hiver et de la nuit, un luxe qui lui est accordé par la fenêtre entrebâillée qui refuse de se fermer depuis une semaine. Et que l'agence immobilière promet de venir réparer sans jamais daigner pointer le bout de son nez. S'il n'était pas aussi contrarié, il en deviendrait presque chèvre.

Se rhabillant aussi rapidement que possible dans quelque chose de plus confortable (un vieux pull de Sam qu'il avait « oublié » de lui rendre et un le pantalon à pyjama que ce dernier lui avait finalement rendu quelques semaines plus tôt), l'Américain s'assure qu'il a bien monté le chauffage au maximum avant de se jeter sous le plaid à nouveau et de s'emparer de la télécommande. Son pot de glace et ses biscuits sont cependant restés près de l'entrée. Dante soupire avant de se redresser, non sans grincer des dents lorsque le froid lui claque les joues de nouveau, avant d'aller chercher son sac de courses, en passant par la cuisine pour attraper une cuillière propre. De nouveau enroulé sous sa couverture, il s'empare encore une fois de la télécommande afin de mettre en marche le cinquième épisode de The Haunting of Hill House. Il avait commencé la série plus tôt dans la journée et s'était retrouvé tellement conforté par la solitude de sa terreur qu'il avait été incapable de s'en détacher.

C'était Sam qui l'avait initié aux films d'horreur. Dante, portant le sang et le macabre en horreur, se cachait systématiquement dans ses bras. C'était très romantique. C'est surtout révolu. À l'heure actuelle, Dante est seul. Il s'inflige des films d'horreur pour se rappeler qu'il n'a personne avec qui les regarder. Personne pour le protéger de sa peur ou de sa surprise, ou tout simplement du froid qui s'infiltre cruellement par la fenêtre. Personne pour l'aimer, ou lui faire sentir qu'il est aimé, ou lui donner l'illusion qu'il a de l'importance, ou lui faire l'amour, ou juste le baiser, parce que parfois ça marche tout aussi bien s'il lui est impossible de trouver mieux.

Non, Dante est seul, face à l'évidence qu'il sera toujours seul. Que Samaël a gâché sa vie, qu'il l'a ruiné et pourri de l'intérieur, qu'il est rongé jusqu'à la moelle par une gangrène sentimentale et que plus personne n'osera jamais défaire le sac de noeuds qu'il était devenu avec les années. Et ce programme sur cette maison qui hante ses anciens inhabitants est fabuleuse pour lui, car elle miroite combien son ex le hante toujours, malgré lui, ainsi que le fait qu'il lui faudra désormais affronter ses terreurs tout seul.

Mais Dante n'est pas seul. Il a son pot de glace, acheté cinq minutes avant la fermeture du magasin, alors il est content. Il ne lui faut pas plus d'un quart d'heure pour en manger la moitié, d'ailleurs. La glace n'était pas forcément une mauvaise idée, compte tenu du froid. C'était cruellement bon, mais terriblement glacial. Dante claque légèrement des dents, malgré le plaid enroulé fermement contre sa peau. Alors il se lève, vêtu du plaid, bien évidemment, pour aller chercher son peignoir derrière la porte de la salle de bains et se préparer une tasse de thé. La caféine le rebuterait en temps normal, mais rien de ces derniers jours ne pourrait se faire qualifier de « normal ». Et puis ... Ce n'est pas comme s'il dormait beaucoup ces temps-ci.

Une fois son thé préparé, Dante retourne s'installer dans son canapé. Il suit avec passion et frissons l'aventure de Nell, qui leur est enfin révélée après que la saga ne leur ait montré les quatre autres membres de sa famille. Dante se cramponne plusieurs fois au plaid, sans pouvoir détourner son visage de l'écran pour autant. À un moment crucial, où l'un des fantômes récurrents depuis le début de l'histoire fait resurgence, Dante voit Nell crier. Quelques minutes plus tard, toujours secoué par son épisode, Dante entend un autre cri provenant de l'extérieur. Il sursaute, manquant de justesse de tomber par terre. C'était terrifiant, en réalité. Du moins, pour lui, compte tenu de la situation actuelle.

Malgré son état particulièrement morose et étrangement indolent, Dante, poussé par la curiosité de savoir pourquoi l'appartement de l'autre côté du couloir (du moins, c'est celui qu'il soupçonne être le fautif dans cette histoire de cris), habituellement si calme et silencieux, au point d'en paraître presque inhabité, se retrouve ce soir être le centre de tant de commotion.

Se levant abruptement, Dante enfile ses chaussons avant de se diriger vers la porte d'entrée telle une gazelle. Une fois dehors, il semble étonné par ce qu'il voit. Déjà parce que pour la première fois de sa vie, il se rend compte que son voisin d'en face est le joli monsieur qu'il croise parfois le weekend en sortant de (ou en rentrant dans) l'immeuble. Il se demandait bien quel appartement celui-ci occupait et s'il s'agissait d'un nouvel arrivant ou non : pour tous les malheurs que lui a causé sa mère, elle aura au moins eu le mérite de lui avoir appris à faire un tiramisu parfait.

Dante se retrouve cependant confronté à un dilemme : se permettra-t-il d'inviter cet inconnu chez lui alors que son appartement est un véritable bordel ? Le fauteuil qui est généralement installé face au canapé a été décalé de 10 centimètres, après tout, et le tapis sous la table basse est un peu froissé. Il a même laissé sa veste sur le dossard d'un fauteuil ! Non, non, non, non, non, ça ne va pas.

Et pourtant ... L'homme ne semble vraiment pas en état de rester seul, et risque de réveiller tout l'immeuble pour tapage nocturne, ou, au moins, tout le deuxième étage. « Oh, je vois ... Tu es sûr que ça va aller ? Tu as besoin de passer un coup de fil ? » Parce que Dante fait partie de l'espèce en voie de disparition des « humains qui utilisent encore un téléphone fixe ». Et le sien n'est même pas sans fil.




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Samsam a écrit:
Dante est une adolescente qui ne veut plus de leur amour, sa froideur est leur pilule du lendemain.
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MessageSujet : Re: Un jour sans [Dante]   Dim 23 Déc - 10:49
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Tout allait de travers. Tout était noir. Tout était sinistre, tout lui était insupportable. Ce soir, il rageait, il était en colère contre lui-même, contre les autres, contre son épaule, contre l’armée, contre tout. Il y avait des soirs… Et rien n’allait droit. Il était comme un con devant sa porte d’entrée, hermétiquement fermée. Il n’avait même pas de double. Il aurait très bien pu les glisser sous son paillasson mais les cambriolages et les larcins étaient si nombreux qu’il n’avait pas opté pour cette idée. Il ne faisait confiance à personne. A vrai dire, il s’était replié sur lui-même depuis l’incident de l’armée. Et c’était regrettable, bien que bénéfique. Au moins, il ne laissait personne lui faire du mal. Il ne pouvait le supporter. Plus maintenant. De ce cœur lacéré, il ne restait que des lambeaux qu’il tentait vainement de maintenir. Ce soir, ce fragile équilibre se rompait encore. Il était bourré, certes, mais tout était amplifié et le désespoir, si grand. Il pourrait même se mettre à pleurer devant sa putain de porte. Mais il n’y arrivait pas, comme si ses yeux s’étaient asséchés il y a longtemps déjà.
La colère l’empêchait aussi de ressentir autre chose. Mais il se calma bien vite quand il entendit le bruit d’une porte qui s’ouvre. Il n’était pas ce genre de voisins bruyants. Au contraire, il était calme et silencieux, vivant seul et ne prononçant aucun mot, n’ayant même pas un chien à qui parler. Or là, il se doutait qu’il devait faire peine à voir, accroupi devant sa porte. Il ne reconnut pas immédiatement le visage du voisin, se contentant de le rassurer s’adressant à lui d’une voix pâteuse, mangeant les syllabes et les voyelles. Ça lui demandait un tel effort.

Il baissa les yeux, fixant les chaussons de son voisin, quand il entendit sa voix. Oui, il l’avait déjà entendue. Un voisin silencieux, toujours poli. Il n’avait jamais eu l’occasion de parler avec, parce qu’il était pressé, qu’il était déjà en retard pour un rendez-vous, alors qu’il n’avait pas su se réveiller, encore trop imbibé par une nuit d’ivresse. Et là, ce voisin était le seul à avoir ouvert sa porte. Et plus même, à lui proposer son aide en lui proposant de passer un coup de fil. « Et bien je… » Commença-t-il mais il grimaça bien vite sous le coup de la douleur irradiant dans son épaule. Pour qu’il puisse la ressentir malgré l’alcool, c’est qu’il avait tapé dessus comme un forcené. Son médecin n’allait pas être content… Qu’importe, il n’avait même pas son téléphone portable. Il préférait le laisser à la maison quand il était décidé à boire dehors, pour éviter de faire des bêtises ou d’appeler qui que ce soit. Il préférait être seul, et sans problème, ne voulant pas que le peu de contact qu’il avait, puisse savoir qu’il devenait un déchet. « Si ça v’dérange pas. » Dit-il en se redressant tant bien que mal. Il fut debout, sentant le monde tanguer un peu, jusqu’à ce qu’il se focalisa complètement sur le visage de l’autre. « Merci. »

Et il entra dans l’appartement.
La première chose qu’il remarqua, c’est que tout était propre, bien rangé. Ce type devait avoir une femme exemplaire, lui faisant le ménage et de bons repas, à l’image de sa maman adorée qui avait toujours su tenir sa maison comme personne. Isaac avança doucement, histoire de ne rien casser, suivant son voisin vers le salon, brillant comme un sou neuf. Malheureusement, il ne vit pas la table basse et tapant dedans et s’immobilisa net. « D’solé. » Marmonna-t-il, se sentant pitoyable. « J’suis pas dans m’n était n’rmal. » Et il en devenait presque incompréhensible. Il se passa une main sur son front, la fraicheur de sa peau lui faisant du bien. Il avait trop bu, ça en était presque indécent. « Ah le téléphone ! » Dit-il en voyant un téléphone avec un fil. Le genre de choses qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. « L’est drôle v’te téléhone. » Il en vint même à sourire, avant de se mettre à rire. C’était fou, incontrôlable, parce que la situation était si risible qu’il préférait en rire plutôt que d’en pleurer. Il allait faire quoi avec le téléphone ? Appeler un ami ? Il n’en avait pas. Du moins, en avait-il eu à l’armée. Mais depuis son accident, c’était silence radio et il savait très bien pourquoi. Il n’avait pas envie d’appeler son père ou son frère, coincés au Texas. De toute façon, il les haïssait.
Il n’avait personne.
Et il ne connaissait pas le numéro d’un serrurier. Il n’en avait jamais eu besoin auparavant. « J’suis désolé… J’vous embête… j’connais pas d’serrurier… Ni rien… » Il lui en coutait de le déranger ainsi. « V’savez quoi ? J’vais retourner dans le c’loir et attendre que l’force soit là pour d’foncer la porte, ok ? » Il chercha la sortie mais il était perdu, comme si l’alcool annihilait ses sens, transformant la réalité en autre chose. « Z’êtes gentil en tout cas, merci… » Maintenant, il lui fallait fuir, il s’était suffisamment ridiculisé comme ça. Fallait juste retrouver ses esprits et sortir de l’appartement… Restait plus qu’à trouver par où passer. Sans taper dans la table basse encore une fois.


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MessageSujet : Re: Un jour sans [Dante]   Mer 16 Jan - 4:28
Dante Baldassare
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La relation que Dante entretient avec la faiblesse et la vulnérabilité est particulièrement capricieuse. Parfois, sa compassion se manifeste, lui infligeant le désir presque compulsif de venir en aide à autrui. D'autres, encore, son impatience resurgit pour l'exaspérer devant tant de fragilité. Le concernant, il met un point d'honneur pour masquer au maximum toutes les failles et fissures qui ornent son âme, au point de n'exister qu'à travers les reflets qu'il renvoie de lui-même aux yeux des autres. Quand bien même l'américano-italien n'a pas la larme facile, il préfèrerait mourir que de laisser quiconque témoigner du pathétique spectacle de ses sanglots les rares fois où il lui arrive de céder au poids de ses souffrances. Se retrouver confronté à d'autres qui, eux, n'ont pas cette retenue qu'il s'était efforcé de s'enseigner au fil des années équivaudrait à se retrouver confronté à l'éventualité d'échouer, une possibilité qui lui est tout simplement impensable.

Malgré tout, Dante n'a jamais été de ceux qui aiment s'aliéner leur entourage, encore moins lorsqu'il s'agit des voisins, ces créatures sensibles avec lesquelles on se tisse des liens des plus précaires. Si rester en de bons termes avec chacun d'entre eux, sans exception, permettait de vivre une vie plus agréable, sans la moindre vague, il était contre-productif de chercher à imposer des tensions entre lui-même et les autres occupants du pallier. Après avoir pris toutes ses options en considération, Baldassare se résigne finalement à inviter le voisin d'en face à utiliser son téléphone. En guise de réponse, son interlocuteur commence une phrase qu'il ne termine pas, visiblement frappé par ... Une crampe ? Difficile à savoir. Tout ce que Dante sait, c'est que la grimace à laquelle il a droit ressemble douloureusement à celles qu'il fait lorsque son dos se bat contre lui.

L'homme cherche tout de même à vérifier qu'il ne dérange pas, une attention qui lui marque quelques points positifs aux yeux du brun (dont il manquait cruellement, compte tenu de son état d'ébriété avancée). Dante reste évidemment aussi diplomatique et courtois qu'à son habitude, car exister autrement reviendrait pour lui au même que de ne pas exister du tout. « Bien sûr que ça ne me dérange pas ! » Il grimace cependant légèrement des sourcils en voyant l'homme se redresser avant tant de maladresse qu'on pourrait croire que tout son corps est rongé d'atroces douleurs. Un instant, le comédien hésite à lui venir en aide, avant de se raviser, conscient que dans la même situation, une telle proposition aurait relevé de l'affront. S'il y a bien une chose que l'américain comprend (et respecte), c'est la fierté. Il en a suffisamment pour refaire le monde à son image.

Au remerciement, Dante n'offre qu'un sourire distrait. En vérité, cette intrusion nocturne aura le mérite de lui changer les idées, quelques instants. Cinq minutes auparavant, les traits de Sam se dessinaient de façon tellement nette et vive, dans ses pensées, qu'ils y semblaient marqué au fer rouge. À présent, le visage de son interlocuteur occupe cet espace, ses préoccupations actuelles faisant barrage à la souffrance qu'il écume malgré lui depuis plusieurs semaines, à présent. Cette distraction bienvenue lui permet enfin de respirer à poumons détendus. Pour la première fois depuis que Sam l'avait embrassé, Dante n'a pas besoin de revivre ce moment une énième fois.

Malgré tout, l'ivresse de son « invité » l'enchante guère. Au mieux, elle lui rappelle un Samaël à leurs débuts, insouciant mais joyeux, un peu trop, même. Si Dante avait su à ces moments là à quel point le Kavanagh se baignait dans tout cet univers de substances stupéfiantes, il aurait probablement réfléchi à deux fois avant de sauter le pas. Au pire, l'ébriété du voisin lui rappelle celle de sa mère ; une demoiselle ravagée par le temps et les désillusions, anéanties par une flopée d'amours non-réciproques et des rêves écrasés par les dures réalités d'étoiles. De son existence ne restaient à présent plus que des poussières d'étoiles.

Les dents du Baldassare grincent légèrement en entendant un bruit sec derrière lui. Il ne sait pas si sa pitié se dirige davantage vers la jambe de l'invité ou vers cette pauvre table qui n'avait rien demandé à personne et qui, à présent, devait probablement être complètement décalée par rapport à sa position d'origine. Retenant le soupir qu'il aimerait pourtant libérer, ses sourcils se froncent pour marquer une légère inquiétude. Son voisin, quant à lui, semble s'émerveiller devant son téléphone, à croire qu'il n'avait jamais vu une pareille pièce de collection. « Il s'agit d'un téléphone fixe. Peut être devrais-tu t'asseoir un peu ? » Mais l'homme ne semble pas vraiment l'entendre. Il commence à expliquer ne pas connaître de serrurier, et Dante aimerait bien lui agiter le bottin téléphonique sous le nez, mais se ravise, conscient que cela n'aura probablement pas l'effet escompté. Clairement, il n'est en aucun état de rester seul. « Clairement, tu n'es pas en état de rester seul. » affirme-t-il finalement d'un ton (un peu trop) autoritaire. Croisant ses bras sur son torse, le comédien fixe son interlocuteur, pesant le pour et le contre de la situation pour savoir quelle serait la meilleure solution à adopter : appellerait-il un serrurier et passerait-il sa nuit à l'attendre avec lui ou choisira-t-il la solution de facilité en lui offrant le gite le temps qu'il retrouve ses esprits ? Certes, le quartier est mal famé mais ... Pour le nombre de fois qu'ils se sont croisés en rentrant et en sortant de l'immeuble, il est plutôt évident, aux yeux du Baldassare, qu'il a véritablement affaire à l'un de ses voisins et non à un invité de la rue.

« De toutes manières, aucun serrurier ne viendrait à pareille heure pour un prix raisonnable. Pourquoi ne restes-tu pas ici ? Jusqu'à demain matin. Le canapé n'est pas très confortable, mais ce sera déjà mieux que de t'endormir dans le couloir. J'ai un plaid et un oreiller de rechange que je peux te prêter. » Sa mère n'avait peut être jamais pu revendiquer le titre de « meilleure mère de l'année » mais elle avait au moins eu le mérite de lui inculquer les bonnes manières.




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Samsam a écrit:
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MessageSujet : Re: Un jour sans [Dante]   Dim 10 Fév - 9:40
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L’alcool l'empêchait d’être écrasé par une immonde culpabilité. Alors qu’il était, de base, un être discret, voilà qu’il se transformait en un voisin classé dans la catégorie des boulets. Ce n’était pas sa soirée, ni sa nuit. De toute façon, sa vie n'était qu’une succession de merdes s’enchaînant les unes avec les autres. Quand tout cela allait-il cesser ? Quand allait-il enfin pouvoir respirer un peu de bonheur ? Tout lui paraissait être terriblement compliqué. Cette nouvelle addiction à l’alcool ne l’aidait en rien et voilà qu’il sympathisait avec le voisinage de la pire des manières, s’auréolant d’étiquettes peu flatteuses, incapable de réfléchir. S’il avait eu l’esprit plus clair, il aurait cherché un serrurier dans un bottin, cherchant quelqu’un bossant 24h/24. Il devait forcément y en avoir un. Mais Isaac n’était pas en état de fonctionner ainsi, écoutant à moitié son voisin qui l’invitait à s’asseoir. Isaac ne voulait pas l’embêter, se disant que la meilleure des solutions était de retourner dans le couloir et attendre que trépas ne se fasse. Il bougonnait tout seul, entendant alors le voisin déclarer qu’il n’était pas en état de rester seul. Isaac se tourna vers lui, fronça les sourcils. Le monde tanguait, il avait, sans doute raison, mais c’était plus difficile à admettre que cela paraissait. Ça demandait suffisamment de recul sur soi-même. Il sentait son cœur se tordre, écrasé par la culpabilité qui le submergeait un peu trop. Ses épaules se mirent à trembler doucement, s’affaissant un peu. « J’suis d’solé… » Souffla-t-il d’une voix misérable. Il fallait qu’il parte de là. Mais le voisin se révéla être une personne vraiment gentille. Face à un être aussi inhibé qu’Isaac, ce dernier lui proposa de dormir ici, sur le canapé, d’attendre le lendemain matin pour appeler un serrurier plutôt que d’avoir à faire avec le premier venu. « J’connaissais p’rsonne de cet immeuble… Mais … Mais z’êtes gentil, vous… » Murmura-t-il doucement à l’encontre de l’homme qu’il dévisagea, avant de soupirer, de venir lentement s’asseoir sur le canapé. « Merci. » Et il lui adressa un sourire vaseux, acceptant l’aide que l’autre lui offrait.

Ça paraissait être rien mais pour Isaac, c’était beaucoup. Il était touché au plus profond de lui-même, de cet homme qu’il avait dû croiser quelques fois, même si pour l’heure, il ne s’en rappelait pas forcément. Peut-être que demain tout serait plus clair.
Il laissa son hôte lui offrir la couverture et l’oreiller afin qu’il puisse dormir. Isaac ne bougea pas de son séant : il était intimidé, déjà qu’il avait tapé dans sa table basse. Il ne tenait pas à casser quoi que ce soit. Même s’il était bourré, son mot d’ordre était de se comporter comme un être invisible afin d’être le moins possible bruyant pour son hôte. Déjà qu’il abusait, suffisamment, de sa gentillesse. « J’vous promets de partir le plus vite possible… M’sens tellement naze à l’idée … d’abuser de v’te générosité. » Il se frotta les yeux, sentant ces derniers le picoter, lié à la tristesse et une fatigue extrême. « Boire, ça soulage… Mais… ça anesthésie tout. » Il secoua la tête et ajouta d’une voix qui se brisa. « Faut qu’j’arrête…. » Les yeux se posèrent sur cette table basse immaculée, tout comme l’appartement entier, visiblement. Sa gorge se noua, les yeux le brûlant par les larmes menaçant de le submerger. « ’Fin, j’vais me taire… Chuis d’jà assez pathétique dans l’ensemble… » Il s’essuya les yeux brièvement, relevant son regard vers l’homme. « Votre prénom… C’est quoi… ? »
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