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 Wasted night and broken shoe (Isaac)

MessageSujet : Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyMer 17 Oct - 16:44
Addison Richards
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Wasted night and broken shoe17 octobre 2018 - Vers 23h - @ Libre
Un verre de trop. Juste un de trop. Le verre de plus, qui claque sur le comptoir un peu trop brutalement, un peu trop violemment. Et l’alcool pique un peu plus que d’habitude lorsqu’il se faufile au travers de la gorge déjà anesthésiée. Il semble tanguer plus rapidement contre les rebords du verre, liquide ambré qui fait des vaguelettes, comme s’il allait s’échapper des barrières transparentes qui le retient. Mais la flamme est si agréable contre les entrailles, douceur infinie, acide tendre qui grignote l’intérieur, enfonçant ses griffes dans l’âme alors que l’esprit chavire. Le verre de trop, celui qui ne faut pas boire, celui qui fait dépasser la ligne entre deux états.

Je quitte le bar en titubant, aucun regret sur le bord des lèvres lorsque je manque de m’étaler sur le pavé dès le premier pas. Ce verre que je me suis convaincue d’avoir besoin, l’énième d’une soirée en face à face avec ma solitude. Boire entourée d’inconnu, ce n’est pas quelque chose dont j’ai l’habitude, préférant le confort d’un verre de vin et la familiarité de mon canapé, mais l’esprit voulait autre chose ce soir. Un anonymat au milieu des avinés, un sentiment corrompu de solitude inachevée. Un visage parmi les autres, une voix au centre des rires gras et des paroles incompréhensible. Le bar était plein, l’appartement désert, un choix facile à faire.

Le vent me cueille par surprise et je remonte le col de mon manteau, le trottoir est humide, il a dû pleuvoir encore. Temps automnal, les feuilles commencent à tomber, la nuit fait la course avec le jour et gagne d’un peu plus de seconde à chaque fois. Mes talons claquent sur le pavé, j’allume une cigarette au coin de mes lèvres. Autant empoisonner l’organisme un peu plus, non ? Une main contre le mur, je marche tant bien que mal, adrénaline qui pulse au travers des veines, la très nette impression de pouvoir briser des montagnes à mains nues. Sourire stupide aux lèvres, j’ai les pensées qui fusent, et je me vois parcourir la ville à pied pour y retrouver Manhattan, franchir la porte qui m’est désormais interdite et attraper mes enfants par la main. Prendre un avion, les emmener, disparaître, loin, loin, loin. Un plan parfait, jamais mon mari pourrait nous retrouver.

Une voiture klaxonne, des phares se rapprochent et je plisse les yeux, réalisant que je suis au milieu de la route, une voiture stoppée devant moi à attendre que j’avance. D’un signe de main je m’excuse, et continue à me traîner. Au moins, j’ai toujours la décence d’emprunter les passages piétons. C’est bien ça. High five mental et je choisis d’ignorer la partie raisonnable qui tape du poing dans le cerveau. Plus que consciente de mon état d’ébriété, je termine la cancéreuse, la piétine sur le pavé et continue à avancer. Poids sur l’âme qui s’installe, l’adrénaline redescend peu à peu, l’alcool change, sa danse devenant un peu plus une torture à chaque nouveau pas. Je glisse sur le bitume trempé, le talon claque, craque, fait un bruit bien trop fort pour un talon, si vous voulez mon avis. Moi je tombe. Comme une vulgaire poupée, une main en avant pour tenter de minimiser l’impact. Un cri ridicule m’échappe. Je ne peux empêcher la culpabilité de s’installer, même si c’est la faute de la pluie, bien évidemment, ce temps de merde qui a tout causé. Puis ces chaussures à la con aussi. Et le trottoir mal fait.

La rue reste déserte lorsque je regarde autour de moi. Je ramasse mon peu de dignité et reste assise sur le trottoir, une chaussure brisée entre les doigts. Le talon s’est envolé je ne sais où. Je me sens bien minable d’un coup, elles sont loin les montagnes et les envies de liberté. Geste rageur et je lance la chaussure cassée au loin, l’injuriant de tout les noms. Je gueule ma colère au ciel, comme si les nuages allaient m’écouter, sans réellement me rendre compte que la pluie n’a jamais commencé à couler mais que c’est bien moi, qui suis en train de pleurer. Elle est bien belle la demoiselle aux poches bien remplie, la presse à scandale s’en donnerait à cœur joie si elle pouvait me voir, elle écrirait même ses torchons sur mon dos, un bureau de qualité et l'occasion d'être à vif du sujet. Ricanement léger qui résonne parmi les lampadaires, pendant que ma dignité continue de s’émietter.

Le verre de trop je vous dis, c’est fatal selon les soirées.






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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyDim 4 Nov - 10:51
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Il avait fini la soirée dans un bar comme de trop nombreuses fois, d’ailleurs. Toujours régi par ce besoin de tromper l’ennui par l’ennui, Isaac s’était, encore une fois, perdu dans les méandres de l’alcool. Le whisky lui faisait du bien, anesthésiait ses sens, lui permettait d’avoir un peu moins mal à l’âme et au cœur. En général, il vérifiait rarement où il s’engouffrait, qui s’y trouvait. Il se foutait dans un coin du bar et puis, il buvait sans jamais faire attention au nombre de verres, à ce qu’il y avait comme ambiance dans le lieu choisi. Il était loin de tout, enfermé dans sa solitude et dans ses regrets. Isaac, petit à petit, sombrait. Ça commençait toujours ainsi. Le refus d’assumer la majorité de ses erreurs ne l’aidait pas. Les souvenirs d’un acte violent revenaient sans cesse. Et l’alcool lui permettait de s’échapper dans un monde doucereux où il évoluait en spectateur indolent, qui ne se doutait de rien… Jusqu’au moment de la chute, où il atterrissait sur un sol froid et gelé, lui rappelant tout ce qu’il était devenu. Un moins que rien, un estropié qui refusait d’admettre ce qu’il était réellement, cette différence qui le rendait trop normal, ce besoin de l’Autre qui générait ce manque, après tout ce temps et à jamais. Et quand cette souffrance se réveillait, dans cette Chute, alors Isaac ressentait cette envie d’oublier, de se sentir bien. Et le verre apparaissait par magie, devant lui et la brûlure dans sa gorge l’aidait à s’endormir, à redevenir un être doté de si peu de douleurs. Un temps éphémère… Un temps où la nuit l’enveloppait… Là où les démons dansaient ensemble, chantant en chœur une insoutenable symphonie, écho à son cœur blessé.

Il sombrait lentement et inexorablement.

« Il m’faut un aut’ verre… » Bougonna-t-il à l’encontre du barman qui l’observait depuis un moment déjà. Les cadavres des verres de whisky se trouvaient devant lui. Isaac les buvait trop vite mais il appréciait cet état cotonneux dans lequel il se trouvait. Tout était engourdissement et anesthésie de tout. Même la musique lui paraissait plus lointaine. « Taylor, tu devrais rentrer chez toi. T’es imbibé là. » Il plissa les yeux, observant le barman. Avec un peu d’effort, il réalisa qu’il devait le connaître. « Toi… » Dit-il en fronçant les sourcils et le pointa d’un doigt vacillant. « On s’connaît ? » Oui, et d’où il le connaissait ? ça lui paraissait si difficile de se rappeler. Beaucoup de choses étaient compliquées à se remémorer de toute façon. Même son appartement. Il se trouvait où déjà ? Dans le Queens ? Sur Long Island ? Bon sang, ça devenait pitoyable à force. « Tu viens souvent ici, quand tu n’es pas bleu, nous avons souvent discuté. » Le barman le regardait presque avec un air de pitié, chose qu’Isaac ne supportait plus. La pitié des autres, le reflet de son âme qui le regardait avec consternation. De ce qu’il était en train de devenir, de ce qu’il avait été, autrefois. « De toute façon, t’as plus de frics sur toi. Tu te souviens même pas que tu bois gratuitement depuis quelques verres… Rentre chez toi, maintenant. » Se faire jeter comme un malpropre. Il aurait pu s’insurger, avoir un peu de dignité mais il sentit son monde tanguer quand il se leva de sa chaise. « ’te faire foutre… » Dit-il avant de rebrousser chemin et de sortir du lieu bondé. Il ne savait même pas où il se trouvait. La fraîcheur de l’automne lui fit du bien, lui remettant un peu les idées en place même s’il planait toujours, perdu dans les méandres de l’ivresse. Il marcha un peu, histoire de se dégourdir les jambes, ignorant les élancements de son épaule. C’est là qu’il remarque la silhouette au sol. Entre pleurs et ricanements, il ne sait ce qu’elle a et il s’approche d’elle, doucement. Un peu trop d’ailleurs, il pourrait presque faire peur et il le fait parce qu’il n’est pas certain de ce qu’il voit. Il plisse un peu les yeux et remarque qu’il s’agit d’une femme, aux cheveux blonds, visiblement en plein désarroi. « ’Scusez-moi… » Qu’il marmonne d’une voix hésitante. « Tout v’bien ? » Dit-il en sachant très bien que ça ne va pas. Mais il ne sait pas quoi dire d’autre. Tout est brumeux. Il aurait presque de s’asseoir à côté d’elle.

Ça tanguait tellement ce soir.
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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyLun 5 Nov - 5:36
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Wasted night and broken shoe17 octobre 2018 - Vers 23h - @Isaac Taylor
Les doigts massent la cheville endolorie, les larmes tombent silencieuses et pourtant mon esprit embrumé semble les entendre s’échouer lourdement contre le coton de mes vêtements. Je dois être bien pitoyable à voir. L’alcool si réconfortant se transforme en ennemi, situation plus que familière me rappelant que peut-être, juste peut-être, il serait mieux de ralentir sur la bouteille. Du moins jusqu’à ce que le chaos de la vie se soit calmé. Sourire triste d’adressé à la rue, et j’attrape mon téléphone parcourant les quelques contacts enregistrés dans le carnet. Mes doigts s’arrêtent sur plusieurs noms, plusieurs conversations imaginaires se démarrent dans l’esprit. Je pourrai supplier le mari de venir me chercher, demander du réconfort au morceau de glace qu’est ma mère. Ou peut-être même tenter de retrouver le soleil au côté d’une brune à la tendresse brûlante. Soupir, le portable retombe dans mon sac à main. Ce soir, il n’y aura que la solitude qui m’accueillera de ses griffes empoisonnées.

Des bruits de pas se rapprochent et je passe mes mains sur mon visage d’un mouvement brusque, tentative vaine d’essuyer les dégâts salés et autres sillons noirs que le maquillage aurait laissé. Un homme se tient là, à quelques mètres, il s’avance, doucement, lentement. On dirait un dresseur de cirque qui cherche à calmer sa bête enragée. Le pauvre bougre n’a pas l’air au courant que l’animal devant lui n’est qu’une lionne esseulée, blessée, prête à laisser tout tomber. Il marmonne, mange les syllabes. « Tout v’bien ? » Je ricane, hausse des épaules. « Oui, oui, tout va bien. »Réponse mécanique, plus que consciente que mon visage dit le contraire. « Écoutez, si vous voulez me faire la peau, faites donc, mais faites vite, j’aimerai rentrer chez moi finir la soirée. » Les mots restent articulés, malgré la gorge sèche, la politesse automatique, c’est à cela qu’on voit que j’ai été éduqué par les masques d’apparences aux cous ornés de perles nacrées. Aucune méfiance, ni arrière pensée, je fais presque glisser mon sac vers lui, qu’il prenne ce qu’il veuille et disparaisse, ça me donnera une bonne raison de reprendre un verre en revenant à l’appartement. Pour calmer les nerfs comme m’a tant de fois répété la figure maternelle avant de vider un verre d’un seul trait. Souvenir impérissable dans mon esprit, la beauté vénusienne de celle qui m’avait porté, ses traits tirés, les joues bouffies, du venin plein les mots et un verre entre les doigts. « Ce n’est rien, ma chérie » qu’elle me murmurait à chaque fois avant de me presser à aller jouer ailleurs. Peut-être que je ne serai jamais un modèle de mère, mais au moins les angelots n’auront jamais à me voir ainsi.

C’est vrai que les abandonner, c'est tellement mieux.

Soupir, l’attention se reporte vers cet homme qui semble bouger dans tout les sens, dieu que j’aimerais avoir une bouteille sous le coude, là maintenant. « Et vous, ça va ? » Mouvement de menton vers lui, je l’interpelle, débute une conversation sans grande conviction. J’en ai plus grand-chose à faire qu’il me détrousse ou non. Ce soir le moindre prétexte est bon pour combler les plaies béantes que la Solitude a causé.  






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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyMer 5 Déc - 6:17
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Il s’était approché doucement, presque craintif, vers cette femme au sol. Dans les ruelles du Bronx, tout pouvait arriver. Le loyer n’était pas cher mais il y régnait une insécurité constante. Isaac ne l’aimait pas mais il n’avait pas le choix, il faisait avec. Il avait quitté son précédent appartement par souci financier, parce que les rentrées d’argent, en arrêt, n’étaient plus les mêmes. Et puis, il y avait tous ces souvenirs. Ici et là… Ces souvenirs qui le dévoraient trop, l’empêchant d’avancer même si dans son appartement, au deuxième étage de cet immeuble miteux, ce n’était guère mieux. Il était dans une constante errance et ce soir, il rencontrait une personne ayant tout besoin d’aide. Du moins, le croyait-il. Il n’osait pas s’approcher, il avait conscience de ne pas être complètement lucide, la moitié de son cerveau inhibé par l’alcool. Pourtant, la femme lui répondit d’une voix assez sèche. Tout allait bien selon elle. Il s’apprêta à repartir aussitôt mais elle reprit la parole et ses mots le fit écarquiller les yeux. « Mais je… » Il se tut, abasourdi. Pourtant, il ne devait pas être surpris : il vivait dans le Bronx. Peut-être avait-elle vécu des horreurs terribles ici faisant qu’elle ne croyait plus en la bonté humaine ? Un peu comme ce soldat novice à qui l’on remettait une arme de guerre tout en l’envoyant dans un pays où le chaos régnait ? « J’vous veux ‘cun mal. » Marmonna-t-il en fermant les yeux, sa main venant s’échouer contre un lampadaire se trouvant à côté d’eux. « C’juste qu’ici… C’est pas très sûr… » Des viols, des larcins, de la criminalité à gogo, c’était le merveilleux monde de New York, l’envers du décor que personne ne révélait. Ici, on vivait, on crevait et l’on s’oubliait. Isaac s’en rendait bien compte en évoluant chaque jour, ici. En ayant que ça à foutre tout en attendant une issue heureuse à sa vie.

Il n’y avait pas d’espoir…



Il rouvrit les yeux lorsque la femme lui accorda plus de crédit à sa requête, demandant si lui allait bien. Il se surprit à sourire, restant fixé à son poteau lumineux, tel le mari s’accrochant à son phare en pleine tempête. « C’plutôt à vous qu’il faut demander. » Il prit le temps, cette fois-ci, de l’observer. Elle n’avait pas l’air d’être traumatisée. Certes, son visage éclairé par la lumière de la ville, laissait voir des sillons de larmes, un regard brillant … Mais point de traumatisme, pas d’éléments qui permettaient de croire qu’elle avait croisé l’Horreur. Peut-être une mauvaise chute ? Un malaise ? Mais que faisait-elle sur ce trottoir, ainsi, à porter le poids de la misère du monde sur ses épaules ? « J’ai cru que vous aviez été agressée. » Dit-il en faisant un effort immense pour paraître cohérent. Les pensées se bousculaient en lui, et l’envie de plonger dans un coma duveteux aussi. C’était au point de ne plus sentir l’extrémité de ses doigts, la sempiternelle douleur à l’épaule.

Et l’espoir dans tout ça ?



Isaac tenta de s’approcher d’elle pour lui tendre la main et l’aider à se relever. Mais le lampadaire était devenu un puissant allié. Il ne prenait pas le risque de tomber, tête la première, et de se faire mal. « J’ai trop bu. » Dit-il, soudain, sur un ton sonnant comme un aveu. « Mais le lamp’daire est mon m’lleur ami… J’crois qu’j’l’aime bien… » Dit-il avec un sourire en coin. Il fixa le regard de la blonde. « Mais sinon, z’êtes tombée ? Vous … Avez b’soin d’aide ? » Il se racla la gorge, s’intimant l’ordre de faire un effort pour articuler et paraître moins pitoyable. Il l’était de toute façon. Il en avait conscience chaque matin. Il regrettait ses excès et dès que la nuit faisait sa nouvelle apparition, il replongeait. « Vous pouvez vous r’lever ou… J’appelle un ambulance ? » C’était si étrange comme rencontre. Le hasard, un endroit miteux, un trottoir.. et Isaac qui restait là, accroché mais désireux d’aider celui qui en avait besoin.

A la voir ainsi, il pensait à cette éventualité que son cœur à elle soit aussi amoché que le sien.
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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptySam 5 Jan - 13:22
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Wasted night and broken shoe17 octobre 2018 - Vers 23h - @Isaac Taylor
Peut-être que c’est le verre de trop qui me rend ainsi. Animal sauvage, les dents sorties et les griffes prêtes à frapper. Animal blessé, peureux dans cet environnement souillé. Le Bronx n’a jamais été berceau de la sécurité, j’y ai vu des choses que j’aurais préféré oublier, alors comment, comment ne pas me jeter à la gorge du premier venu lorsque je suis en position de faiblesse, la chaussure brisée et la dignité tout aussi salie ? Et pourtant, pourtant le regard de l’inconnu s’assombrit face à ma remarque cinglante, et je regrette presque instantanément le ton utilisé. J’ai du mal à croire que le Bronx n’abrite pas que des ordures, du mal à me dire qu’en effet, sous la crasse environnante il existe tant bien que mal quelques âmes toutes aussi en peine que la mienne.

Des âmes toujours humaines.

Et il s’applique à expliquer, il tente de se justifier, se raccroche à un lampadaire pour éviter à son tour de s’écrouler. Alors, je lui tends une main faite de syllabe, parce que moi, j’ai l’adrénaline qui court dans les veines, ayant chassé les molécules d’alcool pour mieux être préparée au danger, et bientôt, bientôt celle ci retombera, telle une vague elle viendra s’échouer sur une plage bétonnée, laissant derrière elle un corps vide et déshydraté. La chute sera brutale, je le sais déjà, c’est toujours la même rengaine, sauf qu’en général je suis déjà au fond des draps lorsque le corps se retrouve vidé. En général, les bras de Morphée sont déjà solidement accrochés autour de ma silhouette empêchant les tourments habituels de revenir à grande foulée. Je remue la tête face aux paroles de l’inconnu, confirmant en silence que non, non je ne me suis pas faite agressée, et je lui accorde même un sourire quand il met des mots plus qu’évident sur son état. « J’ai trop bu. » Sourire qu’il me rends presque instantanément, consciemment ou non, alors qu’il s’accroche au lampadaire, des questions pressantes se jetant du bord de ses lèvres.

« Je suis tombée oui. » Soupir léger, les épaules tombent, le sourire aussi. « Voyez le truc là bas ? » J’ai le bras qui se lève, pointant du doigt la chaussure brisée. « C’est mon escarpin. Mon talon s’est cassé et j’ai... » Une pause, un rose léger qui danse sur les joues, de l’embarras, presque de la honte qui apparaît lorsque je réalise que sans alcool je n’aurais jamais réagit ainsi. « J’ai réagi de manière beaucoup trop impulsive, je crois. » Les dents s’accrochent à la lèvre inférieure, le regard tombe sur le bitume tandis que les doigts massent automatiquement la cheville toujours un peu endolorie. Je considère sa seconde question pendant quelques secondes, réalisant qu’une ambulance voudrait dire un appel au mari, ce qui vu l’heure actuelle,  ne serait pas la meilleure des choses. « Non, pas besoin d’ambulance, ma cheville va bien. » Voix légère pour masquer la grimace lorsque je fais une démonstration et bouge le pied. « Je pense que je vais juste rester ici un peu. » Les yeux se tournent vers l’horizon, des paroles prononcées plus pour les étoiles que pour l’inconnu, comme si elles allaient soudainement descendre de leur toile bleue foncée pour venir m’enlacer.

« Vous n’êtes pas obligé de rester, je vais bien. » Les mots sonnent plus durs que je le voulais, regret instantané et je lui jette un coup d’œil, supprimant un sourire lorsque je le vois chavirer contre son lampadaire. « Enfin, vous êtes le bienvenu aussi. Je ne dirai pas non à un peu de compagnie. » Et je laisse le bruit d’une voiture de passage emporter mon aveu, je sais bien que dans le fond l’issue de la soirée m’importe peu. Qu’il reste, qu’il parte, qu’il vienne s’asseoir à mes côtés. Ça ne changera pas grand-chose, ce soir c’est bien seule que je rentrerai. Mais malgré tout, tout au fond de l’être, il y a cette partie qui subsiste, celle qui continue de croire, celle qui a encore espoir.

Un espoir bien inutile face au gouffre dans lequel je me suis volontairement jetée, si vous voulez mon avis. 






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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyDim 10 Fév - 9:38
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D’ordinaire, il les ignorait, tous ces gens qui souffrent en silence… D’ordinaire, il passait son chemin, préférant regarder droit devant lui, afin d’éviter de croiser leur regard. Isaac ne pouvait rien faire pour eux. Et pourtant, pour elle, pour cette inconnue assise sur le bord de ce trottoir, il s’était arrêté, il s’inquiétait, il questionnait en espérant que ça ne soit pas trop grave. Etait-ce l’alcool ou le sentiment que cette fois-ci, c’était différent ? Le militaire ne savait que penser, agissant avec instinct sans vraiment trop se poser de questions. Les nuits ici, se révélaient être pleines de surprises. Et ce soir ne dérogeait pas à la règle. Ils se parlaient avec l’hésitation des gens ayant trop abusé de la bouteille. Il ne tenait debout que parce qu’il y avait ce lampadaire, questionnant la blonde sur ce qu’elle fichait par terre. Il s’inquiétait mais il fut bien vite rassuré quand elle révéla le fin mot de l’histoire. Sa chaussure lui avait fait défaut, elle était tombée, ne manquant pas de sous-entendre qu’elle avait perdu son calme. Isaac ne put s’empêcher de sourire, face à  la franchise de la blonde. Au moins, elle n’avait pas besoin d’une ambulance et c’était déjà une bonne chose. Avec du recul, il valait mieux que personne de cette profession ne les voit, ronds comme des boulons. Il ne manquait plus qu’Isaac finisse dans une cellule de dégrisement, à décuver et à méditer sur ce besoin de s’enivrer, d’oublier un peu. Et adossé contre ce lampadaire, l’absence de douleur lui faisait du bien, tout comme la présence de la femme. Elle lui indiqua rester ici, le rassurant quant au fait que tout allait bien. Cependant, Isaac ne se sentait pas de rebrousser chemin pour rentrer chez lui, il ne tenait pas vraiment debout alors… « J’crois que je vais rester accroché là… J’ai trop bu… » Et il l’avait déjà dit. Voilà qu’en plus d’être bourré, il radotait comme un vieux.

Il soupira un peu, fermant les yeux quand la blonde lui proposa aussi de rester. Sa compagnie ne semblait pas la déranger. Les yeux aciers du militaire glissèrent vers cette frêle silhouette. « J’dis pas non, non plus… Personne ne m’attend à la maison… » Avoua-t-il d’une voix un peu plus rauque qu’à l’ordinaire. Il se racla la gorge, et pris sur lui pour ne pas tomber quand il se détacha du bien aimé poteau et venant s’asseoir à côté de la blonde. L’air frais faisait du bien, empêchait de vouloir s’allonger à même le sol et de sombrer dans l’éthylisme le plus total. « Personne ne s’inquiètera… » Souffa-t-il, avant de se masser les tempes un peu. Histoire de se soulager un peu les neurones, histoire de reprendre contenance, d’arriver à prononcer quelques mots sans avaler la moitié des voyelles. « J’dois avouer que d’o’dinaire… J’cuve en solo. » Il pouffa de rire, se tournant vers la femme et tendit sa main, un peu hésitante. « J’m’appelle Isaac. Et vous ? » L’atmosphère semblait être moins tendue, comme si passé les surprises premières d’une telle rencontre, tout était comme normal. Au moins, ces cœurs esseulés se tenaient compagnie. Et la présence, la chaleur humaine qui découlait, à côté de lui, lui faisait du bien. Habitué d’une vie de solitaires, Isaac s’abreuvait du contact de l’autre. « J’ai bu je ne sais combien de verres… Et pourtant, je ne dirais pas non à un autre… » Malgré qu’il pouvait très bien le gerber ensuite. De toute façon, il savait déjà que demain serait un jour de parfaite gueule de bois, qu’il se dirait encore d’arrêter de boire. Oh oui… S’arrêter jusqu’à la nouvelle nuit, sentir la vieille terreur de son traumatisme. Et puis, il reprendrait le chemin vers le bar, la bouteille et le soir venu, la rengaine resterait la même. Comme toujours. « C’était pour oublier un peu ou bien, faites-vous partie de ceux qui tombent au premier verre ? » Osa-t-il demander, se questionnant sur les maux qui pouvaient ronger une belle femme comme elle, au point d’être ici, seule dans cet alcoolisme qui ne justifiait plus rien.
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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyDim 24 Mar - 14:19
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Wasted night and broken shoe17 octobre 2018 - Vers 23h - @Isaac Taylor
La nuit semble beaucoup plus longue qu’a l’accoutumé. Ou peut-être est-ce l’alcool qui rallonge la présence des étoiles, passant sous silence les rayons du soleil qui ne tardera sûrement plus à se lever. Je pourrai toujours regarder l’heure sur l’écran lumineux de mon téléphone, me décider à appeler un taxi pour être raccompagnée chez moi. Et dormir, fuir la réalité d’une nuit éternelle au goût ambré d’un whisky trop souvent consommé. Mais il y’a l’homme qui est là, l’inconnu qui titube, enlace le lampadaire comme un bateau amarré contre son quai. Et la force me manque, la volonté aussi, l’envie tout simplement. De me lever, de me relever, de faire les quelques pas, récupérer la chaussure brisée, reprendre la route, rentrer. Faire comme si de rien n’était, comme si les plaies ne s’étaient pas remises à saigner, à suinter de solitude empoisonnée.

La fatigue accompagne mes mots lorsque j’explique ma situation au barbu, ridicule que je réalise, moquerie intérieure qui se déchaîne, la honte semble vouloir venir me railler elle aussi, cependant elle se voit rejetée par un esprit qui danse encore avec les douces effluves des verres de ma soirée. Je le rassure, lui annonce que moi, moi je compte rester, tout en passant sous silence les nuages sombres qui couvrent peu à peu l’esprit, tout en évitant de mentionner le vide qui m’attends chez moi, le silence, le néant. Ce gouffre qui me suit constamment entre les murs à peine décoré de mon appartement. Mon appartement. Même ses mots là me semblent étranges, étrangers, pas à leur place, véritable réalité parallèle qui m’a été plus ou moins imposée. Et oui, certes, certes, je l’ai choisi, pour le bien être d’une famille à préserver. Mais je n’aurais jamais pensé que cela serait aussi compliqué, que les murs seraient aussi froids, que les rues me sembleraient aussi sombre et que les journées ensoleillées parviendraient à peine à tirer le sourire caché sur le rebord de mes lèvres mécanisées.

Main tendue que je tends en parole, ma voix qui résonne presque dans la nuit, à en faire trembler les chats errants et les comètes perdues au-dessus de nos têtes. La mienne se baisse, de tête, les yeux rivés sur le pavé à observer les tas de feuilles humides qui sont coincées dans la grille d’égouts. Et l’homme me parle, un aveu à demi prononcé pour lui aussi, sa voix rauque se rapproche lorsque d’un élan qui paraît surhumain il se détache enfin du lampadaire pour venir me rejoindre plus proche du centre de la Terre. Ses mots viennent cueillir le myocarde entre leurs doigts, serrant tendrement le muscle comme s’il était invincible, incassable.

Est-ce qu’on s’inquiéterait, pour moi ?

« Addison » Je lui réponds d’un sourire presque niais, contraste immédiat entre le visage doux et le chaos qui s’anime dans mes pensées. Et Isaac parle, Isaac commente, Isaac mange des syllabes sans s’en rendre compte. J’acquiesce, me retenant de lui dire que j’en ai des bouteilles chez moi, des bonnes en plus, des pleines et des moins pleines, que j’ai des verres aussi, que c’est possible de finir la nuit à se brûler la gorge avec autre chose que du sel. Le silence s’installe pendant quelques secondes entre nous, quelques secondes où j’ai presque envie de laisser ma tête se poser contre l’épaule de l’inconnu, me laisser porter par l’instinct d’un cœur esseulé, le besoin hurlant du contact humain. Mais le cou reste raide, les yeux rivés sur l’horizon désormais, dessinant les briques manquantes sur le mur qui nous fait face. « Pour oublier, je crois...M’oublier surtout. » Rire léger, amer, triste de vérité. « J’ai voulu sortir pour être entourée, espérer trouver deux trois personnes peut-être avec qui discuter, mais voilà c’que je récolte. »Les mains se soulèvent, les épaules s’haussent, le ton sonne défaite contre ma langue. « Une paire d’escarpin cassée et une belle gueule de bois qui s’annonce demain. Et vous, vous chercher à fuir quoi en cette belle soirée ? » Parce que ça me semble juste de renvoyer la balle dans son camp, parce que ça fait durer la conversation, parce que ça éloigne l’heure fatidique où il faudra rentrer. L’heure où il faudra retrouver l’appartement vide aux murs blancs.






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MessageSujet : Re: Wasted night and broken shoe (Isaac)   Wasted night and broken shoe (Isaac) EmptyMer 24 Avr - 8:27
Isaac Taylor
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Son cœur était si lourd, et son âme en peine. Il errait sans trop savoir où se trouvait son chemin. Et maintenant qu’il était agrippé à ce lampadaire, il ne comptait plus bouger, ni partir de là. Il avait peur de défaillir s’il venait à tout lâcher. Il avait vraiment trop bu. Mais il tenait la conversation, mangeant parfois les syllabes, s’envolant vers d’autres mondes où la lucidité n’était pas maître, avant de revenir sur Terre.
Elle s’appelait Addison, et il lui répondit par un sourire. Il trouvait ça cela joli, doux. C’était frais. Et il était curieux de savoir pourquoi cette personne se trouvait ainsi, par terre, avec des chaussures cassées en main. Que pouvait-elle avoir ? Est-ce qu’il s’inquiétait, peut-être, pour rien ou a juste titre ? Il garda le silence pendant qu’elle lui répondît.
Et il ne put s’empêcher de se retrouver dans ce qu’elle disait, vouloir s’oublier en buvant un coup, décompresser un peu, et finalement, se retrouver dans une situation plus que compromettante. La façon dont elle le disait, était emplie d’humour et d’ironie. Mais il en éprouvait que de la compassion. « Je suis de ceux qui trouvent que c’est une bonne idée, parfois. S’oublier un peu, c’est aussi oublier les problèmes et le négatif. » Répondit-il avec un sourire encourageant.
Il comprenait
Parce qu’il était pareil, qu’il agissait de la même façon. Au milieu de cette nuée, au milieu de ces bavardages, de ces gens heureux de se retrouver, au milieu des éclats de voix, de la musique, des cris, des chants, des rires, Isaac lui, était immensément seul.
Et la solitude lui pesait bien qu’il l’avait choisi de pleine volonté, qu’il avait renié son âme sœur au profit d’une aspiration, qui n’était pas la sienne.
J’aurais tellement aimé rencontré ton épouse et tes enfants, mon tout petit.
Mais non, il n’y avait rien de tout cela. Juste des murs vides, des draps froids. Où étaient ces photographies figées montrant des instants heureux ? Où étaient ces moments d’allégresse qu’il ne vivait pas ?
Enfoui quelque part, au creux de ton cœur, Isaac…

La question lui fut alors retournée et Isaac bougea de façon infime, s’accordant la lenteur de l’homme bourré, qui hésite avant de vaciller. Il alla s’asseoir à côté d’Addison, sur cette bordure de trottoir, si seul, si malheureux, mais en bonne compagnie ce soir. Il ne pensait à aucune tentative de séduction, il y avait fort longtemps que les femmes n’avaient plus exercé d’attirance sur sa personne. Que la pomme d’Adam viril lui paraissait bien plus désirable que des courbes voluptueuses. Mais il n’assumait pas. Il avait honte, il ne savait plus. Il était perdu. « Je cherche à m’oublier aussi. » Dit-il doucement et humblement. Il ravala cette boule se formant dans sa gorge, insatiable douleur, vestige de ses choix terribles et de ses désillusions engendrés.
Il te manque… Tous les jours, à chaque détour de rue… Constamment…
« La vie est un chemin parsemé d’embûches et aux issues bien trop cruelles. J’ai longtemps erré en me cherchant mais maintenant, je crois que j’ai compris que je ne rentrais pas dans le moule du parfait être humain que tout le monde peut adorer. Je crois aussi que je suis trop lâche pour abandonner, trop faible pour me donner du courage. Alors j’erre. » Pourquoi lui disait-il tout ça ? Pourquoi faisait-il preuve de franchise alors qu’il ne la connaissait même pas.
Addison…
« Mais s’il faut errer, autant que ce soit avec une bonne bouteille. Malheureusement, je crois que voir une personne seule avec une bouteille dans un bar, c’est mal vu. » Il eut un sourire triste et ajouta « De toute façon, je crois que les gens malheureux n’attirent pas le regard des autres. Du moins pas comme on le veut. »
Ça n’était pas comme lors de sa rencontre avec Aisling. Les regards n’étaient pas aussi éteints, ses yeux brillaient d’une joie de vivre, d’une fierté de porter l’uniforme de la protection du pays, de risquer sa vie. Il se rappelait encore de la chaleur de ce bar irlandais. Il était de permission et là, tout lui était paru si évident.
Juste un verre toi et moi…
Et maintenant, il enchaînait les bouteilles sans même vérifier où il se trouvait, la décoration. Il s’en foutait. Il voulait absoudre ses péchés, confession alcoolisée qui ne lui accordait nullement le pardon qu’il espérait tant.
« Pourquoi et que cherchez-vous à oublier ? » Se risqua-t-il a demander d’une voix curieuse, la conversation le plongeant dans une lucidité, il mangeait encore quelques syllabes mais pour le reste, il avait l’impression d’être face à un miroir.
Parce que si je le peux, je trouverais le moyen de te sauver…
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