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 (#602) Welcome home [Ario]

MessageSujet : (#602) Welcome home [Ario]   Lun 15 Oct - 0:11
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Ebbe Bartolotti
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Welcome homeOctobre - 2h19  - @Ario Bartolotti
La porte d’entrée fait son bruit caractéristique – comme tant d’autres -, une forme de cliquetis métalliques dès qu’une personne enfonce sa clé dans la serrure – après une ou deux tentatives, bien souvent – et la tourne une fois – pour forcer un peu la porte – et encore une fois – après s’être rendu compte qu’elle a été fermée à double tour. Naturellement, je regarde l’heure : deux heures, et dix-neuf minutes. Soit mon oncle, soit mon père, soit les deux … qu’importe, quelqu’un avait fini son travail un tantinet plus tôt que prévu – du moins, légèrement. Qui que ce soit, il allait potentiellement s’écrouler à côté de moi, sur le canapé, en face d’un documentaire animal.

Qu’est-ce que je fais à une telle heure ? Très bonne question. Cependant, nous sommes vendredi soir et je ne suis pas une fêtarde dans l’âme, je peux bien me permettre de faire une ou deux nuits blanches devant ma télé, mon pc ou quelques cours – vie absolument et nullement excitante, mais que j’assumais.

Est-ce que j’attendais les deux hommes de la maison ? Oui, car c’est ainsi que notre grand-mère nous a éduqué. Et non, car au bout de quelques nuits où les deux rentrent très, très tardivement – ou trop tôt dans la matinée -, j’avais vite compris qu’ils avaient chacun leurs partenaires quelque part, et qu’il était idiot d’attendre. Ainsi, j’attends mais uniquement jusqu’à deux heures du matin, et les week-ends ou soirs où le lendemain je n’avais pas cours.

Un coup d’œil par-dessus mon épaule, et je vois la silhouette imposante de mon père. Aussitôt, et sans que je ne puisse le contrôler, mon visage s’illumine d’un discret sourire – mais le regard joyeux et pétillant.

- Ciao, Papa
, dis-je tout haut, me relevant pour me diriger vers lui, et déposer un léger baiser sur une joue. Une habitude que je n’avais développée qu’à son retour de prison. Avant, entre la rancune de son absence des premières années et la timidité – ne pas l’avoir vu pleinement comme un père -, j’avais toujours été cette petite Ebbe qui se cache derrière Giulia. Tu as faim ? On a préparé quelques lasagnes avec grand-mère.

Je ne demande jamais rien sur son travail. Nous savions tous dans quoi ça gagne, et c’était un tantinet dérangeant. Certains jours, je me demande si mon père ne pense pas un tantinet à moi ou si je ne le fais pas penser à ces pauvres filles. Si je n’étais pas sa fille, j’aurais pu être une de ces filles. Ou alors j’aurais pu finir dans une quelconque maison de passe d’un autre. Qu’importe, la finalité était la même : j’avais de la chance, les autres non. Et on avait sûrement des âges similaires.

Sans attendre une réponse de sa part, je me dirige déjà vers le frigo et sors couverts et assiettes d’un tiroir, un verre d’un placard, une carafe d’eau récupérée sur un plan de travail et le plat en question du frigo. Je découpe un premier morceau et direction micro-onde.

- C’est prêt dans cinq minutes. Est-ce que je dois aussi préparer une assiette pour oncle Hermès ?


Cinq minutes. Il pourrait prendre une douche, ou se poser sur le canapé. Libre-choix. Mais dans cinq minutes, j’allais à nouveau sonner l’alarme.

- Giulia dort, glissais-je rapidement.




*(en italien).



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MessageSujet : Re: (#602) Welcome home [Ario]   Mar 23 Oct - 19:23
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Ario Bartolotti

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Journée de base : de l’argent était rentré, tu avais donné quelques coups pour faire bonne figure, les filles s’étaient plaintes, tes hommes avaient bossé correctement, tu avais appelé ta sœur pour voir avec elle quelques détails comptables, tu avais versé un pot de vin à un flic de plus et tu avais laissé le Moine et ses échos plaintifs derrière toi pour revenir plus tôt chez toi. Chez vous.
T’avais beau savoir que ton frangin vivait là et qu’il ne pouvait s’empêcher de ramener avec lui ses merdes, ses drogues et ses ennuis, t’avais pour habitude de penser qu’une fois le seuil de l’appartement franchi, tu laissais derrière toi tout le mal que tu avais pu faire dans la journée. Tes deux pieds dans l’appart, tu redevenais ce que tu aurais toujours dû être : un père. Un frère. Un fils aussi, quand la mama appelait. Un chef de famille.  
Il te fallait bien quelques minutes pour décompresser, pour enfermer les démons à l’extérieur et retenir la violence dans ton sang, mais une fois ce stade dépassé, tu avançais sereinement.
Ce soir n’y faisait pas exception. Et comme la nuit n’était pas encore trop avancée, tu devinais sans peine la petite silhouette qui t’avait attendu, comme tous les soirs. Petit ange fidèle qui ne se lassait pas de voir en toi un homme que tu n’étais pas : mais ce seul regard arrivait à laver un peu de tes péchés, il fallait bien l’avouer.
Tu aimais son sourire quand elle te voyait lui revenir, tu adorais sa discrétion et sa simplicité, et plus que tout, tu jubilais de savoir qu’un monstre comme toi avait réussi à créer une telle créature, si parfaite et si belle que tu maudissais souvent Athéna d’avoir osé briser son cœur autrefois. Elle était tienne : ton sang, ta chair, ton héritière.
Et tu étais sien à jamais, pour ce seul sourire au coin de ses lèvres et ce baiser sur ta joue. Ton cœur chavire, tu tiens bon : t’es encore debout, tu restes impassible mais au fond de toi, tu sens quelque chose se fissurer enfin et briser la carapace de fer de l’homme cruel que tu es au-dehors.
Tu es chez toi. Et tu prends une grande inspiration, te détendant enfin.

Elle fuit déjà, s’échappe pour s’affairer à la cuisine, te rappelant ta mère dans chacun de ses gestes : la mama l’a bien élevé et tu l’en remercies de voir davantage d’elle que d’Athéna dans le comportement des jumelles. Tu aimes l’idée qu’elle ait laissé son empreinte elle aussi, à sa manière. Athéna avait été ton soleil au milieu de la grisaille, mais comme tout rayon, elle avait été trop instable : ta mère avait offert aux jumelles une stabilité qui les avait aidé à grandir. Et toi, tu avais fait comme tu avais pu, sans trop savoir si tu ne faisais pas tout de travers.

- Oublie ton oncle, il n’avait qu’à rentrer plus tôt.


Tu ronchonnes un peu, t’as jamais su t’exprimer sans bougonner mais Ebbe en a l’habitude. Soudain las, tu déposes ta carcasse dans le canapé, laissant stress et corruption glisser hors de toi pendant que tu prenais un repos mérité.
Elle revient ta petite elfe et toi, tu attrapes sa main au passage et l’attires vers toi sur le canapé :

- Viens ici.

Tu l’embrasses sur le front : t’avais pas eu le temps tout à l’heure et t’aimes pas cette idée. De la laisser là sans qu’elle sache – même si ce n’est pas le plus expressif – combien tu l’aimes.
Ton bras la serre contre toi et tu rejettes la tête en arrière sur le canapé, poussant un grand soupir fatigué ;

- Laisse-la dormir : au moins je suis sûr qu’elle ne fait pas de bêtises dans sa chambre.


Douce illusion de sombre crétin, mais t’aimes te bercer d’idioties de ce genre. Giulia est ton démon alors que Ebbe est un ange : t’as appris à vivre avec.

- Raconte-moi ta journée. Dis-moi un peu : t’as bien travaillé ?  







....
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MessageSujet : Re: (#602) Welcome home [Ario]   Dim 28 Oct - 0:19
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Ebbe Bartolotti
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Welcome homeOctobre - 2h19  - @Ario Bartolotti
- Oublie ton oncle, il n’avait qu’à rentrer plus tôt.

Aussitôt dit, aussitôt je remettais la part de mon oncle dans le frigo, sortant au passage mon téléphone pour lui envoyer un petit message: « nous avons fait des lasagnes avec grand-mère aujourd’hui. Je t’ai laissé une part dans le frigo. Il suffira de réchauffer cinq minutes ».

Giulia et moi ne cessons jamais de trouver des excuses pour rappeler les deux hommes de notre vie dans cet appartement chaque soir. Tantôt quelques mots d’amours, tantôt la promesse de repas. Si notre père revenait souvent – je le soupçonne de profiter de sorties plus longues lorsque notre mère a notre garde –, les choses étaient bien différentes avec l’oncle déchu. En soit, c’est leur vie … sauf que nous avons une grand-mère. Et elle, elle ne cautionne pas l’idée que chacun a une vie. L’unité. La Famille. Elle ne jure que par ça.

Quand papa était en prison, ou qu’oncle Hermès était un chirurgien occupé, je me rappelle clairement de son inquiétude: « Est-ce qu’ils dorment suffisamment ? Sont-ils en bonne santé ? Mangent-ils à leur faim ? Pourquoi travaillent-ils si tard ? ». Des interrogations constantes qu’elle ne gardait pas sous silence, demandant à Giulia ou à moi de poser ces questions par SMS à notre oncle ou en visitant très, très régulièrement notre père en prison. Encore aujourd’hui, alors que chacun approchait la quarantaine, elle les traitait comme s’ils étaient encore des nouveaux-nés.

Et il était de même avec mon père. Il reproduisait exactement la même chose que sa propre mère. La même inquiétude à notre sujet, ce même amour inchangé et inconditionnel exprimé par ces mêmes gestes – ce délicat baiser, ces bras protecteurs – ou encore cette illusion que nous étions et resterons les petites filles sages et adorables. J’étouffais un petit rire. Giulia pourrait faire la fête dans sa chambre, qu’on n’en saurait rien. Elle en serait bien capable et, moi, je l’y aiderai tout naturellement.

A sa dernière question, j’hausse les épaules. Contrairement à bien des Italiens, je ne fanfaronnais pas sur mes résultats ou mes réussites, et je ne pleurais pas sur mes échecs. A dire vrai, il était difficile de savoir lorsque j’étais satisfaite, lorsque je réussissais ou échouais. Je n’exprimais que par des expressions timides, à peine perceptible par mon entourage et invisible pour de parfaits inconnus.

- C’est le début de l’année, donc c’est assez calme. La classe est sympa. J’ai vu le programme scientifique, je pense que je n’aurais pas de problèmes particuliers, dis-je tout simplement.

La dernière année de lycée, avec des camarades bien plus jeunes que moi – d’une année, mais une année qui semble décisive, qui semble avoir son poids sur la maturité. Il y a bien longtemps que je ne faisais plus attention à la différence d’âge avec mes camarades : j’avais eu neuf ans à m’habituer, neuf ans pour comprendre que ce redoublement était tout naturel à cette époque-ci au vu du changement brutal de ma situation. Qu’une mère vous abandonne est une sacrée épreuve, même si partielle… Ce qui était fait était fait, à quoi bon en pleurer.

- Par contre, demain après-midi, je retourne travailler au cabinet. Je vais faire 14h – 18h, indiquais-je.

Grand-mère détestait l’idée que je travaille chez ce médecin chinois – malgré que je sois payée de façon légale, honnête et appropriée – pour apprendre une médecine alternative – la médecine chinoise. Il faut dire, la radiation de l’ordre des médecins de son fils n’a pas été difficile que pour lui. Elle a eu aussi son lot de chagrin : voir la déchéance d’un fils dont elle était si fière, sentir une forme d’échec dans l’éducation de ce dernier … et mon père qui n’arrangeait en rien, avec ses activités illégales. Non, elle ne désirait ni une carrière, ni de mauvais garçons pour nous. Non, elle ne souhaitait qu’une chose : nous marier à une personne avec une carrière simple et un salaire simple, qui n’invite ni à la tentation, ni à la famine. Et non, elle ne désirait ni de petites-filles intelligentes – ce trait rendrait les femmes bien malheureuses, selon elle – mais ni de petites-filles trop stupides – pour ne pas être l’esclave d’autrui.

En somme, son souhait à notre égard était triple : une stricte éducation morale, un minimum d’éducation intellectuelle et un mariage avec un homme simple mais bon. Elle avait perdu tout espoir avec Giulia et semblait subitement s’attacher à moi.

- Ce soir, le sujet traite de la façon de chasser des lions. En sommes, les lionnes apportent les gibiers, et le lion n’est là que pour rayonner et protéger son territoire jusqu’à ce qu’il soit délogé par un jeune mâle.

Je connaissais les documentaires animaliers par cœur. Il faut dire que lorsque j’insistais pour attendre le retour de mon père, les seules chaînes accessibles aux enfants après vingt-deux heures passées étaient les documentaires animaliers, précisément. Bon gré, mal gré, maman comme papa ont eu à prendre leur mal en patience et supporter. Ma mère s’est assez exprimée sur ce sujet : barbant. Mon père, j’en savais rien : ce n’était qu’une excuse pour rester collé l’un à l’autre, parler de tout et de rien, et laisser toutes les mauvaises choses derrières – les rumeurs ou moqueries au lycée en raison de l’emploi de mon père ou de mon nom, mes rêves qui rentrent en conflit avec bien des attentes au sein de la famille et bien autres choses ….

Et le travail de mon père ?  Une des mauvaises choses à laisser derrière, dont il n'était pas nécessaire de se renseigner. Du moins, telle était ma façon de penser.




*(en italien).



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MessageSujet : Re: (#602) Welcome home [Ario]   Mer 28 Nov - 20:01
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Ario Bartolotti

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Tu sais ce qu’elle va te répondre : tout va bien.
Toujours. Après tout, c’est ton Ebbe, la fille parfaite, l’ange qui apaise tes révoltes et tes aigreurs. Elle roule tranquillement sur son petit bout de chemin et toi, t’écoutes pour la forme, te laissant bercer par sa voix de future femme. Elle restera à jamais ton bébé mais une part de toi sait que déjà, elle t’échappe. Alors l’obliger à te raconter sa journée, l’obliger à t’avouer que tout va bien, ce sont tes derniers caprices de père tyrannique, cette volonté de plus en plus désespérée de l’accrocher à toi à jamais, de la retenir dans ce monde de grands où elle ne devrait jamais se rendre.
Sa voix ne tremble pas, elle ne ment pas. Un bon point pour elle, un mauvais pour toi. Tu aurais aimé qu’elle commence à te cacher des choses, tout comme tu le redoutes. Tu tueras le premier homme qui la touchera et en même temps, tu ne veux que son bonheur à elle, qu’elle devienne la harpie italienne que fut ta mère ou tes cousines, et qu’elle le défende bec et ongles sortis. C’est ton problème à toi, tu veux tout sans rien lâcher, et Ebbe te file déjà entre les doigts.
Tu hoches la tête quand elle te dit qu’elle ira travailler : t’aimes pas ce chinois, t’as horreur de cette médecine de charlatan et tu en as marre d’entendre ta mère se plaindre de ce travail trouvé un peu à la va-vite. Mais c’est son antre à elle, sa façon de vous échapper et ça, tu es bien placé pour le comprendre : ta famille t’a conduit deux ans en taule, alors tu ne peux pas le lui reprocher. Tu serais le dernier des cons d’ailleurs à lui voler ces instants égarés loin de la maison : du moment que tu sais où elle est, cela te convient. Pour la forme, tu ronchonnes contre le chinois et tu te moques de cette médecine devant elle, mais elle a dû deviner depuis un moment que tes propos n’étaient pas sincères. Sinon tu aurais foutu le feu depuis longtemps à ce cabinet…

Ton bras la serre un peu plus contre toi alors qu’elle te raconte le documentaire qu’elle regardait : vieille tradition de père rentrant trop tard, de fille veillant trop tard et de programmes télévision dépourvus de toute imagination. Tu ricanes aux propos d’Ebbe, de ce résumé un peu trop parfait de votre propre vie : elle ne doit même pas en avoir conscience. Giulia t’aurait provoqué en disant cela et tu lui serais rentrée dedans avec un plaisir non dissimulé, pour la seule joie de la voir prendre le mors à pleines dents.
Mais Ebbe est trop sage, trop parfaite pour avoir envie de te titiller comme sa sœur le fait. Alors tu tapotes gentiment son bras avec tendresse :
- T’inquiète pas, ton vieux mâle de père n’est pas prêt de laisser son territoire.
Tu rajouterais bien que sa mère n’a jamais été le genre de lionne à ramener la moindre conserve à la maison pour nourrir sa famille mais ça, tu vas t’en abstenir. C’est compliqué, comme toujours avec Athéna. Et tu veux pas gâcher l’instant. Mais tout de même…

- T’as vu ta mère dernièrement ?
Le pavé dans la mare, le besoin de savoir, l’inquiétude constante dès qu’il s’agissait de cette nana que tu n’arrivais pas à chasser de ton esprit, quoiqu’il arrive et quoiqu’elle fasse.
- C’est pas que j’m’inquiète…
Mais…
Parce qu’il y avait toujours un mais.
T’avais peut-être un peu faim d’elle. Juste un peu.
Et tu voulais savoir si elle gardait contact avec ses filles : c’était primordial à tes yeux, qu’elle tente de rattraper sa chance et tout ce temps perdu.






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MessageSujet : Re: (#602) Welcome home [Ario]   Dim 2 Déc - 21:02
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Ebbe Bartolotti
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- T’inquiète pas, ton vieux mâle de père n’est pas prêt de laisser son territoire.  

Je pivote à grande vitesse ma tête vers lui, révélant de grands yeux interrogateurs et un visage surpris. Certes, certains documentaires me faisaient penser un tantinet à notre famille mais sûrement pas ceux qui traitaient de la question de la structure « sociale » - ou animale – des lions. Giulia aurait taquiné notre père et aurait même ri. Je prenais la chose plus sérieusement – comme toujours, comme trop souvent.

- Tu n’es pas un lion, tu es un loup. Tu n’es pas seul, tu as une meute, expliquais-je, tout en le serrant que davantage.

J’étais subitement effrayée à l’idée qu’il ne soit plus là. Je ne pourrais pas supporter un second abandon de la part de mes parents, et surtout une seconde séparation – plus longue – avec mon père. La prison avait été une épreuve suffisamment dure pour chacun, suffisamment pour mettre en avant la chose suivante : je préférerai mourir que de voir un de mes proches mourir. Evidemment, je ne partageais pas une telle pensée. L’ordre naturel serait l’inverse et on me le répéterait encore, et encore, mais je me contrefichais de ce dernier. Mon ordre à moi serait de savoir les autres vivants. Heureux.

- On se protège, les uns et les autres, conclus-je, faisant mine de me replonger dans le documentaire alors que la réalité était tout autre. J’étais plongée dans mes souvenirs, de cette époque où il n’était pas à la maison et où les visites se faisaient tantôt dans une pièce bruyante et animée, tantôt en se parlant d’un téléphone – séparés par une vitre.

Il pose une nouvelle question. Je pivote à nouveau ma tête vers lui mais pour le dévisager cette fois. Au bout de trois secondes, j’abandonne mon étude, un tantinet déçue et rassurée. L’enfant en moi veut voir ses parents réunis à nouveau, mais l’adulte qui s’éveille ne désire pas qu’un tel souhait se réalise, sachant pertinemment à quel point ces deux êtres sont incompatibles au quotidien.

- Elle chasse, répondis-je, laconiquement.

Elle chasse un énième emploi. A force, j’en étais venue à la conclusion qu’elle n’était pas faite pour être une employée – soumise aux ordres d’autrui – ni pour un poste à responsabilité. Elle aimait profiter, rêver, dépenser et exiger.

Elle chasse un compagnon – ou une compagne. Elle avait eu une relation stable, à une époque, mais suite à la rupture, ma mère avait plongé très bas. Trop bas. Suffisamment pour qu’elle nous abandonne à notre père. Dès lors, était-ce une bonne chose qu’elle trouve une âme-sœur ? La solitude ne lui sied-elle pas davantage ?

Elle chasse une vie, mais quelle vie ? Si seulement je le savais, peut-être que je pourrais l’aider et enfin la voir heureuse et comblée. Peut-être qu’elle s’arrêtera d’errer comme un fantôme derrière des illusions, de se fatiguer pour nous offrir quelques instants ou encore essayer de vivre dans ce bâtiment trop cher, de rester dans les parages alors qu’elle peut avoir une meilleure vie ailleurs.

- Tu n’as pas à t’inquiéter pour elle. Elle sait se débrouiller.

Je me retiens de dire « seule ». Cependant, je ne la critique nullement. Comme elle, je me cherche seule, je trouve mes propres solutions à mes propres problèmes et je ne partage rien. Je prétends que tout va bien, alors que la réalité est tout autre.

- Giulia est allée la voir, vendredi dernier, pour prendre un café. J’avais un examen à préparer. Elle va bien
, répondis-je.

Il n’était pas rare que Giulia y aille seule. J’esquivais, autant que je pouvais, ces rencontres. Je ne la détestais pas – malgré tout ce que je dis, tout ce que je pense – et au contraire, c’était mon amour pour elle qui m’empêchait de la voir. Je craignais de la voir triste, fatiguée ou déprimée. De la voir à nouveau lâcher ceux qu’elle aime, et qui l’aiment. Et, égoïstement, de sentir qu’elle allait à nouveau nous abandonner.






† And I need a friend, oh, I need a friend
To make me happy, not stand there on my own Wonderful Life
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MessageSujet : Re: (#602) Welcome home [Ario]   

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