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 ignite your bones (aaliya)

MessageSujet : ignite your bones (aaliya)   Sam 6 Oct - 18:30
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Orso Morello
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ignite your bones
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octobre 2018 - brooklyn
Les arbres commencent lentement à se mettre à nu, exposant leur squelette aux intempéries. Le froid conserve les distances, couvre les secrets. Orso a extirpé un blouson de cuir de ses affaires. Ses entrailles sont de glace, figées éternellement dans un effroi qu'il n'arrive pas à secouer. Sa peau est brûlante, dans un processus continu de cicatrisation. Ce n'est pas la température ambiante qui le pousse à couvrir ses bras d'une épaisse couche de cuir, c'est pour éviter les regards, ceux qui désapprouvent l'encre insérée sous sa peau, ceux qui posent leur attention un peu trop longtemps et qui captent la chair ravagée sous les effigies aux couleurs fades. Il ne reste que le cou, camouflé sous une barbe qui prends de l’expansion, masque de ses expressions, ne laissant que ses yeux pour le trahir.

L'appartement était froid, ce matin. Une colombe s'était endormie sur le bord de la fenêtre. Orso a fermé la fenêtre, puis les rideaux, sans grands états. La fenêtre a grincé, les rideaux ont bruissé, et la colombe n'a pas bougé, enterrée dans son sommeil. L'ours a tiré le couvre-lit pour le poser sur elle, si fragile sous la masse duveteuse qui l'ensevelit. Ça lui a fait quelque chose, mais il a balayé le sentiment avant de trouver le mot pour le nommer.

Orso a encore cette impression qui le suit, faisant concurrence à son ombre. Ses bottes grincent contre le pavé, écrasant sans pitié quelques feuilles orangées qui craquent sous son poids. La ville a cette force et cette grandeur. Il est facile de se faire oublier dans son immensité. Autant de sans-abris que de travailleurs en habits-cravates, des criminels dans les bureaux comme dans les fonds de ruelles. Les rues puis le métro, train-taupe qui grouille de vermine.

Orso sors des profondeurs pour trouver cette petite épicerie qui tient des produits du bout du monde. Ils ont de ces paquets écrits dans toutes les langues, une petite section venue d'Italie. Le carnivore aime bien faire le plein de la maison, une fois par mois. Il refuse de prendre un panier, ayant la conviction que ses bras sont assez grands et que s'il peut pas tout tenir, il pourra pas tout ramener. Orso tends la main vers l'étalage, une petite voix dans sa tête lui rappelant que peut-être colombe aimerait quelque chose de sucré, à se mettre sous la dent. Le bâtard, lui, a pas ce genre d'envies. Parfois, ça goûte le plomb, sous sa langue, quand il mord trop fort, parfois ce goût lui manque. Jamais la douceur édulcorée de quelque chose de sucré.

Absorbé dans ses pensées, une silhouette passe au bout de l'allée. Elle semble poussée par le vent. Orso cligne des yeux, une fois, puis deux. Elle est déjà bouffée par les allées, spectre de ses enfers. Leur dernière rencontre reste bien enfoncée dans les archives de ses méfaits, la douceur revient à la surface en premier. L'envie de tendre la main vers elle, de tracer sa clavicule, de regarder l'os bouger sous la peau, quand elle rit. Orso aimait se convaincre qu'il était vrai, son rire, peu importe l'argent payé pour sa compagnie. Il n'avait peut-être que ça de vrai, entre eux. Les doutes qui rongent les petites vérités, les petits moments. Actrice d'un pièce sans audience, que lui, pour apprécier son jeu. Il payait, pour ça, plus souvent qu'il ne saurait l'admettre.

Orso replace sur la tablette l'item qu'il avait entre les doigts, suivant le coin où elle a disparu, ne laissant rien sur son passage. Il la retrouve, là, à regarder la date de péremption d'un produit, comme si elle avait entre les doigts un roman classique d'un autre temps. Orso sens sa gorge devenir sèche, ses phalanges se serrer en un poing. Il s'est promit de ne plus la voir, pas qu'elle ait accepté de le reprendre, pas après la dernière foi. Ses instincts reprennent le dessus, il ne va pas faillir à la promesse qu'il s'est faite. Elle appartient au passé. Orso fait demi-tour, accrochant une boîte de conserve au passage, la regardant avec horreur se fracasser au sol puis rouler jusqu'aux chevilles de Lola, maintenant toute cabossée.
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MessageSujet : Re: ignite your bones (aaliya)   Sam 6 Oct - 22:52
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L’air frais de l’automne tente vaillamment de s’insinuer contre sa peau alors qu’Aaliya resserre doucement son écharpe, sans pouvoir réprimer un frisson.
Etrange comme cette saison la rend parfois mélancolique d’un temps où elle n’était rien de plus qu’une prisonnière, qu’un pion sur un échiquier –facile à sacrifier, si aisément oublié, et pourtant talon d’Achille du roi, carte maitresse de la reine adverse. Les conversations papillonnent autour d’elle alors qu’elle s’enfonce dans les rues parmi les silhouettes pressées, entremêlement de sons étrangers et familiers, fourmillement de notes auquel elle ne prête aucune attention, perdue dans les méandres de ses pensées suintant la nostalgie. Nostalgie de ce qui est aujourd’hui une autre vie à ses yeux, à son cœur. Une vie qu’elle a laissée derrière elle ; une vie qu’elle a abandonnée derrière la porte d’une chambre d’hôtel, dans le grincement d’un portail clos sur sa silhouette fuyante. Mais dans son regard vague, qui se promène et s’égare sur le relief du bitume, parmi les couleurs criardes des taxis qui s’intercalent avec les teintes sombres de véhicules quelconques, sans vraiment les voir, ce ne sont pas les tourments qui le hantent, les douleurs jamais apaisées qui en déchire le voile.
Ce sont des souvenirs écornés par le temps, abîmés par les regrets, par la douceur d’un bonheur qui était parvenu à se faufiler jusqu’entre ses côtes malgré tout. Les frémissements lointains de l’eau caressant des roches polies par la rage des éléments au sein de paysages inviolés et magnifiques ; les couleurs chaudes, dégradés de rouge fatigué, d’orange cannelle, de jaune sali, qui empourpraient les feuilles virevoltant dans le ciel ombragé, gémissant sous ses pas. L’écho éphémère et violent des sabots qui fracassent la terre en cadence ; la sensation perdue des muscles puissants qui se meuvent entre ses jambes, de l’animal qui renâcle et l’emporte au rythme enivrant de leur quête de liberté.
Elle peut presque sentir la saveur de l’herbe humide de rosée sur sa langue, la flagrance sauvage de la nature qui s’éveille en silence dans l’aube du jour. Mais la sensation apaisante lui échappe, furtive, ne laissant qu’une douce tristesse en son sein, alors qu’à nouveau, les bruits environnants l’agressent, l’atmosphère électrique d’une New-York tournant à mille à l’heure s’empare de chacune de ses cellules. Un vague soupir habille ses lèvres alors qu’elle s’efforce de reprendre pieds dans le présent, pour remarquer qu’elle a dépassé sa destination d’une avenue.
Puis un sourire combat la tension qui anime ses lippes, amusement tendre envers ses propres pensées qu’elle ne peut se décider à condamner.
Sourire qui s’accentue sensiblement alors qu’elle retrouve la familiarité de ce petit paradis qu’est ce magasin du monde qu’elle affectionne, l’atmosphère emplie de parfums d’ailleurs et de langues étrangères, s’immergeant dans les rayons après avoir salué l’une des caissières qu’elle connait bien, à force d’y venir. Heureusement, à vrai dire, que l’endroit ne se soit pas ouvert dans le Bronx –elle y ferait exclusivement ses courses sinon, amoureuse des saveurs nouvelles et familières qu’elle y trouve toujours. Mais elle s’autorise cette petite escapade une fois par semaine, autant pour y trouver des produits importés d’Inde qui ne semblent être nulle part ailleurs, que pour y découvrir des petites perles culinaires qui lui rappellent des voyages par delà les océans.
D’ailleurs, elle ne tarde pas à trouver son bonheur sur l’étagère qui accueille les thés, parmi lesquels des nouveautés ont fait leur apparition. Même du haut de ses escarpins, elle peine à atteindre la boite qui a attiré son attention, et tout à sa lecture des caractères en devanagari (les souvenirs remontent à loin, mais l’habitude revient avec force), elle sursaute au bruit du métal qui embrasse le sol avec fracas, et son cœur avec. Palpitant qui trébuche de nouveau alors que son regard vif se relève, et tombe sur une silhouette massive qu’elle a, malgré elle, appris à connaître.
Jusqu’à pouvoir en retracer les messages d’encre qui enlacent l’épiderme lacéré de cicatrices  les yeux clos.  

La surprise la fige un instant, alors qu’elle ne peut empêcher ses yeux de dessiner les courbes  écharpées qui se dissimulent mal derrière le cuir, les traits d’un visage à moitié dévoré par la barbe, de chercher les prunelles claires comme pour avoir confirmation qu’il s’agit bien de lui. Mais c’est un autre sentiment, plus fort, plus intense, qui la tétanise, crispe ses phalanges contre le carton qu’elle presse contre son pull, alors qu’elle réalise, qu’elle se laisse capturer par cette présence trop de fois éprouvée. Un sentiment difficile à définir, déstabilisant à ressentir, qui embrase ses instincts et les déchire. Emmêlement de souvenirs qui ont l’amertume d’un passé perdu, irrémédiablement abîmé, souillé par les cicatrices invisibles que leur dernière rencontre a gravé en elle, à un endroit où elle pensait (espérait) naïvement qu’il ne pourrait jamais l’atteindre. Cela fait longtemps que les constellations timides de bleu et de violet se sont dissouts dans le brun de sa peau ; mais les ecchymoses qu’il lui a laissées sont plus insidieuses, plus perfides. Plus perverses –parce qu’elle l’a laissé faire.
Elle lui a permis de la toucher –bien au-delà de toute considération physique, charnelle.
Et elle sait qu’elle demeure seule responsable de cela.
« Bonjour. »
Elle retient de justesse son prénom de fleurir contre ses lèvres –parce qu’elle n’est pas Lola entre ces murs, et que pourtant, elle n’a jamais été que cela pour lui. C’est tellement étrange comme situation. Eux, dans ce magasin où se côtoie des milliers d’inconnus chaque jour, le poids de ce qu’ils ont partagés écrasant leurs épaules, à des milliers de kilomètres des ruelles oubliées et des draps partagés.
Pourtant, elle ne peut contrôler l’instinct presque primaire qui la pousse à faire un pas timide vers lui, alors qu’elle tente un sourire un peu cassé à son égard, qu’elle ramasse la conserve cabossée pour s’approcher et la lui tendre, les prunelles un peu fuyantes (parce qu’il demeure intimidant, aujourd’hui peut-être plus que les fois dernières) et les muscles un peu trop tendus.
Parce que malgré tout, malgré la crainte qui lui grignote l’estomac et assaille ses sens, malgré la distance qu’elle conserve et qui lui semble à la fois rassurante et si fragile, elle ne peut oublier la honte et la terreur qui avaient dansé dans son regard, avant qu’il ne la fuie.
Le silence qui s’abat sur eux la crispe un peu plus, et accordant un regard plus long à l’Italien, le premier qu’elle s’autorise vraiment maintenant qu’il n’y a plus ces quelques mètres pour les séparer, elle s’abandonne à un sourire encore timide mais qui se veut rassurant. Sincère.
« Est-ce que tu pourrais m’aider à remettre ça, s’il te plait ? »
C’est bête (même si elle n’aurait jamais réussi à remettre la boite de thé là où elle l’a trouvée), mais c’est la première chose qui lui est venue à l’esprit pour tenter de le retenir. Tentative peut-être un peu égoïste qui la laisse elle-même dans l’indécision, l’inconnu.
Parce qu’elle pressent qu’il va tourner les talons, qu’il est tout proche d’y céder. Il y a un combat qui fait rage dans les prunelles qu’elle cherche malgré elle à retenir, à rassurer.




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MessageSujet : Re: ignite your bones (aaliya)   Mer 10 Oct - 15:39
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La conserve semble rouler durant des heures. Le temps refuse d'obéir aux lois qu'il a lui-même établies. Le cylindre de fer contre le plancher, dans un écho métallique qui semble faire une symphonie de tonnerre, miroir des intempéries qui affligent son âme. Une conserve pour trahir sa présence.

Orso semble être homme à confrontation, à parler avec ses poings, à chercher la violence. Peu le savent docile, obéissant. La fuite aurait été son premier instinct, issue de secours. Elle personnifie ses plus grandes failles, sa faiblesse à contrôler la bête qui rôde sous son visage d'homme. Le métal froissé contre ses talons hauts-perchés. Quelque chose ne semble pas à sa place. Une telle pièce d'homme qui voudrait se fondre dans les étalages, alors qu'il n'arrive même pas à se fondre dans une foule. Si grand, si peu délicat, avec ce trouble qu'il crée par sa seule présence. On le sait dangereux sans qu'il ait à ouvrir la bouche. Tous les préjugés ne sont pas faux, l'instinct humain est preuve de leur survie.

« Bonjour. » qu'elle dit avec précaution, avec raison. Orso s'abreuve à sa voix qu'il croyait réservée au passé. Ses rêves ne lui faisait pas justice, à ce timbre qui vient retourner les os. Orso creuse mentalement sa tombe. Les allées sont trop serrées, il va étouffer. Lola se penche pour attraper la conserve malmenée. Elle fait un pas vers l'avant, il en fait un vers l'arrière. Orso n'a pas oublié les conséquences de leur dernière proximité. Il n'est pas resté assez longtemps pour voir sa beau tourner du jaune au violet, il n'est pas revenu pour observer les couleurs qu'il a peintes sur sa peau. Il y a des oeuvres qui sont faites pour être cachées, couvertes, oubliées. Le présent est une tempête immobile, invisible, un mélange de regrets, de honte, de haine cancéreuse qui colle aux os d'Orso.

Elle avance d'un autre pas, il ne recule pas. Une partie malade de son âme recherche encore sa compagnie. Égoïsme de béton, ne réalisant pas le mal qu'il fait autour de lui, de ses grandes mains tâchées de sang. Les crimes sont invisibles, mais Lola sait, elle a vu l'eau se teinter rose, elle a vu dans ses yeux, elle a lu sous sa langue. Et d'un coin de ses lèvres qui s'étire vers sa joue, elle réveille l'envie de se fondre dans ses bras, de se laisser happer par une douceur qu'il sait ne pas mériter. Il n'a toujours pas ouvert la bouche pour la saluer. Elle est serrée, sa gorge, elle est sèche, sa gueule.

Lola lui tends une boîte de thé, avec des mots offerts comme une main tendue. « Est-ce que tu pourrais m’aider à remettre ça, s’il te plait ? » qu'elle demande, comme si c'était normal, de se croiser dans un lieu si mondain, dans la vie, la vraie, celle où ils ne sont pas clients et produits. Orso force un grand pas vers elle, ses orteils menaçant de percer la semelle de ses bottes. Il tends quelques doigts cornus vers la boîte aux écritures d'ailleurs, avec une attention maladive à ne pas toucher les doigts de Lola. Sa proximité est douloureuse, incompréhensible. Elle devrait tourner les talons, s'évanouir dans cette vie sur laquelle il n'a aucun droit, pas même en tant que spectateur occasionnel, dans les rangées d'une épicerie partagée.

L'italien tends le bras vers le haut pour replacer la boîte à sa place. C'était pas si haut, elle aurait pu le faire, sur la pointe des pieds, du bout des doigts. Et il s'accroche à l'aide qu'elle a demandé, alors qu'il n'aurait pas su lui dire non. Orso tends la main vers la conserve qu'elle a recueillie, celle qui a roulé à ses pieds, celle qui a lancé cet échange non planifié. " je crois que c'est à moi. " qu'il gronde tout bas, ne voulant pas lui arracher des mains, refusant de causer à nouveau dans ses yeux ce regard liquide tâché de trahison, saupoudré de surprise, étincelant de peur. 

Orso a des mots qui tentent de remonter sa gorge, il pourrait les vomir, là, sur le plancher de l'épicerie, mais ça ne voudrait rien dire. Être désolé n'efface pas le passé, demander pardon ne recolle pas les choses brisées. " je viendrai plus ici, t'as pas à t'inquiéter. " qu'il dit, plus pour lui-même que pour elle. Dit tout haut, l'univers est témoin de sa promesse.

Les gens entrent rarement dans sa vie. Sa venue dans ce monde n'était pas désirée, enfant-ours qu'on a mis de côté. La main noire lui a donné un but, une raison d'exister, mais ces moments passés avec Lola, il n'existait que pour lui-même. Si les excuses refusent de sortir de ses entrailles, les milles mercis accumulés à son égard sont tout autant coincés, dans ce corps trop grand, trop mutilé. Il attends qu'elle quitte, qu'elle retourne à sa vie, demandant seulement de la regarder s'évanouir dans la ville, sachant cette fois, que c'est la dernière. Les allées aux néons pour témoins.
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MessageSujet : Re: ignite your bones (aaliya)   Sam 20 Oct - 13:19
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Pourquoi ?
Les mots se faufilent entre ses lèvres avant qu’elle ne puisse les rattraper, les enfermer dans le silence rassurant, sécurisant –ce silence qui encaisse et jamais ne cille, qui n’est qu’un vide affamé dans sa poitrine. Trop tard, elle se rend compte à quel point sa demande peut paraître ridicule, presque dissonante dans l’atmosphère tendue qui persiste entre eux, qui grésille dans les regards qui se fuient et se cherchent, danse interminable de sentiments qui ne veulent se trahir mais qui déjà craquèlent les teintes assombries des iris, déchirent les prunelles qui se savent comment s’accorder. A vrai dire, elle n’a pas vraiment réfléchi, s’est juste emparée de la première idée qui s’invitait dans son esprit un peu trop guidé par un sentiment d’urgence qu’elle se sent presque coupable de ressentir.
Pourquoi le retenir ?
Pourquoi lui imposer sa présence, alors qu’il semble si prompt à tourner les talons, que quelque part dans son regard, elle ressent qu’il est déjà loin, un peu comme lors de cette dernière nuit ? Inatteignable, enfoncé dans des eaux ténébreuses contre lesquelles elle ne peut rien, pas même tenter de lutter -même si ça l’empêche pas d’essayer, parce que c’est plus fort qu’elle, cet instinct innommable, dangereux et effrayant, qui la pousse vers lui. Pourquoi oser ces paroles qui ne font qu’en cacher d’autres, dissimuler sous le couvert de la politesse et de l’amabilité banale (comme s’ils n’étaient que des voisins se rentrant dedans au supermarché, ou quelque chose comme ça) les blessures qu’il a gravées en elle, malgré lui et bien malgré elle ? Pourquoi s’approcher, éprouver un peu plus l’ardeur de sa présence, l’aura intimidante qu’il projette autour de lui, qui l’atteint plus  après les douleurs tues de leur dernier échange, alors qu’il esquisse un pas en arrière plus criant que n’importe quel grondement la sommant de ne pas franchir une limite mal définie ? Elle pourrait juste lui offrir un dernier sourire sincère et se détourner, afin de lui offrir une porte de sortie. Elle pourrait juste le laisser partir.
Elle pourrait juste l’oublier.
Sauf qu’elle ne peut pas.
Et c’est aussi imprévu que terrifiant, ce sentiment qui s’insinue entre ses côtes, dans le chaos des émotions qui fait déjà rage dans sa poitrine. Comme un frisson glacé et chaud qui se glisse sous sa peau, déstabilisant, désarmant. La distance entre eux qu’il avale d’un mouvement soudain la surprend, et même déjà tendue comme un arc, elle sent les muscles de son dos et de ses jambes atteindre dangereusement la rupture, frôler la tétanie. Cette proximité brutale la trouble, parce qu’elle se sentait capable de l’initier quelques secondes plus tôt, et maintenant qu’il l’a fait, elle ressent juste ce besoin insistant de reculer à son tour, comme lui tout à l’heure –mais elle ne cède pas, dans un acte contre instinctif épris de témérité ou de bêtise, elle n’en est pas bien certaine. Il ne fait que s’emparer du paquet qu’elle laisse glisser entre ses doigts dociles, accéder à sa requête, et dans les bruits environnants du magasin, toute cette vie qui bourdonne autour d’eux, il n’existe rien de plus lointain par rapport à ce qu’ils ont partagé cette nuit-là. Pourtant, les souvenirs se ravivent un peu plus violement encore, s’embrasent dans ce rapprochement qu’ils partagent le temps de quelques instants. Ses entrailles se serrent un peu plus étroitement, et sa nuque se raidit comme à l’approche du danger. Mais elle lutte contre elle-même, contre lui aussi –contre tous les sentiments qui s’effacent dans ces yeux qui s’obstinent à ne jamais trop s’attarder dans les siens.
Elle refuse de lui montrer qu’elle le craint (un peu), encore moins qu’il a raison de la fuir ; elle ne sait même pas si elle le fait pour elle, ou pour lui, parce qu’elle ne veut pas le heurter –parce que si les ecchymoses se sont épanouis sur son épiderme à cette époque, elle ose penser qu’il porte les mêmes à l’âme.
Son regard ce soir-là continue de la poursuivre.
Un sourire presque contrits, ourlé d’un pardon discret, gorge les lèvres de la brune au son grave, presque râpeux, de cette voix qui gronde tout bas, s’invite ainsi de nouveau dans sa vie, et elle hoche la tête en lui remettant docilement la boite de conserve abîmée, cabossée –un peu comme eux, dans le fond. Elle contrôle le geste plus qu’elle ne l’aurait voulu, veillant à ne pas le toucher, parce qu’il lui est difficile d’ignorer ces paumes qui demandent sans rien exiger, qui n’osent l’approcher. Cette même peau qui s’est tant de fois mêlée à la sienne, contraste envoutant de couleur et de douceur. Le silence lui scelle les lippes alors qu’elle ressent la tension qui taillade l’air partout autour d’eux, en eux. Mais ses yeux bravent de nouveau l’interdit implicite, cherchent ceux dont la clarté se cachait autrefois dans la pénombre des murs abritant leurs étreintes moyennées.
Et les mots qu’il laisse échapper comme s’il les avait retenus trop longtemps ou que d’autres auraient voulu les remplacer la désarment.
La blessent peut-être un peu aussi –et pourtant il y a ce léger soulagement qui l’éprend, mêlé d’une pincée de reconnaissance, d’une émotion plus brûlante parce que les paroles sont malgré tout soucieuses de ce qu’elle peut ressentir. Il est (était) un client, il n’a pas à lui promettre cela.
Inquiète et déstabilisée, saisie par l’incompréhension, elle fronce un peu les sourcils, et ses traits se tendent, abandonnent l’expression douce et avenante qu’elle était parvenue à maintenir.
« Tu n’as pas à- »
Sa protestation doucement murmurée meurt contre la chair de ses lèvres.
Non, il n’a pas à promettre cela. Et pourtant, c’est exactement ce qu’il est en train de faire, et elle espère pouvoir croire à la sincérité qu’elle pense déceler dans son ton (d’eux deux, n’est-elle pas celle qui s’oubliait dans de tendres mensonges pour lui plaire ?). Pourquoi le contredire alors qu’il lui offre une porte de sortie, lui confie à mi-voix qu’ils ne se croiseront certainement plus ?
Pourquoi insister, alors qu’ils sont tous deux que trop (douloureusement) conscients de ce que la violence de leurs dernières retrouvailles leur a laissé ?
Serrant ses mains accrochées l’une à l’autre contre son ventre, Aaliya détourne les yeux et cède, recule d’un pas en partie avorté, incertaine. Un peu trop vulnérable sous le poids de ce regard-là. Ce n’est qu’un client. Pensée qui tourne en boucle dans sa tête, comme un vieux disque rayé qui crache des notes écorchées. Rappel un peu douloureux, parce qu’il ne sonne plus comme avant –les mots ont perdu de leur justesse dans sa poitrine, là où ils n’auraient jamais dû s’aventurer.
« Je ne m’inquiète pas. » chuchote-t-elle en relevant ses prunelles vers le visage aux traits durs.
La sincérité lui lacère les lèvres, brutale, crue. Ce n’est pas totalement vrai –parce que oui, elle ne peut faire taire ce fourmillement de peur qu’il lui inspire maintenant, primaire, instinctif. Mais le pardon pudique, qu’il ne veut peut-être pas entendre dans sa voix, dans ses mots qu’elle ose à peine, mais qu’elle dissimule mal, est dépourvu du moindre mensonge. Tout comme le sourire qu’elle esquisse à son attention.
Si ce doit être leur dernière fois…
Elle ne s’attendait pas à le voir partir, encore moins à ce que cette perspective à chaque seconde un peu plus réelle lui pèse autant sur la poitrine. La seule inquiétude qu’elle devrait ressentir, est celle qu’elle devrait avoir pour ses finances –un client en moins, un régulier qui plus est, c’était mauvais pour elle. Mais les soucis qui l’assaillent ne pourraient être plus à l’opposé, alors qu’elle songe à ces rares fois où silencieux comme un tombeau, il lui tendait tout juste ses phalanges entachées de carmin, comme s’il ne savait s’il pouvait lui dévoiler les ombres qu’elle devinait parfois dans ses prunelles. Et d’autres encore, bien différentes, toutes uniques –parce qu’Orso a toujours été imprévisible.
Alors elle se permet un geste imprudent, une bravade stupide et dangereuse à toutes les règles qu’elle s’est imposée pour se protéger, pour le protéger. Ses doigts se délient, se posent avec tendresse sur un bras dont la puissance silencieuse froisse le cuir. Son expression s’adoucie, l’acceptation se mêle à la chaleur qui se peint sur ses traits.
« Fais attention à toi. »
Une demande presque audacieuse, une question inquiète mal dissimulée.
Elle accroche son regard, essaye de lui faire comprendre qu’il peut partir.
Tout en espérant vainement qu’il ne la laisse pas fuir.





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MessageSujet : Re: ignite your bones (aaliya)   Ven 26 Oct - 21:40
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Dans une vie, on croise des gens, par centaines. Parfois, on laisse une ombre dans leur vie, d'autre fois, un froissement dans leur histoire. Orso, avec son corps de soldat, membre d'une infanterie criminelle, a la peau ruée de traces des gens rencontrés. Ces personnes n'étaient pas toujours marquantes, sa mémoire défaille quand vient le temps de donner une origine à chaque balafre qu'il porte. Pourtant, il garde une blessure ouverte qui refuse de cicatriser. Le temps n'y fait rien, impossible de colmater les dégâts. Les jours où se bouscule la vie, il cours après son temps, sans se poser pour inspirer, oubliant presque qu'il est à vif, sous cette couche d'encre et d'arrogance. Ces jours, ils sont pâles, délavés, comparé à celui-ci, où il fait face à sa blessure, la sienne, à elle, à lui, à eux.

La sensation de tomber dans le vide, de n'avoir rien de connu auquel s'accrocher. Toutes les règles non-écrites de leur relation ont été brûlées, comme ça, en un instant. Combustion spontanée de quelques années d'intimité. Le moment est une première, chaque muscle qui se serre et se détend le fait dans de nouveaux paramètres, ceux d'une relation de verre brisé. En éclats, explosé par ses mains calleuses, tachées, contagieuses. Ça n'était pas son intention, non. Orso a tenté de la garder, dans cet écrin des soirées volées, loin de la violence qui se recroqueville sous ses ongles. Pourtant, il ne compte plus les fois où ses phalanges étaient rougies, d'un mélange de sang ne lui appartenant pas complètement. Elle n'a rien dit, elle n'a pas crié, elle ne s'est pas dérobée, alors qu'elle aurait dû. Lola est restée, peut-être uniquement parce qu'elle était payée, tente de se convaincre Orso. Oui, c'est la seule explication logique.

Orso ne sait pas lire dans le blanc des yeux de Lola. Actrice de grand cinéma, toujours insondable, la vérité de ses lèvres se fondant au plus grand des mensonges. Elle ne lui doit rien, pas même la politesse de cette conversation, pas même sa présence dans sa vie, dans le recoin d'une épicerie, dans une craque où leurs univers donnent l'un sur l'autre, dimensions parallèles, créatures de deux mondes. « Tu n’as pas à- » qu'elle murmure de sa voix qui creuse l'âme, de ses mots tous déjà entendus dans d'autres phrases, connus par leurs son, leur familiarité. Ils sont douloureux, des coups au ventre, à simplement penser que c'est probablement la dernière fois qu'ils se posent à ses oreilles. Orso inspire en silence, cherchant ses sens. Elle dit que ça n'est pas nécessaire, mais il sait que c'est la seule solution. S'il ne s'attache pas d'une promesse, il passera tous les jours, dans l'espoir de l'apercevoir, de lui arracher quelques mots, de la garder, alors qu'elle ne lui a jamais appartenu.

Un pas vers l'arrière, plus criant que tous les mots qu'ils s'offrent. Reculer, prendre ses distances, ne plus s'approcher. C'est pour le mieux, se convainc Orso, mieux pour elle. Lola, et sa présence dans la nuit, cette impression qu'elle n'existe que sous la porte close de leurs ébats, de leurs silences, de leurs compréhension muette de l'autre. Elle relève deux prunelles dorées. « Je ne m’inquiète pas. » qu'elle dit. Orso cherche à travers les mots. Il cherche la vérité, à travers tout ce qu'elle dit parce qu'elle le doit, déformation professionnelle. Il cherche l'actrice dans la femme, toujours aussi aveugle à ce genre de machinations, du moins tant qu'elle en est l'auteure.

Alors qu'un 'tu devrais' lui brûle les lèvres, Orso serre dans son poing la conserve déformée. La situation le chamboule plus qu'il ne l'avouera jamais. Quelque chose lui a manqué, et ce serait faux de dire qu'elle ne lui a jamais traversé les pensées. Il peut revoir la fêlure dans ses yeux, ce soir là. Il peut rejouer la scène, comme un film sur cassette. Revenir en arrière, faire pause, recommencer. Le film de cette nuit là est la seule de leurs rencontres où il est certain qu'elle n'a pas joué le jeu. Il y a des émotions impossibles à feindre, la peur et la trahison en étant aux premières places.

Orso ne bouge pas, quand elle pose sa main contre son bras. Il cesse même de respirer. Sa paume est douce, présente, comme dans ses souvenirs. Orso pourrait fermer les paupières et imaginer le reste de la scène, juxtaposant le geste à un passé encré sous sa peau, indélébile, comme ses tatouages. Sa paume remontrait lentement vers son cou, s'arrêtant pour ajuster sa trajectoire à la courbe de son épaule. Ça n'est pas l'assouvissement des désirs, qui lui manque, bien qu'elle reste femme désirable, non, c'était les petits moments d'humanité, la compagnie. Les phalanges de Lola, autour de son bras, lui font réaliser qu'elle est là, vraiment là, pas un figement de sa culpabilité. Et ce geste, lui arrache la résolution qu'il avait. Il ne peut pas la laisser partir, il n'en a pas la force.

« Fais attention à toi. » dit-elle, alors qu'il y lit des adieux, entre les mots. Ça ne se terminera pas de la sorte, il le refuse. Orso ne contre plus ses doigts, sa main se posant par dessus celle de Lola, doucement, tendrement, tremblant. Et les mots, ils ne sont pas prévus, traîtres, ils cherchent à la garder, à ne pas l'affoler, à lui expliquer, mais rien n'est à sa place, son coeur se bataille contre sa conscience, ça bats à tout rompre dans son corps figé comme le roc. '' dis pas ça ... " qu'il commence, troublé par ces sentiments qu'il ne comprends pas. C'est plus facile de ne pas penser, d’obéir, de dire oui au corbeau. Il n'y a pas d'états d'âme, quand c'est ordonné, quand c'est décidé par autrui. Orso soupire bruyamment. Il ne veut pas faire attention à lui, il ne veut pas qu'elle lui souhaite du bonheur ou autre connerie de la sorte. Quelque chose coince entre ses phalanges, et l'incompréhension l'agite intérieurement, mais il n'ose pas bouger, de peur de l'effrayer.

Remettre ses pensées dans l'ordre, ça lui prends toute sa concentration. Il secoue un peu la tête, avant de s'exprimer, avec le sentiment qu'il va le regretter, mais qu'il regrettera encore plus de pas avoir tenté. '' je sais pas pourquoi, mais je cherche une raison, pour te faire rester. '' et sa bouche est sèche, alors qu'il parle, retenant sa main, incertain de sa force, de savoir si c'est lui qui la contraint ou si c'est elle qui le laisse faire. '' même si tu devrais pas, même si je le mérite pas. '' Il ne faut pas se voiler la face, aucun d'eux n'a oublié. Ça ne sera à rien de mentir, de faire semblant. Plus rien à préserver, après qu'il ait tout détruit sur son passage. '' sois pas si gentille, ça mélange tout. " qu'il gronde, comme un avertissement. Et peut-être qu'il tente de lui faire peur, pour qu'elle disparaisse, parce qu'il n'a pas la force de couper le lien qui les joint. Tellement plus faible qu'il n'y parait, sous son coeur de glace et ses phalanges tâchées carmin. Si faible qu'il ne demande qu'à se perdre dans ses yeux. Il paieras, il en as les moyens, si c'était aussi simple que ça.
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MessageSujet : Re: ignite your bones (aaliya)   Sam 10 Nov - 21:25
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Il te laissera des bleus, Lola.
Elle se souvient encore de ces mots murmurés un soir à son oreille, enrobés dans la voix inquiète d’Anja ; le regard soucieux du bel ange déchu par la nuit avisant la silhouette massive d’Orso qui se fondait dans les ombres au loin, se rapprochait inexorablement, pour retrouver les bras tendres des âmes répandues sur le pavé. Comment lui expliquer alors que leur première fois s’était effacée dans le lointain, n’était plus qu’un souvenir insaisissable sous les assauts rageurs du temps qui s’évade, qu’il était devenu, de manière imprévisible, un visage familier parmi ceux des clients ? Comment oser la démentir, risquer de se dévoiler un peu trop, alors qu’elle avait eu la même pensée bercée de crainte lorsque ses doigts un peu hésitants avaient accepté l’argent suintant le carmin, lorsque ses prunelles  inquiètes avaient pour la première fois effleuré les yeux fauves au sein des traits durs, les épaules férocement bâties et les mains puissantes qui pouvaient la casser, la briser comme si elle était aussi fragile que le verre ? Comment lui confier, à elle qui pourtant pouvait tout entendre, qui savait intimement la violence de ce qu’elles faisaient, que la brutalité qui sommeillait sous la peau lacérée d’encre et de tant de cicatrices, se ressentait partout dans l’aura de danger silencieux qui étouffait autour de lui, ne s’était jamais embrasée à son contact, au creux de leurs étreintes, dans la perdition qui étreignait sauvagement l’âme au paroxysme du plaisir et saccageait les derniers liens du contrôle ? Comment mettre des mots et leurs faiblesses sur la tendresse qui s’immisçait parfois entre eux, qu’il initiait certainement sans même s’en rendre compte, d’un regard un peu trop humain pour la caresser, d’un geste qui résonnait d’un abandon poignant ? Comment lui avouer que contre toute attente, contre toute prudence, piétinant et bravant les limites salvatrices et les frontières qu’elle érigeait pour se protéger, se préserver, elle se laissait inexorablement capturer par le sentiment de sécurité qu’il lui inspirait ?
Comment lui dire, aujourd’hui, qu’elle avait eu raison, tout en ayant tort ? Que la violence assoiffée,  insatiable, qui le caractérise a fini par creuser des comètes douloureuses sur son épiderme, imprévisible et fulgurante. Que les ecchymoses se sont confondues avec le brun de sa peau, se dissipant dans le temps, mais qu’elles demeurent dans son âme.
Et qu’en dépit de cela, elle tente de le laisser partir tout en espérant le retenir –contradictions à la saveur âpre du  danger et amère des remords, qui s’entredéchirent dans sa poitrine et la laissent sans armes, à sa merci.
Tu te perds, Aali.
Frémissements inquiets, chuchotements craintifs de Lola contre sa nuque, réfugiée dans son dos, ses doigts souillés agrippant ses épaules comme pour s’acharner à la préserver, à l’enchainer. Elle se perd dans les monstruosités qu’il enveloppait de douceur dans l’intimité, que ses phalanges aux pleurs  écarlates murmuraient tout bas malgré tout ; elle se perd dans l’humanité vibrante qu’il dissimule mal derrière le vide de ses yeux volés à l’azur des océans déchainés, qu’il camouflait maladroitement  dans la tendresse timide de certains de ses gestes autrefois, dans la plaie béante qui a dévoré le fragile reflet de paix qu’elle y percevait rarement, conséquence dramatique de leurs dernières retrouvailles.
A fleur de peau, à fleur de lui, elle ne parvient pas à réprimer le frisson troublé qui la fracasse lorsqu’en réaction à ce geste qu’elle ose avec témérité et ces mots qui teintent comme un adieu, comme une fuite, ce sont les phalanges tatouées de tant de cris et de souffrances qui s’abandonnent aux siennes, tendres et délicates car retenues par cette crainte que le bleu de ses prunelles trahit par moments –celle de lui faire mal, de l’effrayer. Contraste qui la déstabilise et la heurte à la fois, peut-être parce que c’est la première fois qu’elle perçoit les chaines qui emprisonnent et musèlent la violence d’Orso, peut-être parce que l’idée qu’elles ont peut-être toujours été présentes lors de leurs nuits égarées la frappe brutalement. Son sourire vacille alors que les mots se faufilent dans le silence de l’Italien, s’écroule alors que le trouble s’éprend un peu plus ardemment de son palpitant perdu, qui ne sait plus qui écouter, qui croire et à qui se fier, méfiant des instincts qui se font la guerre dans les ombres de son esprit, défiant vis-à-vis des voix contraires qui hurlent et supplient. Fuis, reste.
Va-t-en avant de te faire plus mal –avant de lui faire encore plus de mal.
Arrête de fuir.

Les paroles qu’il lui offre comme un secret la percutent de leur sincérité mise à nue, authentique et brute. Son cœur frémit, se contracte, s’égare. Le trouble se pare de teintes différentes sur leurs êtres respectifs mais demeure étrangement similaire –lui, capé derrière son armure de brutalité, fermé mais laissant entrevoir quelques fragilités, et elle, plus vulnérable peut-être, qui tente de ne pas trop se dévoiler alors que c’est bien plus difficile sans l’étreinte sécurisante et exigeante de Lola, qu’elle retient par la manche parce qu’elle ne sait pas faire sans elle. Elle ne sait plus vraiment si cela la rassure ou l’inquiète de le savoir perdu comme elle ; pensée coupable qu’elle ne peut réfréner, alors que ses doigts se resserrent un peu plus sur le cuir lorsqu’il lui rappelle qu’elle ne devrait pas (le laisser approcher de nouveau, rester), lorsqu’il avoue ne pas le mériter. Enième preuve que tout comme elle, il ne peut se défaire des griffes-tourments du spectre de leur dernière rencontre. Que la violence perle encore des blessures à vif, enivre l’âme de cet entremêlement d’envies de rester et de besoin de s’éloigner.  
La tristesse imprègne ses lèvres d’un sourire cassé ; elle baisse quelques instants les yeux au grondement dont les notes trahissent menaces silencieuses et prières muettes de faire cesser cela, d’apposer une rupture à cette agonie qu’ils perpétuent.
« Je suis désolée. »

Murmure sincère, parce qu’elle ne sait comment exprimer ce sentiment qui lui compresse la poitrine autrement, parce qu’elle ne sait comment réagir différemment à cette accusation silencieuse qui n’en est pas vraiment une, dans le fond.
Parce qu’elle sait ce qu’il lui demande à mi-mot –reculer vraiment, le blesser, tourner le dos à leur histoire, quoi qu’elle fut-, et qu’elle en est incapable.
« J’aimerais en être capable mais- » ment-elle avant de s’interrompre brutalement en relevant le regard pour accrocher le sien.
Mais il y a lui ; mais ce n’est pas elle. Trop douce, trop égoïste pour accomplir le souhait muet d’Orso de rompre tout contact –cela doit venir d’elle, Aaliya le ressent comme une certitude tenace et amère qui lui gangrène l’âme. Mais il ne peut juste pas lui demander de cesser de faire preuve de gentillesse à son égard –peut-être que c’est ce qu’il attend d’elle, un coup de grâce sur l’étrange lien qu’ils ont tissé- ; il ne peut pas s’attendre à ce qu’elle cède à la violence plutôt que la douceur pour essayer de se faire à l’idée des adieux, alors qu’il la contemple avec ces cadavres d’émotions meurtries dans les prunelles, alors qu’il est en proie à un dilemme sensiblement similaire à celui qui la tourmente –le laisser partir, rester, le garder.
Pourtant, ils savent. Pourtant, elle sait, tout comme lui, qu’ils ne devraient pas se retenir. Que c’est folie.
Qu’il n’y a que plus de douleur pour eux au détour du chemin.
« Ma fuite n’est pas quelque chose que je peux t’offrir. » avance-t-elle doucement, d’un ton criblé par l’émotion.
Il y a trop de non-dits, trop de tensions accumulés entre eux. Trop de silences et de mots tués. Trop de sel éclaboussé sur les blessures qu’ils se sont laissés.
S’ils doivent définitivement faire chemin à part, est-ce naïf de sa part d’espérer que cela ne se fasse pas ainsi, entre deux rayons d’un supermarché plutôt fréquenté, alors qu’ils sont tous deux trop égarés pour s’accorder sur une décision (même avec eux-mêmes) ?
« Reviens. » souffle-t-elle tout bas après un trop long silence, incertaine mais sincère.
Notes qui explosent alors même qu’elles ne sont que murmures.
Son audace la laisse presque muette, elle doit lutter pour taire l’impression douloureuse et oppressante qu’elle vient de les condamner.
« Un soir ou autrement, ailleurs. Qu’on puisse… Qu’on puisse parler, si tu veux. »
Est-ce naïf de sa part d’espérer qu’ils puissent panser les plaies avant un dernier adieu ?






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