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 Bird's requiem (Alba)

MessageSujet : Bird's requiem (Alba)   Lun 17 Sep 2018 - 19:52
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Jill Lazzari
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Bird's requiemFévrier 2018 - 16h environ - @Alba Bartolotti
Le Moine ne doit pas ouvrir aux clients avant plusieurs heures, mais Jill aime y venir en journée pour profiter du calme relatif des lieux pour étudier – et souvent finir par s’endormir sur les tables. Mais au moins, personne ne la fait trop chier et elle est déjà sur place au moment de prendre son service et peut parfois grappiller quelques heures supplémentaires. Elle n’aime pas particulièrement l’ambiance du lieu, mais en journée la différence est saisissante. A la place du défilé des putes et des clients, c’est le va et vient des hommes d’Ario qui anime le lieu. Derrière son comptoir, Oskar semble astiquer en permanence des verres déjà propres depuis longtemps. Mais, personne ne prête attention à cette silhouette assise dans un coin, ses cahiers étalés devant elle et les écouteurs vissés sur les oreilles. On ne l’emmerde pas, et tous la connaissent. Elle amuse parfois Jill, avec ses histoires de cours et d’études, ses rêves que tous voient comme idiots sinon totalement utopistes. Mais on garde le silence, parce qu’elle n’emmerde personne, cette môme. Elle est gentille, même, et souvent souriante. Elle aide parfois les hommes d’Ario avec leur courrier ou pour rédiger une lettre. Ils abusent tous un peu de sa gentillesse, mais Jill s’en moque bien. Tant qu’on la laisse en paix et qu’on ne lui demande pas de se désaper, ça lui va.

La pluie inonde New-York depuis le début de la matinée, un sale crachin froid et léger qui tombe d’un ciel gris et déprimant. Elle souffle contre ses mains glacées alors qu’elle se glisse par la porte de derrière et remonte le couloir des employés. La bruine s’est transformée sans prévenir en averse ; dépitée mais surtout transie de froid, Jill se dirige vers les vestiaires, espérant avoir une tenue de rechange. En attendant, elle fouille dans son sac et sort avec une grimace ses livres humides et soupire quand elle constate qu’elle n’a aucune tenue de rechange, outre celles qu'elle utilise pour danser. A défaut, elle dérobe une serviette propre dans la laverie avec laquelle elle s’essuie les cheveux, et avance le long du corridor pour déboucher dans la pièce principale. Elle a sorti son portemonnaie et fouille à la recherche de sous avec l’espoir d’avoir de quoi quémander un café ou un chocolat chaud à Oskar. Mais il est trop tôt, bien sûr, et il n’est pas encore arrivé. Le bruit de talons derrière elle la sortent de ses pensées, elle tourne la tête puis le reste de son corps et fait face à Alba. La sœur d’Hermès et d’Ario, incroyablement belle, lui fait face. Jill aime bien Alba, elle est toujours gentille avec elle – avec tous les employés de son frère. « Bonjour Alba, elle la salue avec un petit sourire. Désolée, je reste pas. Je me suis fait avoir par la pluie, elle fait en montrant ses vêtements trempés, je voulais juste me réfugier le temps que ça passe. Un regard vers les fenêtres pas encore tamisées pour la soirée leur indique que la pluie a plutôt redoublé de violence. Je vais partir, elle ajoute, déjà à moitié échappé de la pièce.





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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Mar 18 Sep 2018 - 22:21
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Alba Bartolotti
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Il fait froid, indéniablement, avec la pluie battante et les courants d’air glacés qui transpercent même la laine de son manteau pour se loger dans ses os, qui la poussent à accélérer le pas pour rentrer au Moine, les sourcils froncés, les lunettes presque entièrement occultées par des gouttes d’eau qui semblent prêtes à givrer les verres. Son bureau était au fond, loin du bruit – malgré tout omniprésent pendant les heures d’opération, la musique assourdissante faisant vibrer les murs de tout le bâtiment – et loin des indiscrétions des clients, qui n’avaient jamais l’occasion de se perdre assez longtemps pour arriver jusqu’à Alba. La règle était claire, même si non-écrite, sous-entendue par la protection constante offerte par ses frères : le premier idiot qui s’aventurerait jusque-là regretterait amèrement sa curiosité mal placée. Elle suspend son manteau au-dessus du radiateur, échange ses bottes contre des talons marine étroits, mais modestes – ses lunettes nettoyées, elle s’affaire à sa seconde plus importante préoccupation après la chaleur : plus de chaleur, sous forme liquide.

« Bonjour, Jill. Tu es bien hâtive aujourd’hui. » Elle avait reconnu la silhouette autant que la voix, qui lui assure qu’elle n’était pas là pour rester. Malgré tout, le maigre porte-monnaie sorti laissait sous-entendre qu’elle aurait préféré ne pas avoir à repartir tout de suite, dans la pluie battante qui ne faisait que redoubler d’ardeur. « Certaine? » insiste l’Italienne dans un sourire qui se veut rassurant, interrompant la jeune femme dans son détalage. « Tu ne voudrais pas d’un café, avant? J’allais m’en préparer un. » Elle n’attend pas vraiment de réponse, l’hospitalité italienne étant ce qu’elle était – elle fait le tour du comptoir en quelques foulées mesurées, retire deux tasses du réchaud et met en marche la machine à espresso du bout du doigt. Se retournant vers Jill, elle s’appuie sur le comptoir, le doux vrombissement de la machine qui se réchauffe doucement emplissant la pièce. Une promesse de réconfort comme on n’en faisait que trop peu désormais. D’un regard, elle l’invite à se poser un instant au comptoir, à la place du client, alors qu’elle jouerait au barista quelques instants. « Tu n’as rien pour te changer? Ce n’est pas très prévoyant », fait-elle, maternelle, dans ce qui aurait pu paraître un reproche, mais est plutôt un constat désolé.

Les employés du Moine n’étaient pas de la famille; ils ne portaient pas leur nom, ne leur devaient rien. Pourtant, Alba se refusait à les traiter comme de simples numéros, une ressource remplaçable, tant qu’on savait où aller la chercher : dans les quartiers comme le Bronx, où elle pullulait. La misère humaine avait toujours touché l’Italienne. Dieu leur avait enseigné d’aider son prochain, de traiter les autres comme on veut être traité. Elle regrettait parfois que ses aînés ne soient pas aussi versés dans les enseignements théologiques qu’elle pouvait l’être.




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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Mer 19 Sep 2018 - 15:07
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Jill Lazzari
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Intimidée par la belle Alba, Jill s’empourpre violemment, bafouille une réponse inintelligible et s’installe en face de la femme. Elle a rarement l’occasion de s’asseoir au comptoir, et gênée, elle fait tourner l’assise avec ses pieds. « J’ai pas de monnaie sur moi pour payer, elle fait doucement. Je peux rapporter l’argent plus tard ? Demain ? Je te la glisserai dans ton bureau ou je dirai à Oskar de la mettre dans la caisse... » C’était un cercle vicieux chez elle, elle n’avait que rarement de quoi payer pour les services qu’on lui rendait, néanmoins la putain mettait toujours un point d’honneur à rembourser ce qu’elle devait. Par honnêteté se disait-elle. C’était surtout pour que jamais on ne puisse la tenir plus avant par des dettes, même aussi simple qu’un café. Jill était incapable de se considérer que, parfois, les gens pouvaient donner sans rien attendre en retour, et chaque fois qu’elle le réalisait, elle découvrait quelque chose de rare et un peu mystérieux. A la remarque, faite sur un ton doux, Jill rougit de plus belle. « Je pensais que j’avais quelque chose ici, elle marmonne piteusement. Mais tout est à la maison. Le plus embêtant, c’est mon livre. Elle sort le volume de son sac et le montre à la belle italienne. Il a pris un peu l’eau. Et je crois que mon cahier aussi. Avec soin, elle le tire de son sac aussi et dévoile les pages qui gonflent et ondulent déjà, et l’encre à moitié coulée sur les pages. C’est dommage, ça va me demander du temps pour tout reprendre. J’aurais bien aimé m’inscrire à la prochaine session d’examen, mais ça va être compliqué maintenant. Tant pis... ». La gorge un peu pressée par la déception, Jill la masque avec un sourire, et remercie à nouveau Alba lorsqu’elle dépose la petite tasse devant elle. Avide, Jill s’en empare et presse ses mains autour pour profiter de la chaleur. Un long frisson la secoue, suivit d’un éternuement. Si elle reste dans ces frusques trempées, elle va choper froid, et l’espace d’un instant, elle envisage de quand même enfiler l’une de ses tenues de soirée pour s’éviter d'attraper la mort. Mais le Moine n’est pas encore réchauffé non plus malgré les puissants radiateurs qui tournent à plein régime, et être à moitié nue n’arrangerait en rien son cas. A défaut, elle souffle avec une joie enfantine non cachée sur le café et resserre un peu sa veste contre elle. « Tu arrives plutôt tard, aujourd’hui, constate la jeune femme. » C’est vrai qu’Alba travaille plutôt en journée au Moine, les affaires de la nuit ne la concernant que de loin – et plus probable aussi que ses frères préfèrent la tenir éloignée de ce qu’il se passe entre les murs une fois que le néon extérieur indique que l’établissement est ouvert. Bien sûr, Alba sait de quoi est fait le commerce d’Ario : elle n’est pas stupide ni naïve, et il lui arrive aussi de rester en soirée, dans son bureau. Les clients ne la voient jamais, et Jill se dit que c’est bien mieux comme ça. Alba est beaucoup trop belle et gentille pour se mêler à ceux qui vivent de nuit.



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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Mer 19 Sep 2018 - 22:19
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Alba Bartolotti
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« T’en fais pas pour ça. » La voix et douce, mais sans équivoque – aucune protestation ne serait tolérée. Elle était parfaitement en mesure de payer elle-même pour deux cafés, même si elle n’en consommerait qu’un, et c’était une gentillesse de base. Alba avait proposé, sous-entendant que c’était elle qui offrait, après tout; quel genre de cadeau est-ce quand on demande à quelqu’un de payer dès lors qu’il accepte? « Le café, c’est l’ibuprofène de l’âme », philosophe-t-elle dans un petit sourire espiègle, lorsqu’un déclic lui annonce que la machine est prête. Elle fait un vacarme impossible lorsqu’elle la démarre, mais ça n’empêche pas l’Italienne de remarquer le manque de planification de Jill. Elle semble gênée de se faire remettre tout ça sous le nez, même si ça n’a rien d’un reproche. Un peu de préoccupation, peut-être, ou tout simplement un constat ayant pour but d’alimenter la conversation. L’idée de porter un jugement sur l’étourderie de Jill ne lui traverse même pas l’esprit. Le livre gondolé attire son attention et elle l’attrape sur le comptoir, avec l’accord implicite de la danseuse, alors qu’elle regrette ses notes ruinées. Le sort s’acharnait parfois trop sur ceux qui n’avaient pas besoin de plus d’ennuis. Alba n’osait pas manipuler les pages fines du roman imprimé, mais s’attarde un instant sur la couverture. « Margaret Atwood. Tu étudies la littérature? » tente-t-elle, osant un coup d’œil à son interlocutrice avant de survoler la quatrième de couverture. C’était dommage, sans aucun doute, mais même avec toute la bonne volonté du monde, Alba ne pouvait guère l’aider.

L’Italienne attrape les deux cafés, en posant un devant Jill, l’autre devant elle, appuyant ses coudes sur le comptoir, ses doigts autour de la petite tasse. Le rhume que semble exhiber la jeune femme lui fait froncer les sourcils. De toute évidence, si elle gardait ses vêtements humides, son état n’aurait aucune chance de s’améliorer. Alba hésite. Peut-être que Jill avait besoin de quelques jours de congé, même enrhumés; peut-être qu’elle avait besoin de l’argent, aussi, et qu’elle ne pouvait pas se permettre de rater autant de jours. La comptable pince les lèvres. « Oui. J’ai passé la journée à l’église de Little Italy pour une journée de distribution de nourriture », admet-elle dans un sourire. Elle avait toujours aimé donner, Alba, sans rien attendre en retour, même si la vie était autrement généreuse avec elle – dans sa relation avec ses frères, notamment. « J’aurais pu travailler de la maison, considérant la température, mais j’ai réalisé que j’ai laissé mon ordinateur ici hier. » Pas de chance, elle avait donc dû affronter les caprices de Mère Nature, comme Jill, même si elle avait le luxe d’être encore essentiellement au sec. « Viens avec moi », insiste-t-elle finalement, prenant son café avant de faire le tour du comptoir. « On va te trouver quelque chose à mettre, au moins le temps que tu commences le travail. C’est un véritable réfrigérateur ici. » À en croire le pull en laine qu’elle avait enfilé par-dessus sa robe, elle ne mentait pas quand elle disait avoir froid. Le temps que le bâtiment s’anime, que quelques corps viennent l’aider à faire circuler l’air des radiateurs, le chauffage seul ne suffisait pas à rendre la température agréable.

Alba mène la jeune femme jusqu’à l’arrière du Moine, lui faisant signe d’entrer dans le bureau dont la porte est restée ouverte. Elle la referme, toutefois, derrière elles avant de poser son café sur le bureau diligemment rangé. « Je dois bien avoir quelque chose par ici », fait-elle, dans l’air, plus pour elle-même que pour son interlocutrice. C’était difficile d’imaginer pourquoi Alba aurait besoin de se changer au travail, mais la vérité était qu’elle détestait avoir chaud ou froid – par conséquent, elle gardait de quoi alléger son accoutrement, un plaid, des chaussettes, aussi, lorsque les jours d’hiver se faisaient véritablement féroces. D’un sac en papier rangé au fond d’un tiroir, elle tire un t-shirt noir qu’elle ne reconnaît pas, et elle le déplie, perplexe. « Un t-shirt d’Hermès », constate-t-elle. « Ça fera l’affaire, je suppose. » Une robe, même, pratiquement. Alba et Jill partageaient la délicatesse de leur silhouette et leur taille, un heureux hasard dans les circonstances. Elle lui tend le vêtement emprunté et les chaussettes tricotées, le plaid, aussi, au cas où. « Tu veux que je te laisse te changer? »




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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Sam 29 Sep 2018 - 19:14
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Jill Lazzari
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« Merci, Alba, répond la gamine, les joues roses de plaisir. » Elle lâche même un petit rire à la pique gentille de l’italienne. Jill n’ose pas lui avouer qu’elle préfère le chocolat chaud. Pour l’heure, du moment qu’elle peut se réchauffer, même avec un café, elle savoure la sensation. La petite tasse entre une main, elle attrape de l’autre un sucre qu’elle plonge à peine et s’amuse à regarder le bloque blanc absorber le liquide presque instantanément et se colorer aussitôt. Elle laisse Alba attraper le bouquin, tandis qu’elle corne tourne lentement les pages de son cahier, un peu triste. Ca lui demandera quelques heures pour tout remettre au propre, elle estime. Peut-être demain après-midi, avant de prendre son service, elle pourra passer acheter un nouveau cahier à la supérette du coin et commencer à recopier les leçons perdues. « Oui ! C’est ce que je voulais étudier à l’université, mais j’ai pas eu la bourse. Les courses du soir, c’est plus simple à gérer, je paye quand je peux y aller et je peux travailler à côté sur mon temps libre, elle répond. J’ai pas encore commencé le livre, mais on m’en a dit beaucoup de bien. Il parait qu’y’a une série qui a été adaptée du livre. Mais j’ai pas le temps pour regarder. » Et aucun moyen surtout. Pas d’ordinateur et la télévision à l’appartement capte difficilement les chaines locales. Du reste, elle n’aime pas particulièrement les films ou les séries, elle s’ennuie rapidement. « Tu connais ? » Contrairement à Hermès (qui râle systématiquement à ce sujet) et bien sûr Ario (pour qui la question ne se pose pas), le tutoiement est venu naturellement pour Alba, et la cadette Bartolotti ne semble jamais en prendre offense. « Il n’a pas l’air trop abimé par l’eau, elle reprend en tournant les pages un peu gonflées. Ca ira. »

Ca fait longtemps qu’elle n’est pas allée à l’Eglise, elle se dit en écoutant Alba lui raconter sa journée. Les yeux de Jill se perdent vaguement sur la femme de l’autre côté du comptoir. Comment quelqu’ un aussi doux, gentil, généreux et prévenant pouvait avoir pour frère Ario ? Et travailler pour lui ? Certes, Jill comprenait la notion de famille, mais… Alba n’avait-elle pas l’impression de se perdre au profit d’un nom, d’une réputation ou de l’exigence démesurée d’un frère ? Elle ne lui posera jamais la question, bien sûr, mais c’est que ça l’interroge. Jill trouve que ce lieu est une injure à Alba. Alba, elle appartient au beau monde, celui où on se réveille dans une maison à coté d’un mari aimant, avec des enfants, un jardin et un chien. Celui-ci… Celui-ci ne lui correspond pas. Il est trop triste, trop sombre, trop violent. Il est fait pour des mômes perdues comme Jill. Intimidée, elle suit, les mains toujours autour de la tasse encore un peu tiède et pleine du café qu’elle n’a pas encore avalé, Alba vers son bureau. Jill y entre rarement. Elle se fait petite dans un coin tandis que la brune sort d’un tiroir des vêtements d’homme bien trop amples pour elle. On en mettrait dix comme elle dans ce t-shirt. Reconnaissante, Jill attrape les habits d’une main. « Non, t’ennuie pas. Je peux aller jusqu’aux vestiaires ! » et elle s’échappe sans attendre de réponse. Jill n'a pas trop envie qu'Alba découvre les hématomes sur son corps - bien qu'ils sont presque passés maintenant. Avec des gestes rapides, elle retire son jean trempé et il rejoint au sol sa veste et les autres frusques mouillées. Le t-shirt lui arrive presque au genou et pourrait faire une drôle de robe mal taillée, et c’est pire encore lorsqu’elle enfile les chaussettes. Avec soin, elle étend ses habits sur une chaise qui traine là retourne, enroulée dans la couverture, dans le bureau d’Alba. « Je devrais danser comme ça, ce soir ! elle plaisante en se dévoilant. Ca ferait fureur. Merci beaucoup, Alba. Je suis désolée, je te rendrais tout ça propre demain. » Avisant une chaise près du radiateur, Jill s’y love, la tasse à nouveau entre ses mains, elle sirote avec une petite grimace le café amer. « Tu vas souvent à l’Eglise ? »



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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Mer 10 Oct 2018 - 23:11
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Alba Bartolotti
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L’Italienne écoute avec attention les propos de son interlocutrice, sincèrement attentive aux détails de son parcours scolaire. Elle trouvait dommage que la possibilité d’aller à l’université à temps plein ait glissé entre les doigts de Jill, surtout considérant sa façon d’être – une évidente curiosité intellectuelle, l’envie de travailler fort pour atteindre les objectifs qu’elle se vise. Tristes étaient les circonstances, mais Alba ne pouvait guère y changer quoi que ce soit de significatif. Sa seule possibilité était de se montrer courtoise envers l’employée de son frère pour faire passer un peu mieux la pilule. « C’est une très chouette histoire. Il vaut mieux ne pas te polluer l’esprit avec les images », note la comptable, peu soucieuse d’utiliser les termes chouette histoire pour qualifier un tel essai. « Autrement, au moment d’analyser le livre, trop facile d’être confuse, de mélanger les détails de la série et du bouquin. » Des détails que Jill avait sans doute déjà soupesés – c’était elle, la pro de la littérature, de toute manière.

La chaleur ambiante du bureau les enveloppe brièvement, avant que Jill ne s’éclipse, revenant aussitôt vêtue du t-shirt démesuré qu’elle prend la peine de pavaner devant elle. Alba laisse échapper un petit rire cristallin, amusé par les mimiques de la jeune femme. « Soirée spéciale grand-mère : on sert que du thé et chaussettes en laine obligatoires », renchérit la comptable dans un petit gloussement de rire. Ce serait bien la première fois qu’elle serait curieuse d’assister à une soirée au Moine – elle qui, habituellement, demeurait religieusement en retrait pour éviter de croiser qui que ce soit. « Pas la peine, tu peux revenir laisser tout ça ici et je m’en chargerai. J’avertirai Carter pour qu’il t’ouvre, si je suis déjà partie. » Le gardien de sécurité était parmi les employés préférés d’Alba – il savait se montrer poli et charmant, même s’il dégommait des trouble-fête pour payer les factures. Chacun son truc, après tout. Les fesses posées sur le coin de la table, Alba observe Jill s’installer, ravie de voir qu’elle se mettait à l’aise. Autant qu’elle profite d’un peu de chaleur et de confort avant de se livrer à la merci de sa clientèle. « Tous les dimanches, au minimum, et puis quand j’ai le temps j’essaie d’aller aider. Planter des fleurs, nettoyer les carreaux… chaque geste compte, après tout. » Elle sourit. Les églises n’avaient plus les communautés d’antan, ce qui signifiait plus la dîme en conséquence. Il fallait donner de son temps pour compenser, ce qui ne déplaisait pas à la brune, qui donnait également de généreuses sommes d’argent à son église d’attache. « Tu es croyante, Jill? » Il y a un peu d’étonnement dans sa voix; pas par impolitesse, mais il fallait dire que les pieuses ne se rassemblaient pas systématiquement au Moine. « Même sans la foi, tu serais une véritable force de la nature. Dis-moi si je suis indiscrète, topina, mais pourquoi avoir opté pour le Moine plutôt qu’une autre… branche, pour te payer tes études? » Elle pince les lèvres. Elle ne posait jamais de question personnelle aux employées, mais c’était plus fort qu’elle.

Elle baisse les yeux vers sa tasse, mal à l’aise. Elle regrettait déjà d’avoir posé la question, persuadée d’avoir fait preuve d’une impolitesse basique envers son interlocutrice.




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MessageSujet : Re: Bird's requiem (Alba)   Ven 9 Nov 2018 - 20:54
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Jill Lazzari
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« Mais, c’est intéressant tu crois pas, de confronter ce que tu as imaginé d’un univers avec ce que quelqu’un d’autre avait en tête ? Ca doit être magique pour les enfants de nos jours de voir presque tous leurs livres préférés adaptés au cinéma ou en série. Après, c’est sûr que des fois c’est pas parfait… Enfin pour ce que j’en dis… Je suis pas une experte. » Elle reste songeuse un instant, avant d’adresser un haussement d’épaule accompagné d’un sourire à Alba. Le rire d’Alba achève de détendre Jill. Bien sûr, elle reste sur ses gardes, comme un animal constamment apeuré. Elle n’a rien à craindre d’Alba, mais c’est un instinct profond qui lui commande ne jamais vraiment baisser sa garde. Souvent, elle ne l’écoute d’ailleurs pas, et bientôt, Jill ronronne presque dans son fauteuil – lutte contre le sommeil lui presse les paupières.

« Tu y consacres beaucoup de temps, elle constate platement en hochant la tête ». La question et l’avalanche de compliments la prennent de court. Ses joues se colorent brutalement de rouge alors qu’elle gigote, mal à l’aise et désireuse de disparaître. « Je… je sais pas trop. Je euh… mes parents sont croyants, on a été élevé comme ça. Des fois, je vais à l’église orthodoxe, et je prie pour mon fils. Je sais pas trop pour le reste, mais c’est bien d’avoir ça, elle conclut maladroitement avant de laisser couler un silence. J’ai déjà travaillé ici, avant, elle reprend le regard fuyant. J’ai un autre travail à côté, mais ça paye pas assez. Je suis pas seule, il y a mon fils, et si je m’occupe pas de lui tous les jours, je veux pouvoir être une bonne mère. Pas juste lui acheter une glace ou un jouet quand on se voit. Mais une paire de chaussures, un cahier pour les cours. Là, en ce moment il rêve d’un vélo. Et je voudrais beaucoup pouvoir participer à l’achat ou donner l’argent à Ya… à son père plus tard. J’avais rien quand je suis arrivée à New-York. Des rêves un peu bêtes sûrement. Je voulais danser, elle confie. Pis ça s’est mal passé, et je me suis retrouvée ici. Et je suis revenue parce que je connaissais. Et que les clients donnent des bons pourboires. Pis tu sais, ils sont pas tous aussi horribles qu’on le pense, les clients. Souvent, ces des gens seuls, ils veulent parler, ou croire qu’ils reçoivent de l’affection. D’autres, ils veulent juste baiser, et ça s’arrête là. » D’autres te font un gosse, aussi, elle complète en silence. Jill ne se pose jamais de question sur son travail. Le travail du sexe, bien sûr, véhicule nombres de clichés plus ou moins honteux ou tabous. Si elle est honnête, bien sûr que ce n’est pas le métier qu’elle préfère. Ario la terrifie autant qu’il lui assure un maigre confort de vie, et n’a pas des heures de bus à faire chaque jour pour aller travailler à l’autre bout de la ville. C’est ici que se fait sa vie, dans ce quartier miséreux. « Pourquoi tu travailles pour ton frère ? Juste parce qu’il est de la famille ? elle ose demande finalement, et puisque la discussions franche semble être de mise. »



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Il y a une sorte d’ambiance de camaraderie féminine qui s’installe entre les deux femmes au parcours pourtant infiniment différents. Les mains soigneusement plaquées contre sa tasse chaude, Alba s’appuie contre son bureau, les jambes croisées, demeurant debout alors que Jill se réchauffe près du radiateur électrique. C’était lorsqu’elle entendait de telles histoires que l’Italienne réalisait à quel point elle avait vécu une vie privilégiée, protégée de la misère humaine malgré les affiliations de la famille. Les femmes, on ne les mêlait pas à ces affaires-là, sordides, noires; ni les mères, ni les filles, ni les cousines. Elles restaient à la maison, trouvaient un bon mari après le lycée et donnaient naissance à des petites filles qui elles aussi vivaient dans le déni des horreurs commises par leurs pères et leurs frères. Jill semblait trouver un certain réconfort dans le fait d’être en mesure de raconter son histoire, comme si elle s’imaginait qu’Alba pourrait s’y identifier ne serait-ce qu’un minimum. Or, éduquée, bien nantie et sans enfant, ça ne faisait rien d’autre que la faire se sentir mal d’avoir autant alors que Jill avait si peu. La comptable noie son malaise dans sa tasse de café, se contentant d’absorber les paroles de son interlocutrice avec une certaine déférence gênée. « Quel âge a ton fils? » demande-t-elle finalement, sans se risquer sur une question qui ferait mal. « Il a de la chance d’avoir une mère qui pense à lui comme ça. » Un bref sourire éclot sur ses lèvres fines. Elle le pensait sincèrement. Alba se savait aimée de ses parents, mais elle doutait tout de même de la volonté de sa mère de faire n’importe quoi pour sa fille. Pour ses garçons, indéniablement. Mais pour elle?

« Oui. » Alba n’a pas d’objection à parler de sa piété filiale. Pouvait-on seulement la lui reprocher? Sans doute. Or, elle n’y voyait aucun mal. La famille, c’était sacré, et on faisait ce qu’on pouvait pour aider les autres à récolter le fruit de leurs ambitions. Dans le cas d’Hermès, c’était surtout une question de le garder sur une pente montante. Quant à Ario, c’était de porter à bout de bras les finances cahoteuses du renouveau de l’entreprise familiale. Alba ne travaillait pas exactement pour son frère, mais la nuance était discrète et corriger Jill ne servait à rien. « Je sais que c’est pas très… », entame-t-elle, s’interrompant d’un petit rire gêné, « … Je ne sais pas comment le dire. J’essaie de ne pas m’investir dans les affaires humaines, ce n’est pas mon fort. Mon travail à moi c’est juste de faire en sorte que tout le monde soit payé et qu’il y ait un profit au bout de la marge. C’est tout. » Des chiffres, impersonnels, sans histoire et sans personnalité, sans gamins à nourrir et sans logement à payer. Sa tendresse évidente à l’endroit de Jill prouvait ce qu’elle avançait : à trop bien connaître l’historique des travailleuses du Moine, Alba finirait par être confrontée à une véritable crise identitaire, d’allégeance. Il valait mieux pour tout le monde que ça ne se produise pas. Sans doute Jill voulait-elle plutôt savoir si Alba supportait les activités de son frère, mais elle n’embarquerait pas sur ce terrain miné. Elle perdait peu importe ce qu’elle dirait.




--- what yields the need
for those who lead us oh so morally, those that would view the same we do through their deformity
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